Noctes Gallicanae
CIRCENSES
Nec te nobilium fugiat certamen equorum !
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Les factions |
Implications
politiques |
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Les parieurs |
Circus Maximus |
Seules les
premières pages sont à peu près rédigées…
Les pages sur les
auriges et les chevaux sont encore très incomplètes.
Histoire des courses à
Rome
La
première course attestée à Rome remonte à Romulus, à qui ses voisins avaient
refusé leurs filles en mariage pour lui-même et ses hommes :
Cui
tempus locumque aptum ut daret Romulus aegritudinem animi dissimulans ludos ex
industria parat Neptuno equestri sollemnes; Consualia vocat Romulus fit taire son ressentiment et, cherchant un moment et un lieu
favorables à son projet, il organise des Jeux solennels en l'honneur de Neptune
équestre; il les appelle « Consualia ». Tite-Live
I, 9
Ces jeux auraient ainsi été inventés
par Romulus, et le mot Consualia
dériverait de consilium, « le stratagème ».
Tertullien précise l’origine du
mot :
Exinde
ludi Consualia dicti, qui initio Neptunum honorabant : eundem enim et
Consum vocant. Dehinc Ecurria ab equis Marti Romulus dixit ; quamquam et
Consualia Romulo defendunt, quod ea Conso dicaverit deo, ut volunt, consilii,
eius scilicet quo tunc Sabinarum virginum rapinam militibus suis in matrimonia
excogitavit. Probum plane consilium !
Puis les Consualia furent appelés « Ludi », des jeux,
Consualia qui étaient à l’origine célébrés en l’honneur de Neptune : on
nomme aussi ce dernier Consus. Après quoi Romulus consacra à Mars les Equirria,
terme fait sur « cheval ». Certains, cependant, attribuent aussi les
Consualia à Romulus, arguant qu’il les avait consacrés à Consus, le dieu
– c’est leur mot – du Conseil, celui sur lequel par exemple il
imagina alors l’enlèvement des jeunes filles sabines par ses soldats aux fins
de mariage. Fameux conseil, cela va de soi ! (De Spect., 5)

Course de biges en Étrurie
Les Ecurria ou Equirria, étaient en réalité célébrés le 27 février :
Iamque
duae restant noctes de mense secundo,
Marsque
citos iunctis curribus urget equos;
ex
vero positum permansit Equirria nomen,
quae
deus in campo prospicit ipse suo.
Déjà il ne reste plus que deux nuits au second mois, et Mars presse les
chevaux rapides attelés à leur char, c’est ce que dit le nom toujours en usage
d’Equirria donné à ces jeux que le dieu lui-même vient suivre dans la plaine
qui lui est consacrée (Campus Martius, « le Champ de Mars »). Ovide, Fastes, II, 857-860.
Quant à Consus, il s’agit en
réalité d’une ancienne divinité italique, dieu des silos, honorée lors des Consualia
le 21 août (après la moisson) et le 15 décembre, à l'emplacement du futur
Circus Maximus (ainsi que le 7 juillet selon Tertullien). La fête consistait en
courses de chevaux, d'ânes et de mulets dans la Vallis
Murcia autour de l’autel
souterrain du dieu qui n'était dégagé qu'à l'occasion de ces jeux.
Ces informations nous ont été
transmises par Tertullien (De
spect., 5) :
et
nunc ara Conso illi in circo demersa est ad primas metas sub terra cum
inscriptione eiusmodi:
CONSVS
CONSILIO MARS DVELLO LARES +COILLO +POTENTES.
Sacrificant
apud eam nonis Iuliis sacerdotes publici, XII Kalend. Septembres flamen
Quirinalis et virgines.
De nos jours encore, un autel consacré à ce fameux Consus dans le
cirque est enseveli, près des bornes de départ, sous la terre, avec une
inscription ainsi rédigée :
CONSUS POUR LE CONSEIL MARS POUR LA GUERRE LES
LARES POUR LE CELLIER ONT PUISSANCE
Des
sacrifices y sont pratiqués le jour des Nones de juillet (7 juillet) par les
prêtres publics, le 12 des calendes de septembre (21 août) par le flamine
quirinal (prêtre de Romulus) et les vierges Vestales.
