Noctes Gallicanae
Epigraphie latine
Cette inscription du musée de Cologne fournit un bon
exemple pour aborder la titulature impériale.

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IMP·NERO·CAESAR·AVGVSTVS D¾V¾·CLAVD¾ F GERMANICI CAESARiS Ñ·TIB·CAESARIS·AVG·PROÑ·D¾V¾·AVG·ABÑ PONTIF·MAX·TRIB·POTEST·XII·IMP·XCOS·IIII·P·P P·SVLPICIO·SCRIBONIO·RVFO·LEG·AVG·PRoPR LEG·XV PRIMIG |
Römisch-Germanisches Museum Köln
NERO : cognomen de la gens Claudia dont Néron était issu par sa
mère. (Il est né en 37 de Cn. Domitius Ahenobarbus, lui-même fils de L.
Domitius Ahenobarbus et d’Antonia Maior ; sa mère Agrippina, sœur de
l’empereur Caligula, était née de Ti. Claudius Nero Drusus Germanicus et de la
petite-fille d’Auguste Agrippina).
CAESAR : cognomen de la gens Iulia, devenu
dès le règne de Tibère le gentile
nomen des
empereurs.
AVGVSTVS : Titre
décerné à Octave en 27 av. J.-C. à l’initiative de Munatius Plancus, et qui
conférait un caractère sacré à son détenteur. Avgvstvs
servira de cognomen à tous les empereurs
romains.
Ainsi Néron, de son vrai nom
L. Domitius Claudius Nero, s’appelle après son accession à l’empire Imperator
Nero Caesar Augustus.
DIVI CLAVDI F(ILIVS) : « fils du divin
Claude ». Comme pour tout citoyen romain, la filiation est indiquée. Néron
fut adopté par son grand-oncle et prédécesseur Claude en 51. Divus : voir ci-dessous.
GERMANICI CAESARIS N(EPOS)° : « petit-fils
de Germanicus César ». Germanicus (~15-19) avait été adopté par Tibère.
Tibère (Ti. Claudius Nero), ayant été adopté par Auguste, lui-même adopté par
César, portait donc le nom de son père adoptif, C. Iulius Caesar. Le fils de
Germanicus, que nous connaissons sous son surnom d’enfant Caligula, s’appelait
tout naturellement ainsi, et les historiens anciens l’appellent Gaius Caesar.
TIB(erii) CAESARIS AVG(VSTI)
PRON(EPOS) : « arrière-petit-fils [par adoption] de Tibère César
Auguste ». Tibère n’a été honoré après sa mort de l’apothéose, ce qui
explique l’absence de l’adjectif divus.
DIVI AVG(VSTI) ABN(EPOS) : « arrière-arrière-petit-fils du divin Auguste », par adoption bien sûr dans la lignée paternelle adoptive, par le sang dans la lignée maternelle puisque la grand-mère d’Agrippine fut la célèbre Julia, fille d’Auguste et de Scribonia.
PONTIFEX MAXIMVS :
« [très] grand pontife ». Cette dignité de prêtre suprême de la
religion romaine avait été revêtue par César, puis par Auguste et tous ses
successeurs.
TRIB(VNICIA) POTEST(ATE)
DVODECIMVM : « titulaire de la puissance tribunicienne pour la douze
fois ». Ce pouvoir des anciens tribuns de la plèbe, qui donnait droit de
veto mais surtout faisait de son titulaire une personne inviolable, avait été
conféré à vie à Auguste lors de son retour victorieux d’Égypte en ~30. La
puissance tribunicienne était, sous la République, annuelle et Auguste ne
manqua jamais de se la faire reconduire tous les ans. A partir de ~23, il
compte les années de son règne en « puissances tribuniciennes ».
L’usage restera après lui, même si ses successeurs ne prennent plus que
rarement la peine de faire renouveler pour la forme cet élément important de
leur pouvoir.
Néron ayant accédé au trône
en 54, notre inscription date donc de 66/67 ap. J.-C.
IMP(ERATOR) DECIMVM :
« Acclamé chef victorieux dix fois ». Acclamé une première fois en
montant sur le trône, Néron a donc été déclaré chef victorieux neuf fois en
douze ans de règne.
