Noctes Gallicanae

Le Périple

d’ Hannon

 

 

Citations de Pline l’Ancien

 

Le périple d’Hannon

 

Livre II, LXVII :

Et Hanno Carthaginis potentia florente circumvectus a Gadibus ad finem Arabiae navigationem eam prodidit scripto, sicut ad exterea Europae noscenda missus eodem tempore Himilco. praeterea Nepos Cornelius auctor est Eudoxum quendam sua aetate, cum Lathyrum regum fugeret, Arabico sinu egressum Gades usque pervectum multoque ante eum Caelius Antipater vidisse se qui navigasset ex Hispania in Aethiopiam commercii gratia.

Hannon, pendant que la puissance de Carthage florissait, navigua depuis Cadix jusqu’aux limites de l’Arabie, et mit par écrit l’histoire de sa navigation. Dans le même temps, Himilcon fut envoyé pour explorer les parties extérieures de l’Europe. En outre, Cornélius Népos raconte que de son temps un certain Eudoxe, fuyant le roi Ptolémée Lathyre (117-81 av. J. C.). sortit du golfe Arabique et arriva jusqu’à Cadix. Longtemps avant lui, Coelius Antipater atteste avoir vu un marin qui, dans des vues commerciales, avait fait par mer le trajet d’Espagne en Éthiopie.

 

Livre V, I :

Fuere et Hannonis Carthaginiensium ducis commentarii Punicis rebus florentissimis explorare ambitum Africae iussi, quem secuti plerique e Graecis nostrisque et alia quidem fabulosa et urbes multas ab eo conditas ibi prodidere, quarum nec memoria alia nec vestigium exstat.

Il a existé des mémoires de Hannon, chef carthaginois, qui, à l’époque ou Carthage était la plus florissante, reçut l’ordre d’explorer les côtes d’Afrique. La plupart des auteurs grecs et latins l’ont suivi, rapportant, entre autres fables, qu’il y fonda beaucoup de villes, dont il ne reste ni souvenir ni vestiges.

Scipione Aemiliano res in Africa gerente Polybius annalium conditor, ab eo accepta classe scrutandi illius orbis gratia circumvectus, prodidit a monte eo ad occasum versus saltus plenos feris, quas generat Africa ; ad flumen Anatim , ab eo Lixum CCV. Agrippa Lixum a Gaditano freto abesse ; inde sinum qui vocetur Sagigi, oppidum in promunturio Mulelacha, flumina Sububam et Salat, portum Rutubis a Lixo , inde promunturium Solis, portum Rhysaddir, Gaetulos Autoteles, flumen Quosenum, gentes Selatitos et Masatos, flumen Masathat, flumen Darat, in quo crocodilos gigni.

Scipion Émilien commandant en Afrique, l’historien Polybe reçut de lui une flotte avec laquelle il fit un voyage d’exploration dans cet autre monde. Il a raconté qu’allant de l’Atlas au couchant on trouve des forêts pleines des animaux propres à l’Afrique jusqu’au fleuve Anatis, dans un espace de 485 000 pas ; que du fleuve Anatis au Lixus il y a 205 000 pas, et du fleuve Lixus au détroit de Cadix 112 000 pas ; que le golfe qu’on rencontre en venant de ce détroit s’appelle Saguti ; qu’on trouve la ville et le cap de Mulelacha, les fleuves Subur et Sala, le port Rutubis à 213 000 pas du Lixus ; le promontoire du Soleil, le port Risardir, les Gétules Autololes, le fleuve Cosenus, les Scelatites et les Masates, le fleuve Masatat, le fleuve Darat, où vivent des crocodiles.

Dein sinum includi montis Bracae promunturio excurrente in occasum, quod appelletur Surrentium. postea flumen Salsum, ultra quod Aethiopas Perorsos, quorum a tergo Pharusios. his iungi in mediterraneo Gaetulos Daras, at in ora Aethiopas Daratitas, flumen Bambotum, crocodilis et hippopotamis refertum. ab eo montes perpetuos usque ad eum, quem Theon Ocema dicemus. inde ad promunturium Hesperu navigationem dierum ac noctium decem. in medio eo spatio Atlantem locavit, ceteris omnibus in extremis Mauretaniae proditum.

Puis un golfe de 616 000 pas, formé par un cap du mont Barce, cap qui se prolonge à l’occident et qu’il appelle Surrentium ; puis le fleuve Palsus, au delà les Ethiopiens Pérorses, et derrière eux les Pharusiens, les Gétules Dariens, limitrophes des Pharusiens dans l’intérieur ; sur la côte, les Éthiopiens Daratites, le fleuve Bambotus, rempli de crocodiles et d’hippopotames ; plus loin, des chaînes continues de montagnes, jusqu’à celle que nous appellerons Théon Ochema. De là jusqu’au promontoire Hespérien, Polybe évalue la distance à dix jours et à dix nuits de navigation ; au milieu de cet intervalle il a placé le mont Atlas, que tous les autres ont mis à l’extrémité de la Mauritanie.