Le mot COILLO, archaïque ou déformé,
n’offre pas de sens satisfaisant. Celui que je propose ci-dessus s’inspire du
grec koÝlow
« le creux, la cale du navire, la cave ». On aimerait trouver un
rapprochement avec un mot signifiant « le combat », ce qui donnerait
une leçon plus intéressante :
CONSUS POUR LE CONSEIL, MARS POUR LA GUERRE :
DIVINITES PUISSANTES POUR LES COMBATS
Selon Tite-Live, il faut attendre Tarquin l’Ancien
pour que les Ludi, plus ou moins improvisés et primitifs
jusque là, reçoivent à la mode étrusque, les grandes caractéristiques qu’il
garderont par la suite :
Bellum
primum cum Latinis gessit et oppidum ibi Apiolas vi cepit; praedaque inde
maiore quam quanta belli fama fuerat revecta ludos opulentius instructiusque
quam priores reges fecit. Tum primum circo qui nunc maximus dicitur designatus
locus est. Loca divisa patribus equitibusque ubi spectacula sibi quisque
facerent; fori appellati; spectavere furcis duodenos ab terra spectacula alta
sustinentibus pedes. Ludicrum fuit equi pugilesque ex Etruria maxime acciti.
Sollemnes deinde annui mansere ludi, Romani magnique varie appellati.
Tarquin fit d'abord la guerre contre les Latins et prit d'assaut la
ville d'Apiola ; il en rapporta plus de butin qu'on ne pouvait espérer. Il
utilisa son gain pour offrir des jeux qui dépassaient de loin, par leur
richesse et par leur qualité, tous ceux qui avaient été donnés avant lui. On
délimita alors pour la première fois l'emplacement de ce que nous appelons
aujourd'hui le Grand Cirque. Des places furent réservées aux pères et aux
chevaliers avec autorisation d'y aménager à titre personnel des loges, appelées fori ; ils
assistaient au spectacle dans des constructions qui se trouvaient à trois
mètres cinquante du sol. Il y eut au programme des courses de chevaux et des
pugilistes: ceux-ci venaient presque tous d'Étrurie. Par la suite on célébra
les jeux à date fixe chaque année; on les appelait les « jeux
romain »s ou les « Grands Jeux ». Tite-Live I, 35
Les ludi magni étaient donnés à la suite d'un voeu, dans des
circonstances exceptionnelles ; célébrés le 15 septembre, ils duraient
quatre jours au temps des guerres puniques, seize à la fin de la République.
POMPA
Le
défilé inaugural des jeux
Les jeux commencent par une
procession solennelle, la pompa circensis, qui reflète leur origine
religieuse (et même diabolique selon Tertullien) :
Perinde
apparatus communes [ludi] habeant necesse est de reatu generali idololatriae conditricis
suae. Sed circensium paulo pompatior suggestus, quibus proprie hoc nomen:
pompa, praecedens quorum sit in semetipsa probans de simulacrorum serie, de
imaginum agmine, de curribus, de tensis, de armamaxis, de sedibus, de coronis,
de exuviis.
De la même
manière, il faut bien que les jeux aient en commun un faste issu du péché
originel de l’idolâtrie qui les a créés. Mais l’organisation un peu plus
pompeuse des préliminaires des jeux du cirque, ce que traduit bien le mot qui
les désigne : pompa, prouve
nettement par elle-même de quoi ils proviennent par la suite des images, le
défilé des statues, les chars, les chars des divinités, les litières fermées,
les trônes, les couronnes, les costumes. Tertullien, De Spect., 7.
tensa désigne le char sacré qui appartient à un dieu.
Le mot imago, que je traduis par
« image », correspond au grec eÞkÅn, « ce qui
ressemble » (« l’icône » ; le mot simulacrum, que je traduis par « statues », correspond au grec eàdvlon, « représentation par la peinture, la sculpture, etc. »
(« l’idole »).
