Noctes Gallicanae

Lyriques grecs

Épigrammes funéraires

d’hommes célèbres


Ces épitaphes d'hommes célèbres ont toutes les chances d’être purement imaginaires.

Le numéro qui suit la traduction est celui de l’épigramme dans le livre VII de l’Anthologie Palatine.


 

'Epitæmbia ¤pigr‹mmata

 

`YoukidÛdou toè ßstorikoè eÞw EéripÛdhn

mn°ma m¢n `„EllŒw ‘pas' EéripÛdou ôst¡a d' àsxei

g° MakedÅn Ãper d¡jato t¡rma bÛou

patrÜw d' `Ell‹dow „`Ell‹w 'Ay°nai pleÝsta d¢ Moæsaiw

t¡rcaw ¤k pollÇn kaÜ tòn ¦painon ¦xei

De l’historien Thucydide pour Euripide

Le monument d'Euripide, c'est la Grèce tout entière, ses ossements,

c'est la terre de Macédoine qui les possède, elle qui accueillit le terme de sa vie.

Sa patrie, c'est la Grèce de la Grèce, Athènes. Grâce aux Muses,

il a eu de très grands succès, un grand nombre de gens lui décernent aussi des louanges. 45

'AlkaÛou toè MesshnÛou eÞw toçw metŒ FilÛppou pesñntaw

†Aklaustoi kaÜ yaptoi õdoipñre tÒd' ¤pÜ nÅtÄ

YessalÛaw trissaÜ keÛmeya muri‹dew

AÞtvlÇn dmhy¡ntew êp' …Areow ±d¢ LatÛnvn

oîw TÛtow eéreÛhw ³gag' Žp' 'ItalÛhw

'HmayÛú m¡ga p°ma tò d¢ yrasç keÝno FilÛppou

pneèma yoÇn ¤lÛfvn Õxet' ¤lafrñteron

D’Alcée de Messénie pour ceux qui sont tombés en combattant à Philippes

ni pleurés, ni ensevelis, voyageur, sous cette butte de terre

de Thessalie, nous gisons, trente mille,

domptés par l'Arès des Étoliens et des Latins

que Titus [Flamininus] a amenés de la vaste Italie,

grand désastre pour l'Ématie [la Macédoine]. Quant au fameux

esprit hardi de Philippe, il s'en allé plus vite que les cerfs rapides. 247

 

Il s'agit de la bataille de Cynocéphale dont, dit Plutarque qui cite cette épigramme, Alcée exagère le nombre de morts. Flamininus mécontent de ces vers aurait ainsi répliqué:

…Afloiow kaÜ fullow õdoipñre tÒd' ¤pÜ nÅtÄ

ƒAlkaÛÄ stauròw p®gnutai ±lÛbatow

Sans écorce et sans feuilles, voyageur, sur cette butte de terre

pour Alcée une croix est dressée tout en haut.

Notons enfin le jeu de mots sur ¤l‹fvn et ¤lafrñteron.]

 

Les premiers mots rappellent l'Elpénor de l'Odyssée (chant XI, 53-54 et 71-73):

sÇma gŒr ¤n KÛrkhw meg‹rÄ kateleÛpomen ²meÝw

klauston kaÜ yapton ¤peÜ pñnow llow ¦peige

Nous avions laissé son corps dans le mégaron de Circé

sans le pleurer et sans l'ensevelir car d'autres tâches pressaient.

¦nya s' ¦peita naj k¡lomai mn®sasyai ¤meÝo

m® m' klauton yapton ÞÆn öpiyen kataleÛpein

nosfisheÛw

Là-bas, alors, mon roi, je te prie de te souvenir de moi:

ne me laisse pas sans pleurs sans tombe derrière toi quand tu t'en iras d'ici,

m'abandonnant.

'Asklhpi‹dou eÞw ƒErinnan

õ glukçw 'HrÛnnhw oðtow pñnow oéxÜ polçw m¢n

Éw ’n paryenikw ¤nneakaidek¡teuw

Žll' ¥t¡rvn pollÇn dunatÅtervw : eÞ d' 'Aýdaw oß

m¯ taxçw ·lye tÛw ’n talÛkon ¦sx' önoma ;

d’Asclépiade pour Érinna

D'Érinna, voici les oeuvres, douces à lire. Le livre n'est pas gros,

c'est celui d'une jeune fille de dix-neuf ans,

mais il a plus de force que beaucoup d'autres. Si Hadès

vers elle n'était pas si vite venu, qui possèderait un nom plus illustre? 11

YeokrÛtou toè XÛou eÞw ƒAristot¡lhn

„ErmÛou eénoæxou te kaÜ Eéboælou tñde doælou

  mn°ma kenòn kenñfrvn teèjen ƒAristot¡lhn:

ùw gastròw nomon fæsin eáleto naÛein

  Žnt' 'AkadhmeÛaw Borbñrou ¤n proxoaÝw

de Théocrite de Chios pour Aristote

De Hermias, eunuque et esclave d’Euboulos,

La tombe vide fut élevée par Aristote à la tête vide

Dont l’estomac à la nature rétive aux lois a choisi d’habiter

Plutôt qu’à l’Académie aux sources du Borboros.

SpeusÛppou toè ƒAyhnaÛou eÞw Pl‹tvna tòn filñsofon

SÇma m¢n ¤n kñlpoiw kat¡xei tñde gaÝa Pl‹tvnow

  cux¯ d' Þsñyeow t‹jin ¦xei mak‹rvn

de Speusippe d’Athènes pour Platon le philosophe

Le corps de Platon, la terre le détient ici en son sein,

Mais son âme divine occupe une place parmi les bienheureux.  Plan., 31

Speusippe, neveu et disciple de Platon, lui a succédé à la tête de l’Académie.

PtolemaÛou eÞw TÛmvna tòn mis‹nyrvpon

m¯ pñyen eÞmÜ m‹yúw mhd' oënoma pl¯n ÷ti yn¹skein

toçw par' ¤m¯n st®lhn ¤rxom¡nouw ¤y¡lv

De Ptolémée pour Timon le misanthrope

Ne cherche pas à savoir d'où je suis ni qui je suis. Je te dirai que la mort

de ceux qui longent mon tombeau, c'est ce que je veux. 314

Timon d'Athènes est un célèbre misanthrope du IVe s. av. J.-C. qu’Antoine après Actium a pris un temps pour modèle.

 

TÛmvnow toè misanyrÅpou eÞw ¥autñn

¤ny‹d' Žporr®jaw cux¯n barudaÛmona keÝmai

oënoma d' oé peæsesye kakoÜ d¢ kakÇw Žpñloisye

De Timon le misanthrope pour lui-même

Ici arraché une âme au fâcheux destin, je repose.

Mon nom, vous ne le saurez pas, puissiez-vous, mauvaises gens, périr de mauvaise mort.

Cité par Plutarque, Vie d’Antoine.

 


Epitaphes latines