Karoli Magni
Epistola de litteris colendis
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Lettre de
Charlemagne sur la culture littéraire (784-785)
Karolus gratia dei rex
Francorum et Langobardorum ac patricius Romanorum Baugulfo abbati nec non et
omni congregationi, fidelibus oratoribus nostris, in omnipotentis dei nomine amabilem
direximus salutem.
Nous, Charles, par la grâce de Dieu roi des Francs et des Lombards, patrice des Romains, à Baugulf, abbé, ainsi qu’à toute sa congrégation qui prie fidèlement pour nous, nous transmettons un affectueux salut au nom du Dieu tout-puissant.
Notum igitur sit deo placitae
devotioni vestrae quia nos una cum fidelibus nostris consideravimus utile esse,
ut per monasteria nobis Christo propitio ad gubernandum commissa praeter
regularis vitae ordinem atque sanctae religionis conversationem etiam in
litterarum meditationibus ei, qui donante domino discere possunt, secundum
uniuscuiusque capacitatem discendi, studium debeant impendere qualiter, sicut
regularis norma honestatem morum, ita quoque docendi et discendi instantia
ordinet et ornet seriem verborum, ut, qui deo placare appetunt recte vivendo,
ei etiam placere non neglegant recte loquendo.
Qu’il soit donc porté à la connaissance de votre dévotion qui plaît à Dieu, que nous, en accord avec les croyanrs qui nous entourent, avons considéré comme utile que, dans les monastères soumis à notre autorité par la faveur du Christ, ceux qui par un don du Seigneur peuvent apprendre doivent consacrer leur zèle, selon la capacité de chacun à apprendre, à étudier outre l’ordonnancement de la vie régulière et la pratique de la sainte religion, la maîtrise des lettres. De cette manière, tout comme la norme régulière apporte ordre et beauté dans un vie vertueuse, de même l’application à enseigner et à apprendre apporte ordre et beauté dans la succession des mots pour que ceux qui s’efforcent de plaire à Dieu par la correction de leur vie ne négligent pas de lui plaire aussi par la correction de leur langue.
Scriptum est
enim : aut ex verbis tuis iustificaberis, aut ex verbis tuis
condempnaberis (Matth. 12,37). Quamvis enim melius sit bene facere quam nosse,
prius tamen est nosse quam facere. Debet vero quisque discere quod optat
implere, ut tanto uberius, quid agere debeat intelligat anima, quanto in
omnipotentis dei laudibus sine mendaciorum offendiculis concurrerit lingua. Nam
cum omnibus hominibus vitanda constet esse mendacia, quanto magis illi secundum
possibilitatem declinare debent, qui ad hoc solummodo probantur electi ut
servire specialiter debeant veritati.
Car il est écrit : soit tu seras absous par tes paroles, soit tu seras condamné par tes paroles (Matthieu, 12,37). Car si une bonne action vaut mieux que le savoir, le savoir n’en vient pas moins avant l’action. Or chacun doit apprendre ce qu’il souhaite accomplir pour que son âme comprenne d’autant plus sûrement ce qu’il faut faire que sa langue aura participé aux louanges du Dieu tout-puissant sans trébucher sur des idées fausses. En effet, alors qu’il est évident que tout homme doit éviter les idées fausses, à plus forte raison doivent s’en détourner, dans la mesure du possible, ceux que l’on a choisis avec pour seule et unique mission de se consacrer à servir tout particulièrement la vérité.
Nam cum
nobis in his annis a nonnullis monasteriis saepius scripta dirigerentur, in
quibus, quid pro nobis fratres ibidem commorantes in sacris et piis orationibus
decertarent, significaretur, cognovimus in plurimis praefatis conscriptionibus
eorundem et sensus rectos et sermones incultos ; quia, quod pia devotio
interius fideliter dictabat, hoc exterius propter neglegentiam discendi lingua
inerudita exprimere sine repraehensione non videbat. Unde factum est ut timere
inciperemus, ne forte, sicut minor erat in scribendo prudentia, ita quoque et
multo minor esset quam recte esse debuisset sanctarum scripturarum ad
intellegendum sapientia. Et bene novimus omnes, quod, quamvis periculosi sint
errores verborum, multi periculosiores sunt errores sensuum.