Il s’agit sans doute des portraits d’hommes
illustres plus que de représentations des dieux. On peut s’en faire une idée
avec cette description du défilé funèbre de Drusus, le fils de Tibère, mort
en 23, que nous donne Tacite (Annales, IV, 9) :
Funus
imaginum pompa maxime inlustre fuit, cum origo Iuliae gentis Aeneas omnesque
Albanorum reges et conditor urbis Romulus, post Sabina nobilitas, Attus Clausus
ceteraeque Claudiorum effigies longo ordine spectarentur Le défilé des images fut remarquable surtout pour
ses funérailles : on y vit Énée, ancêtre de la famille des Jules, tous les
rois d’Albe, Romulus, le fondateur de Rome, puis la noblesse sabine, Attus
Clausus et les autres effigies des Claudes en un long cortège.
Tacite encore, Annales, II, 83, nous montre que le sénat
pouvait décerner cet honneur, ici à Germanicus : Honores [. . .] decreti ut [. . .] ludos circensis eburna
effigies praeiret
on décréta (entre autres
honneurs) que son image en ivoire défilerait en tête de la procession des jeux.
L’empereur Claude aviae
Liviae divinos honores et circensi pompa currum elephantorum Augustino similem
decernenda curavit ; parentibus inferias publicas, et hoc amplius patri
circenses annuos natali die, matri carpentum quo per circum duceretur, et
cognomen Augustae ab viva recusatum fit décerner à son aïeule Livie les honneurs divins et, dans la parade
du cirque, un char sembleble à celui d’Auguste, tiré par des éléphants ; à
ses parents, outre des honneurs funèbres rendus par l’état, à son père des jeux
du cirque le jour anniversaire de sa naissance, à sa mère un char sur lequel
(son image) défilerait au cirque, et le titre d’Augusta qu’elle avit refusé de
son vivant. Suétone, Claude, 11.
Les symboles divins ou portraits d’hommes illustres
dont les Mânes étaient invités à assister aux courses étaient portés sur des
brancards, fercula par les professionnels des jeux ou des personnalités ;
les statues et représentations en matériau plus pesant défilaient sur des
plate-formes montées sur roues, les tensae, que Dion Cassius désigne
par le mot öxow, « le véhicule » et Tertullien par le mot
plaustrum, « le chariot ».
Les premiers spectateurs des courses sont donc les
dieux. Et lorsque au début de l’année ~44,
¦w te t y¤atra
tñ te dÛfron aétoè tòn ¤pÛxruson kaÜ tòn st¤fanon tòn diliyon kaÜ dixruson,
¤j àsou toÝw tÇn yeÇn, ¤skomÛzesyai kn ßppodromÛaiw ôxòn ¤sgesyai ¤chfÛsanto
le sénat décréta que le siège plaqué or de César et sa couronne
rehaussée de pierres précieuses et d’or seraient, comme celles de dieux, portés
dans les théâtres et que son char participerait au défilé qui précède les
courses de chevaux (Dion Cassius, XLIV, 6), personne ne s’y
trompe : César accepte de devenir un dieu vivant. C’est que disait déjà
Suétone, Div. Jul.,
76 :
sedem auream
in curia et pro tribunali, tensam et ferculum circensi pompa, templa, aras,
simulacra iuxta deos, pulvinar, flaminem. . . [il accepta] un trône plaqué d’or dans la curie et en guise d’estrade,
un char divin et un brancard dans la procession du cirque, des temples, des
autels, ses statues à côté de celles des dieux, un lit de parade, un flamine…
Annoncée sans doute par des sonneries de trompette
et des roulements de tambour, cette grande parade fait son entrée dans le
cirque par la Porta pompae, « la porte de la
parade ». Le silence se fait :
Sed iam
pompa venit : linguis animisque favete !
Mais voici qu’arrive la procession, taisez-vous et recueillez-vous.
Puis le défilé entame un tour d’honneur du cirque,
dont le nom viendrait de cet usage selon une hypothèse rappelée par Varron (Ling.lat.,
32) circum metas fertur pompa et equi currunt autour des bornes se fait la parade
et courent les chevaux.
Alors se déchaîne la foule qui acclame les dieux,
bien sûr, mais aussi et surtout ses favoris et leurs équipes respectives, sans
oublier les organisateurs des jeux :
Tempus adest plausus : aurea pompa
venit.