 

Livre VI, XXXVI :

Contra hoc quoque promunturium Gorgades insulae narrantur, Gorgonum quondam domus, bidui navigatione distantes a continente, ut tradit Xenophon Lampsacenus. penetravit in eas Hanno Poenorum imperator prodiditque hirta feminarum corpora, viros pernicitate evasisse ; duarum Gorgadum cutes argumenti et miraculi gratia in Iunonis templo posuit, spectatas usque ad Carthaginem captam.

On cite encore en face de ce promontoire les îles Gorgades, jadis le séjour des Gorgones, à deux jours de navigation du continent, ainsi que le rapporte Xénophon de Lampsaque. Hannon, général des Carthaginois, y a pénétré, et il a rapporté que les femmes avaient le corps velu, que les hommes s’échappèrent par la rapidité de leur course ; et il consacra dans le temple de Junon, en témoignage de son expédition et comme curiosité, les peaux de deux Gorgones, qu’on y a vues jusqu’à la prise de Carthage.

Ultra has etiamnum duae Hesperidum insulae narrantur, adeoque omnia circa hoc incerta sunt, ut Statius Sebosus a Gorgonum insulas cursum prodiderit, ab his ad Hesperu Ceras unius. nec Mauretaniaee insularum certior fama est. paucas modo constat esse ex adverso Autololum a Iuba repertas, in quibus Gaetulicam purpuram tinguere instituerat.

Plus loin encore que les îles Gorgades, sont, dit-on, deux îles des Hespérides. Au reste, tout cela est tellement incertain, que Statius Sebosus a évalué la distance entre les îles des Gorgones et les îles des Hespérides à quarante journées de navigation le long de l’Atlas, et à une journée de navigation la distance entre les Hespérides et la Corne occidentale. Les renseignements sur les îles de la Mauritanie ne sont pas plus certains. On sait seulement qu’il y en a quelques-unes en face des Autololes, découvertes par Juba, qui y avait établi des fabriques de pourpre de Gétulie.

 

 

Pline connaissait-il le texte d’Hannon ?

 

Livre V, I, 6 :

E mediis hunc harenis in caelum attolli prodidere, asperum, squalentem qua vergat ad litora oceani, cui conomen inposuit, eundem opacum nemorosumque et scatebris fontium riguum qua spectet Africam, fructibus omnium generum sponte ita subnascentibus, ut numquam satias voluptatibus desit. Incolarum neminem interdiu cerni ; silere omnia haut alio quam solitudinum horrore ; subire tacitam religionem animos propius accedentium praeterque horrorem elati subter nubila atque in vicina lunaris circuli. eundem noctibus micare crebris ignibus, Aegipanum Satyrorumque lascivia inpleri, tibiarum ac fistulae cantu tympanorumque et cymbalorum sonitu strepere. haec celebrati auctores prodidere praeter Herculi et Perseo laborata ibi. spatium ad eum inmensum incertumque.

C’est du milieu des sables, dit-on, qu[e le mont Atlas] s’élève vers les cieux, âpre et nu du côté de l’Océan auquel il a donné son nom, mais plein d’ombrages, couvert de bois et arrosé de sources jaillissantes, du côté qui regarde l’Afrique, fertile en fruits de toute espèce, qui y naissent spontanément, et peuvent rassasier tout désir. Pendant le jour on ne soit aucun habitant; tout y garde un silence profond, semblable au silence redoutable des déserts. Une crainte religieuse saisit les coeurs quand on s’en approche, surtout à l’aspect de ce sommet élevé au-dessus des nuages, et qui semble voisin du cercle lunaire. Mais la nuit il reluit de feux innombrables; les Aegipans et les Satyres le remplissent de leur allégresse; il retentit des accords des flûtes et des musettes, du bruit des tambours et des cymbales. C’est ce que des auteurs renommés ont raconté, sans parler des travaux qu’Hercule et Persée y ont accomplis. Pour arriver à ce mont l’espace est immense et inconnu.

 

Livre V, I, 6 :

Sita est Aethiopia ab oriente hiberno ad occidentem hibernum. meridiano cardine silvae, hebeno maxime, virent. a media eius parte imminens mari mons excelsus aeternis ardet ignibus, Theon Ochema dictus Graecis. a quo navigatione quadridui promunturium quod Hesperu Ceras vocatur, confine Africae iuxta Aethiopas Hesperios. Quidam et in eo tractu modicos colles amoena opacitate vestitos Aegipanum Satyrorumque produnt.

L’Éthiopie est orientée du levant d’hiver au couchant d’hiver; la partie qui est au midi a de vastes forêts ou l’ébène domine; dans son milieu, une haute montagne, penchée sur la mer, brûle de feux éternels; les Grecs l’ont appelée Théon ochéma (Char des dieux). De là, en quatre jours de navigation, on arrive au promontoire nommé Hesperion ceras (Corne occidentale), touchant à l’Afrique, près des Éthiopiens hespériens. Quelques-uns placent aussi dans ces parages des collines d’une médiocre hauteur, couvertes d’ombrages agréables, et séjour des Aegipans et des Satyres.