CO(N)S(VL) QVARTVM :
« Consul quatre fois ». Le consulat n’a plus, évidemment, dès
Auguste, l’importance politique qu’il avait sous le République. Les empereurs
se faisaient nommer consuls lorsqu’ils le jugeaient utile. Néron a géré son
quatrième et dernier consulat en 60.
P(ATER) P(ATRIAE) :
« Père de la Patrie ». Titre décerné à Auguste en ~2 et porté par
tous ses successeurs, mis à part Tibère et les trois empereurs éphémères des
années 68 et 69.
proque Palati gradibus imperator consalutatus lectica in castra et inde
raptim appellatis militibus in curiam delatus est discessitque iam vesperi, ex
immensis, quibus cumulabatur, honoribus tantum patris patriae nomine recusato
propter aetatem.
[A la mort de
Claude, Néron] fut d’abord proclamé « imperator » devant les marches
du Palatin, puis transporté en litière au camp des prétoriens et de là à la
curie après avoir rassemblé les soldats à la hâte. Il n’en sortit que le soir.
Parmi les honneurs immenses dont il avait été comblé, il n’avait refusé que
celui de « Père de la Patrie » en alléguant son âge [17 ans]. (Suétone, Néron, 8).
La plupart des empereurs ont
été divinisés après leur mort (« apothéose ») et ont reçu de ce fait
le titre de DIVUS, « divin ».
Au 1er siècle, seuls
Auguste (et bien évidemment César avant lui), Claude, Vespasien et Titus ont
été honorés de ce titre posthume.
On connaît le mot de
Vespasien prima quoque morbi accessione :
Vae, inquit, puto, deus fio lorsqu’il a ressenti les premières
atteintes du mal qui devait l’emporter : « Malheur, je crois que je
deviens un dieu »
Néron au contraire a fait
l’objet d’une damnatio memoriae,
« abolition du souvenir », ce qui, en théorie, entraînait la
destruction des monuments qui portaient son nom, ou du moins obligeait à
effacer ce nom des inscriptions.
Exemple
IMP CAESAR DIVI M
ANTONINI PII GERM SARM
FILIVS DIVI COMMODI FRA
TER DIVI ANTONINI PII NEPOS
DIVI HADRIANI PRONEPOS
DIVI TRAIANI PARTHICI
ABNEP DIVI NERVAE ADNEP
L SEPTIMIVS SEVERVS PIVS
PERTINAX AVG ARABICVS
ADIABENICVS PARTHIC MAXIM
PONTIF MAX
TRIB POTEST X
IMP XI COS III P P PROCOS ET
IMP CAES IMP L SEPTIMI
SEVERI PII PERTINACIS AVG
ARAB ADIAB PARTH MAX FILIVS
DIVI M ANTONINI PII GERM
SARM NEPOS DIVI ANTONINI
PII PRONEPOS HADRIANI
ABNEP DIVI TRAIANI PARTH
ET DIVI NERVAE ADNEP
M AVRELIVS ANTONINVS
PIVS FELIX AVG
TRIBVNIC POTEST V
COS PROCOS
MOLEM NOVAM AD DE
FENSIONEM VIAE
ADLVVIONE MARIS
CORRVPTAE F[.]CERVNT
AE 1893, 84
Imperator
Caesar divi Marci Antonini Pii Germanici Sarmatici ½filius divi Commodi frater
divi Antonini Pii nepos divi Hadriani pronepos divi Traiani Parthici abnepos
divi Nervae adnepos Lucius Septimius Severus Pius Pertinax Augustus Arabicus
½Adiabenicus Parthicus maximus pontifex maximus tribunicia potestate X
imperator XI consul III pater patriae proconsul et ½Imperator Caesar
Imperatoris Luci Septimi Severi Pii Pertinacis Augusti Arabici Adiabenici
Parthici maximi filius divi Marci Antonini Pii Germanici Sarmatici nepos divi