Prima loco
fertur passis Victoria pinnis,
huc ades et meus hic fac, dea, vincat
amor !
Plaudite
Neptuno, nimium qui creditis undis,
nil mihi cum pelago ; me mea terra
capit.
Plaude tuo
Marti, miles ! nos odimus arma ;
pax iuvat et media pace repertus amor.
Auguribus
Phoebus, Phoebe venantibus adsit !
Artificis in te verte, Minerva,
manus !
Ruricolae,
Cereri teneroque adsurgite Baccho !
Pollucem pugiles, Castora placet
eques !
Nos tibi,
blanda Venus, puerisque potentibus arcu
plaudimus ; inceptis adnue, diva,
meis
daque novae mentem
dominae : patiatur amari !
Adnuit et motu signa secunda dedit.
Quod dea
promisit, promittas ipsa, rogamus ;
pace loquar Veneris, tu dea maior
eris !
Per tibi tot
iuro testes pompamque deorum,
te dominam nobis tempus in omne
peti !
C’est le
moment des applaudissements : la procession dorée est arrivée. En premier
entre la Victoire aux ailes déployées, tu viens à moi, déesse, fais qu’ici mon
amour soit vainqueur ! Applaudissez Neptune, vous accordez aux flots une
telle confiance, moi je ne me soucie pas du grand large, la terre où je suis me
comble. Applaudis ton Mars, soldat, moi j’ai horreur des armes, j’aime la paix
et l’amour que j’ai rencontré au sein de la paix. Aux augures que Phoebus soit
favorable, Phoebé aux chasseurs. De l’artisan, Minerve, fais tourner vers toi
les mains. Campagnards, levez-vous pour Cérès et pour le tendre Bacchus. Le
lutteur se rend propice Pollux, le cavalier Castor. C’est toi, douce Vénus, que
j’applaudis ainsi que les enfants armés d’un arc ; déesse, approuve mes
entreprises et donne ce sentiment à ma nouvelle maîtresse : qu’elle se
laisse aimer. La déesse hoche la tête et par ce mouvement me donne des signes
favorables. Ce que la déesse a promis, promets-le aussi, je t’en prie ;
Que Vénus me pardonne, tu seras plus grande déesse qu’elle ! Par tant de
témoins, par la procession des dieux, je le jure, je te veux pour maîtresse
pour le reste des temps. (Amours,
III, 2, 43-62)
Ovide emploie d’abord la formule initiale des
sacrifices : favete linguis. Et en effet, les jeux sont
l’occasion de sacrifices nombreux, les premiers ayant lieu avant que la
procession qui descend du Capitole, traverse le forum par la voie Sacrée,
suivant le chemin inverse des triomphes auxquels elle ressemble par bien des
aspects, n’entre dans le cirque : les dieux, Consus en particulier,
doivent se montrer favorables au bon déroulement des festivités :
Quanta
praeterea sacra, quanta sacrificia praecedant, intercedant, succedant, quot
collegia, quot sacerdotia, quot officia moveantur, sciunt homines illius urbis,
in qua daemoniorum conventus consedit.
Combien
d’éléments sacrés, combien de sacrifices interviennent avant, pendant et après
les jeux, combien de collèges, de manifestations religieuses, de célébrations
officielles, les hommes de cette ville le savent, cette ville où se réunit
l’assemblée des démons. Tertullien, De
Spect., 7.
Notons qu’Ovide énumère des dieux directement
associés aux courses de chevaux :
Neptune (assimilé à
Consus ?) avait donné le premier cheval aux hommes et se déplaçait lui-même
sur un char tiré par de fougueux coursiers :
¦ny' áppouw ¦sthse
Poseidvn ¤nosÛxyvn
læsaw ¤j ôx¤vn
par d'mbrñsion blen eädar
¦dmenai
Là Poséidon qui ébranle la terre arrêta ses chevaux, et quand il les eut détachés du char, il leur donna à manger une nourriture d’immortels. (Iliade, XIII, 34-36)
Mars en l’honneur de qui avaient lieu les Equirria et dont le nom figurait sur l’autel de Consus ;
Les divinités agraires puisque les jeux faisaient partie de leur culte, ainsi que les dieux liés aux astres.