En effet, ces dernières années, bien souvent des lettres nous ont été adressées par un certain nombre de monastères, dans lesquelles nous était rapporté comment les frères qui y ont fait retraite avaient rivalisé de saintes et pieuses prières en notre faveur ; mais dans la plupart des susdits écrits des mêmes frères, nous avons reconnu à la fois des idées justes et une expression incorrecte. La raison en est que, ce qu’une pieuse dévotion dictait justement pour le sens, une langue ignorante se trouvait incapable de l’exprimer dans la forme sans encourir de reproche à cause d’une instruction négligée. D’où il ressort que nous commençons à craindre l’éventualité que, dans la mesure où la précision de l’expression diminuait, les connaissances nécessaires pour comprendre les saintes écritures ne diminuent aussi et beaucoup plus qu’elles ne le devraient raisonnablement. Et nous savons bien tous que pour dangereuses que soient les fautes de mots, les fautes de raisonnement sont de beaucoup plus dangereuses.
Quamobrem <h>ortamur vos
litterarum studia non solum non neglegere, verum etiam humillima et deo placita
intentione ad hoc certatim discere, ut facilius et rectius divinarum
scripturarum misteria valeatis penetrare. cum enim in sacris paginibus scemata,
figure, tropi et cetera his similia inserta inveniantur, nulli dubium, quod ea
unusquisque legens tanto citius spiritaliter intelligit, quanto prius in
litteraturae magisterio plenius instructus fuerit. tales vero ad hoc opus viri
eligantur, qui et voluntatem et possibilitatem discendi et desiderium habeant
alios instruendi. et hoc totum ea intentione agatur, qua devotione a nobis
praecipitur.
C’est pourquoi nous vous invitons non seulement à ne pas négliger les disciplines littéraires, mais encore de les apprendre assidûment avec cette grande humilité qui plaît à Dieu, pour que vous soyez à même de pénétrer plus facilement et plus exactement les mystères des saintes Écritures. Comme en effet on trouve dans la rédaction des textes sacrés des figures de pensée, des figures de style, des tropes et tous les autres procédés d’expression du même genre, il n’est douteux pour personne que celui qui les lit en comprend d’autant plus vite le sens spirituel qu’il a été auparavant plus profondément instruit dans la maîtrise des lettres. Mais il faut choisir pour ce travail des hommes ainsi faits qu’ils aient à la fois la volonté et la capacité d’instruire les autres. Il faut aussi que ceci soit accompli avec une application égale à la dévotion qui nous le fait prescrire.
Operamus enim vos, sicut decet
ecclesiae milites et interius devotos et exterius doctos, castos bene vivendo
et scolasticos bene loquendo, ut, quicunque vos propter nomen domini et sanctae
conversationis nobilitatem ad videndum expetierit, sicut de aspectu vestro
aedificetur visus, ita quoque de sapientia vestra, quam in legendo seu cantando
perciperit, instruatur auditus et, qui ad videndum solummodo venerat, visione
et auditione instructus omnipotenti domino gratias agendo gaudens recedat.
Nous veillons en effet à ce que vous soyez, comme il convient à des soldats de l’Église, à la fois pieux intérieurement, savants extérieurement, chastes dans une vie ordonnée et érudits dans l’art de parler, de telle sorte que si l’on cherche à vous voir au nom du Seigneur et connaissant la sainteté de votre vie, la vue soit édifiée par votre apparence, que de même l’oreille soit instruite par vos connaissances qu’on percevra dans vos lectures ou vos chants, et que celui qui n’était venu que pour voir s’en aille instruit par ce qu’il aura vu et entendu rendant grâce dans sa joie au Seigneur tout-puissant.
Huius itaque epistolae exemplaria
ad omnes suffragantes tuosque coepiscopos et per universa monasteria dirigi non
neglegas, si gratiam nostram habere vis.
Legens valeat.
Pour ces raisons, tu ne négligeras pas d’adresser des copies de cette lettre à tous tes suffragants et à tes collègues évêques ainsi qu’à tous les monastères, si tu veux te concilier notre reconnaissance.
Salut à qui lira.
Capitulaire de Charlemagne sur les écoles (789)
Qu'on rassemble non seulement les fils de condition modeste,
mais les fils bien nés. Qu'il y ait des écoles pour l'instruction des garçons.
Que dans chaque évêché, dans chaque monastère on enseigne les psaumes, les
notes, le chant, le calcul, la grammaire et que l'on ait des livres
soigneusement corrigés. Car souvent les hommes voulant prier Dieu le prient mal
à cause des livres incorrects qu'ils ont dans les mains. Ne permettez pas
qu'ils nuisent à vos enfants qui les lisent ou les copient. S'il est nécessaire
de vérifier un psautier et un missel, qu'on emploie des hommes capables qui y
mettent toute leur application.
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Capitulaires |
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de |
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Charlemagne |
Sur la culture |
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Nithard, I, 2 |
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Nithard, III, 5 |