Antonini Pii pronepos Hadriani abnepos divi Traiani Parthici et divi Nervae
adnepos Marcus Aurelius Antoninus Pius Felix Augustus tribuniciae potestate V
consul proconsul molem novam ad defensionem viae adluvione maris corruptae
f[e]cerunt
L’empereur César, fils du divin Marcus Antoninus Pius
Germanicus Sarmaticus, frère du divin Commodus, petit-fils du divin Antoninus
Pius, arrière-petit fils du divin Hadrianus, arrière arrière petit-fils du
divin Trajanus Parthicus, arrière arrière arrière petit-fils du divin Nerva, Lucius
Septimius Severus Pius Pertinax Auguste, Arabicus, Adiabenicus, Parthicus
maximus, grand pontife, revêtu de la puissance tribunicienne pour la 10ème
fois, salué imperator pour la 11ème fois, consul pour la 3ème
fois, Père de la patrie, proconsul ; et l’empereur César, fils de
l’empereur Lucius Septimius Severus Pius Pertinax Auguste Arabicus Adibenicus
Parthicus maximus, petit-fils du divin Marcus Antoninus Pius Germanicus
Sarmaticus, arrière petit-fils du divin Antoninus Pius, arrière arrière
petit-fils d’Hadrianus, arrière arrière petit-fils du divin Trajanus Parthicus
et arrière arrière arrière petit-fils du divin Nerva, Marcus Aurelius
Antoninus Pius Felix Auguste, revêtu de sa 5ème puissance
tribunicienne, consul proconsul, ont fait bâtir une nouvelle digue pour
protéger la route qui s’était effondrée sous les assauts de la mer.
Il adressait au sénat, écrit Dion Cassius
(LXXIII), des messages ainsi libellés :
AUTOKRATVR KAISAR
LOUKIOS AILIOS AURHLOIS KOMMODOS
AUGUSTOS EUSEBHS EYTUXHS
SARMATIKOS GERMANICOS MEGISTOS BRETANNIKOS
EIRHNOPOIOS THS OIKOUMENHS
ANIKHTOS RVMAOIS HRAKLHS
ARXIERUS
DHMARXIKHS EJOUSIAS TO OKTVKAIDEKATON
AUTOKRATVR TO OGDOON
UPATOS TO EBDOMON
PATHR PATRIDOS
UPATOIS STRATHGOIS DHMARXIOIS
GEROUSIA KOMMODIANH
EUTUXEI
XAIREIN
[…] auxquels
il ajouta par la suite :
PRVTOPALOS SEKOUTORVN
ARISTEROS MONOS NIKHSAS
DVDEKATIS XILIOUS
Ce qui donne en latin:
IMPERATOR CAESAR
LVCIVS AELIVS AVRELIVS COMMODVS
AVGVSTVS PIVS FELIX
SARMATICVS GERMANICVS MAXIMVS BRITANNICVS
PACIFICATOR ORBIS TERRARVM
INVICTVS HERCVLES ROMANVS
PONTIFEX MAXIMVS
TRIBVNICIA POTESTATE XIIX
IMPERATOR VIII CONSVL VII
PATER PATRIAE
CONSVLIBVS PRAETORIBVS TRIBVNIS
FELICIQVE COMMODIANO SENATVI
SALVTEM
PRIMA SECVTORVM RVDIS
SCAEVOLA VNVS QVI DVODECIES
MILLE VICIT
L’empereur César Lucius Aelius Aurelius
Commodus Augustus Pius Felix, vainqueur des Sarmates, suprême vainqueur des
Germains, vainqueur des Bretons, pacificateur du monde habité, Hercule romain
invaincu, grand pontife, titulaire de sa 18ème puissance tribunicienne, salué
« imperator » pour la 8ème fois, consul pour le 7ème fois, père de la
patrie,
aux consuls, préteurs, tribuns et à l’heureux sénat commodien, salut !
Gladiateur « chasseur » de première classe, le seul gaucher qui ait vaincu
mille hommes à douze reprises.
Voir « Histoire de Rome Commode ».
En ce qui concerne les acclamations (et non la titulature) adressées à Néron à son retour de Grèce, voyez Néron à Pompéi.