Par contre, de la triade capitoline, Ovide ne mentionne que Minerve, mais son sujet ne consiste pas à décrire exactement la procession inaugurale du cirque et Vénus se rattache bien mieux à ses propos. De plus, les courses dérivant de rites agraires (Ovide évoque Cérès et Bacchus), Vénus peut apparaître ici non seulement comme déesse de l’amour mais aussi comme déesse mère, comme déesse de la Nature.
Jupiter était bien évidemment présent au cirque, d’une façon ou d’une autre, c’est du moins ce que dit Tertullien en évoquant les processions modestes des petites villes de province :
Deum
offendit qualiscumque pompa circi: etsi pauca simulacra circumferat, in uno
idololatria est; etsi unam tensam trahat, Iovis tamen plaustrum est. Tertullien,
De Spect., 7.
Quelle
qu’elle soit, la procession du cirque est une offense à Dieu : même si on
n’exhibe qu’un petit nombre de statues, une seule suffit à contenir
l’idolâtrie, même si on ne fait défiler qu’un seul char sacré, ce n’en est pas
moins le chariot de Jupiter.
Jupiter en effet s’incarne dans la personne du
magistrat, le préteur à partir de Claude, qui offre les jeux et les préside, et
qui fait son entrée dans l’enceinte du cirque sur le char du dieu et vêtu comme
lui :
Quid si
vidisset praetorem curribus altis
extantem et
medii sublimem pulvere circi
in tunica
Iovis et pictae Sarrana ferentem
ex umeris
aulaea togae magnaeque coronae
tantum
orbem, quanto cervix non sufficit ulla?
Quippe tenet
sudans hanc publicus et, sibi consul
ne placeat,
curru servus portatur eodem.
Da nunc et
volucrem, sceptro quae surgit eburno,
illinc cornicines, hinc praecedentia longi
agminis
officia et niveos ad frena Quirites,
defossa in
loculos quos sportula fecit amicos.
Qu’aurait
dit [Démocrite] s’il avait vu debout tout en haut d’un char le préteur qui
domine la poussière au milieu du cirque dans la tunique de Jupiter. Il porte,
tombant de ses épaules telle un rideau, la toge brodée de Sarra et le cercle de
la grande couronne si lourde qu’il n’est pas de cou qu’elle ne ferait plier. En
fait, c’est un esclave public en sueur qui la soutient et, pour que le consul
ne s’y croie pas trop, un esclave se tient à côté de lui sur le même char.
Ajoutez encore le sceptre d’ivoire avec son aigle qui s’envole, ici les
trompettes, là devant lui son escorte qui forme un long cortège et les Quirites
de blanc vêtus près des mors, dont il s’est fait des amis avec la sportule
qu’ils ont enfouie dans leurs paniers. Juvénal, X, 36-46
Le vénérable char de Jupiter, donné comme altus,
« haut », par Juvénal, monument décoré sans doute d’un placage d’or
et qui supportait un pareil poids devait souffrir sur le long trajet au pavage
irrégulier qui le conduisait du Capitole au cirque. Rien d’étonnant à ce qu’un accident
se produise : en ~32, juste avant la rupture entre Octave et Antoine, ÷ te ôxòw õ toè Diòw ¤n t» tÇn RvmaÛvn ßppodromÛ&
sunetrÛbh le char de Jupiter se démantela dans le Cirque de Rome (Dion
Cassius, L, 8), annonçant ainsi qu’une catastrophe allait s’abattre sur Rome.
Plus d’un spectateur devait au passage de la
procession adresser un vœu à l’un des dieux qui passaient devant lui, et la
statue, au hasard des mouvements de ses porteurs, pouvait répondre d’un signe
de tête que le vœu serait exaucé.
Bien entendu, on savait adapter le défilé inaugural
aux circonstances et lui donner parfois un éclat extraordinaire : en 39,
pour célébrer l’anniversaire de sa sœur Drusilla, Caligula fit entrer dans le Cirque sa
statue sur un char tiré par des éléphants et donna au peuple deux jours de
spectacles gratuits (Dion Cassius, LIX, 13).
Vingt ans après, Néron lui aussi ouvre le défilé
avec le vieux char sur lequel Auguste avait autrefois célébré son triomphe sur
Cléopâtre et le fait tirer par des éléphants. Mais cette fois, les éléphants qui tiraient le
char (triomphal) d’Auguste entrèrent dans le cirque et s’avancèrent jusqu’aux
places des sénateurs. Arrivés là, ils s’arrêtèrent et refusèrent d’aller plus
loin (Dion Cassius, LXII, 16), dénonçant ainsi à leur manière inspirée
l’assassinat d’Agrippine.
Comme toujours à Rome, religion et politique restent
intimement liées, et les dieux ont aussi valeur de symbole : en ~40, lors
de la réconciliation d’Octave et d’Antoine, au Cirque, les Romains honorèrent de nombreux
applaudissements le char de Neptune pendant la procession, montrant ainsi la
faveur qu’ils accordaient [à Sextus Pompée alors maître des mers] (Dion
Cassius, XLVIII, 31). L’organisateur des jeux devait veiller soigneusement à la
composition de sa procession inaugurale !
En dehors de Rome, cette procession devait être d’autant plus modeste que toute tentative d’imiter Rome aurait pu être interprétée comme une parodie ou un pastiche. On savait rester plus simple :
Ea si minore
cura per provincias pro minoribus viribus administrantur, tamen omnes ubique
circenses illuc deputandi unde et petuntur, inde inquinantur, unde sumuntur.
Nam et rivulus tenuis ex suo fonte et surculus modicus ex sua fronde qualitatem
originis continet. Viderit ambitio sive frugalitas eius, quod deum offendit
qualiscumque pompa circi: etsi pauca simulacra circumferat, in uno idololatria
est; etsi unam tensam trahat, Iovis tamen plaustrum est; quaevis idololatria
sordide instructa vel modice locuples et splendida est censu criminis sui.
Si dans les
provinces on les pratique de façon plus modeste en raison de moyens plus
modestes, il n’en reste pas moins vrai que tous les jeux du cirque, où que ce
soit, sont à estimer à la valeur de l’endroit où on est allé les chercher,
qu’ils sont souillés par leur provenance même. En effet, le ruisselet étroit
tire de sa source, l’arbrisseau fragile tire de son feuillage les qualités
fondamentales de leur origine. Tertullien, De
Spect., 7.
On peut imaginer que la sélection et l’élevage des
chevaux de course se faisait selon des critères et des procédés comparables aux
nôtres.
Quod ipsum tripartito dividitur. Est enim generosa materies, quae circo sacrisque certaminibus
equos praebet. Est mularis, quae pretio foetus sui comparatur generoso. Est et
vulgaris, quae mediocres feminas maresque progenerat.
La race chevaline elle-même se divise en trois catégories : il y a en effet le produit noble qui fournit les chevaux pour le cirque et les compétitions sacrées ; il y a l’espèce mulassière, qui lui est comparable par le noble prix de sa progéniture ; il y a l’espèce commune qui produit des femelles et des mâles ordinaires. Columelle, VI, 27
Generosam
convenit alternis continere, quo firmior pullus lacte materno laboribus
certaminum praeparetur.
Une jument de race ne doit mettre bas
qu’une année sur deux, afin que le poulain soit rendu plus robuste pour les
fatigues des compétitions grâce au lait maternel. Columelle, VI, 27
Cum vero
natus est pullus, confestim licet indolem aestimare, si hilaris, si intrepidus,
si neque conspectu novae rei neque auditu terretur, si ante gregem procurrit,
si lascivia et alacritate interdum et cursu certans aequales exsuperat, si
fossam sine cunctatione transilit, pontem flumenque transcendit. Haec erunt
honesti animi documenta.
Lorsque le poulain est né, il faut
immédiatement se faire une idée de son caractère : il doit être vif,
courageux, ne pas s’effrayer à la vue ou au bruit de choses nouvelles, courir
en tête du troupeau, l’emporter sur les autres par sa joie de vivre, son ardeur
parfois et son désir de se mesurer à la course, sauter un fossé sans hésiter,
franchir un pont et un fleuve. Voilà les indices d’un caractère bien trempé.
Columelle, VI, 29.
Après avoir ensuite longuement décrit les qualités
physiques d’un bon poulain, Columelle (VI, 29) ajoute :
Nam hi et ad obsequia reperiuntur
habiles, et ad certaminum labores patientissimi. Equus bimus ad usum domesticum
recte domatur ; certaminibus autem expleto triennio ; sic tamen ut
post quartum demum annum labori committatur.
Voilà en effet ceux que l’on trouve
propres à rendre des services et les plus adaptés à supporter les fatigues des
compétitions. On dresse correctement pour son usage personnel un cheval de deux
ans, il faut cependant attendre les trois ans accomplis pour les compétitions,
mais en veillant à ne lui faire subir l’épreuve des courses qu’après sa
quatrième année.
Un cheval commençait donc son entraînement à trois
ans, commençait à courir dans le cirque à cinq ans et poursuivait ensuite une
longue carrière.
Les chevaux les plus réputés provenaient d’Espagne
et d’Afrique (on lit sur la mosaïque ci-dessous le mot
« Getuli ») ; on les transportait à bord de navires spécialement
aménagés, appelés hippago.
Comme de nos jours, les chevaux portaient des noms
flatteurs et il paraît que les turfistes compétents savaient les reconnaître au
premier coup d’œil (ce que conteste Pline dans sa célèbre lettre [IX, 6] sur
les courses !) :
Si tamen aut velocitate equorum aut
hominum arte traherentur, esset ratio non nulla; nunc favent panno, pannum
amant, et si in ipso cursu medioque certamine hic color illuc ille huc
transferatur, studium favorque transibit, et repente agitatores illos equos
illos, quos procul noscitant, quorum clamitant nomina relinquent.
Si seulement ils étaient attirés soit
par la vitesse des chevaux soit par la technique des hommes, on y comprendrait
quelque chose ; en réalité, ils encouragent un tissu de couleur, un tissu
de couleur c’est ce qu’ils aiment. Si dans le déroulement de la course, si en
pleine épreuve cette couleur-ci était échangée contre celle-là, celle-là contre
celle-ci, intérêt et encouragements passeraient de l’autre côté et aussitôt ces
fameux cochers, ces fameux chevaux qu’ils reconnaissent de loin, dont ils
crient les noms, ils les laisseraient tomber !
Tout comme les auriges, les chevaux pouvaient
connaître la gloire :
...Nempe
volucrem
sic laudamus
equum, facili cui plurima palma
fervet et
exultat rauco victoria circo;
nobilis hic,
quocumque venit de gramine, cuius
clara fuga
ante alios et primus in aequore pulvis.
N’est-ce pas
ainsi que nous chantons les louanges du cheval, rapide comme l’oiseau,
qui par ses
multiples victoires facilement acquises fait bouillir et transporte le cirque
qui s’enroue ;
il est noble,
de quelque pâture qu’il vienne, lui dont
la course
brillante distance les autres et qui le premier fait voler la poussière de la
piste. (Juvénal, VIII, 57-61)
VICIT SCORPVS EQVIS HIS
PEGASVS ELATES ANDRAEMO COTYNVS
Vicit Scorpus equis his : Pegasus, Elates, Andraemo,
Cotynus.
CIL 06,
10052
Scorpus
vainqueur avec ces chevaux-ci :
Pegasus,
Elates, Andraemo et Cotynus.

La mosaïque donne le nom du
cheval de volée de gauche, le plus important de l’attelage,
Inluminator « celui qui fait briller ».
duobus introiugis
Cotyno et Pompeiano vicit LXXXXVIIII LX(milia) I L(milia)
IIII XL(milia) I XXX(milia) II
CIL 06,
10048
... avec son
attelage de deux chevaux,
Cotynus et
Pompeianus, il a gagné 99 fois : 1 fois le prix de 60 mille sesterces, 4
fois le prix de 50 mille sesterces,
1 fois le prix
de 40 mille sesterces, 2 fois le prix de 30 mille sesterces...
introiugis tribus Abigeio Lucido
Parato L(milia) vicit VIII
CIL 06,
10048
... avec son
attelage de trois chevaux, Abigeius, Lucidus,
Paratus, il a
gagné 8 fois le prix de 50 mille sesterces...
IVSSV
AVGVSTI EQVO ADMIRABILI
Phosphore,
clamosi spatiosa per aequora circi
septenas
solitus victor obire vias,
inproperanter
agens primos a carcere cursus,
fortis
praegressis ut potereris equis
(promptum et
veloces erat anticipare quadrigas,
victores
etiam vincere laus potior).
Hunc titulum
vani solacia sume sepulcri
et gradere
Elysios praepes ad alipedes.
Pegasus hinc
dexter currat tibi, laevus Arion
funalis,
quartum det tibi Castor equum.
Pour un cheval
admirable, par ordre d'Auguste.
Phosphorus , tu parcourais toujours vainqueur, aux acclamations du Cirque, les sept
tours de sa vaste carrière ; tu modérais ton premier élan en sortant de la
barrière, pour dépasser ensuite avec plus de vigueur les coursiers qui
t'avaient précédé. Tu devançais sans peine les rapides quadriges, et tu mettais
de préférence ta gloire à vaincre les vainqueurs eux-mêmes. Reçois ces vers
pour te consoler de la vanité du sépulcre, et vole avec vitesse vers les
coursiers ailés de l'Élysée. Là, que Pégase coure à ta droite, Arion à gauche à
la volée, le quatrième, que Castor te le donne. Ausone, Épitaphes, 32.
Les chars
Les attelages les plus courants étaient les biges (biga), à deux chevaux, et les quadriges (quadriga), chars tirés par quatre
chevaux.
Deux chevaux (iugales) étaient attelés au timon
du char par un joug de garrot et fournissaient la puissance de traction. Le
cheval de droite était considéré comme le plus important des deux, dans la
mesure où dans les virages il devait fournir un effort plus important.
Les deux chevaux de volée (funales) étaient attelés aux deux autres par des courroies (funis). Le cheval de gauche, placé à l’intérieur des virages, jouait un rôle
essentiel : c’est lui qui assurait le trajet de l’attelage dans les
virages serrés autour des bornes, ce qui exigeait à la fois de la force et une
grande docilité aux ordres de l’aurige.
On connaît aussi des chars à trois chevaux (triges, triga), à six, huit ou dix chevaux (decemiuges).

La peinture ci-dessus permet de se faire une idée de
la légèreté et de la fragilité du char, simple structure en bois, dépourvue de
plancher. Un simple tablier d’osier protège l’aurige des projections de sable.
... victorque virum volitare per ora.
(puisse mon
nom) quand je serai vainqueur voler de bouche en bouche ! (Virgile, Géorgiques, III, 9)
O, cuicumque
faves, felix agitator equorum !
Quel que soit celui que tu supportes, quel
heureux meneur de chevaux ! (Ovide)
IN CIRCO PALMA SEMPER ET
LAVRVS VIRET NE DESIT
VNQVAM PRAEMIVM VICTORIBVS
AE 1941, 93
Dans le
cirque, la palme toujours
et le laurier
sont verts: que ne manque
jamais la
récompense pour les vainqueurs!

mosaïque de
la Villa del Casale
Piazza
Armerina
Les chevaux étaient bien nés et bien élevés. On
aimerait pouvoir en dire autant des auriges, aurigae (« cocher »
évoque plutôt le fiacre que le char de course ; nous parlons de
« pilote de F1 » et non de chauffeur).
Esclaves ou affranchis comme les gladiateurs, ils
appartenaient à une catégorie sociale en principe déshonorée et méprisée (infamis).
En réalité, comme les gladiateurs, ils exerçaient
sous l’empire une fascination certaine sur les foules et sur l’aristocratie.
Mis à part leurs gains de plus en plus énormes,
15000 et dans certains cas 30000 sesterces pour une victoire (3750 ou 7500 €) qui pouvaient aller
jusqu’à 60000 sesterces,
Cum Scorpus
una quindecim graves hora
Ferventis
auri victor auferat saccos...