Noctes Gallicanae
Lyriques grecs
Anacréon de Téos
Anacréon
a vécu au VIe s. av. J.-C. et serait mort âgé de 85 ans. Selon
certaines sources, son père s'appelait Scythinos comme le poète iambique.
Tous ses poèmes
chantaient le vin et surtout l'amour: nam Anacreontis quidem tota
poesis est amatoria
"on peut dire
que toute la poésie d'Anacréon est consacrée à l'amour" (Cicéron, Tusculanes,
IV, 71).
tÇn prñsy' eà ti perissò(w) ÓdopoiÇn
« le plus grand et de loin des anciens compositeurs »,
dit Théocrite.
Remarque : j’ai rapproché pour le plaisir
certains fragments qui n’avaient certainement aucun lien entre eux.
Anakr¡vn õ T®óow
Ervta gr tòn bròn
m¡lomai bræonta mÛtraiw
poluany¡moiw eÛden
÷de kaÜ yeÇn dunast®w
÷de kaÜ brotoçw damzei
Amour, le tendre Amour,
Je me plais, s’il est couvert de guirlandes
De fleurs, à le chanter :
C’est lui qui règne sur les dieux,
C’est lui qui dompte les mortels.

eÞw rÛgnvton gunaÝka
oÞktr d¯ froneÝn koæv
t¯n rÛgnvton gunaÝka
pollkiw d¢ d¯ tñd' eÞpeÝn
daÛmon' aÞtivm¡nhn
Éw n eâ pyoimi m°ter
eà m' meÛlixon f¡rousa
pñnton ¤sbloiw yuÛonta
porfur¡oisi kæmasi
Elle a, dit-on, le coeur affligé,
cette femme bien connue,
et souvent elle dit ces mots:
"Que je serais heureuse, ma mère,
si tu m'avais emportée pour me jeter
dans la mer salée en furie
avec ses vagues sombres."

eÞw 'Art¡mida
gounoèmai s' ¤lafhbñle
jany¯ paÝ Diñw grÛvn
d¡spoin'
Artemi yhrÇn
´ kou ¤pÜ LhyaÛou
dÛnúsi yrasukardÛvn
ndrÇn ¤skatorw pñlin
xaÛrous' Oé gr nhm¡rouw
poimaÛneiw poli®taw
Je te supplie, déesse tueuse de cerfs,
blonde enfant de Zeus, Artémis,
qui règnes sur les bêtes sauvages.
Toi qui, quelque part sur les tourbillons
du Léthé, regardes de là-haut
cette cité d'hommes au coeur plein de bravoure
et tu es pleine de joie: car ce ne sont pas des animaux sauvages
que tu gardes, mais des citoyens.

f¡r' ²mÝn
kel¡bhn
ge d¯ f¡r' ²mÝn Î paÝ
kel¡bhn ÷kvw mustin
propÛv t m¢n d¡k' ¤gx¡aw
ìdatow t p¡nte d' oànou
kuyouw Éw nubrÛstvw
n dhðte bassar®sv
Allons, mon garçon, apporte-nous
une coupe afin que je porte un toast
cul sec. Verse d'abord dix mesures
d'eau, ensuite cinq de vin
afin que je puisse sans me sentir inconvenant
me lever une fois encore pour célébrer Bacchus.
ge dhðte mhk¡t' oìtv
patgÄ te klalhtÒ
Skuyik¯n pñsin par' oànÄ
meletÇmen ll kaloÝw
êpopÛnontew ¤n ìmnoiw
Allons, reviens, assez comme ça:
assez de fracas et d'absence de conversation,
assez de beuverie à la Scythe avec notre vin,
buvons plutôt modérément en chantant de belles chansons pour les
dieux.

eÞw SapfÅ
sfaÛrú dhðt¡ me porfur»
bllvn xrusokñmhw
Ervw
n®ni poikilosamblÄ
sumpaÛzein prokaleÝtai
² d' ¤stÜn gr p' eéktÛtou
L¡sbou t¯n m¢n ¤m¯n kñmhn
leuk¯ gr katam¡mfetai
prñw d' llhn tin xaskei
Pour Sappho
Une fois encore de son ballon rouge
me touchant, Amour aux cheveux d'or
avec la demoiselle aux sandales bariolées
m'invite à jouer.
Mais elle, qui est, sachez-le, de Lesbos
l'île aux belles cités, c'est ma chevelure,
blanche il est vrai, qu'elle me reproche!
et puis elle est bouche bée devant quelqu'un d'autre, une autre.
[kaÜ l¡getai t¯n SapfÆ d¢ pròw aétòn taèta eÞpeÝn:
keÝnon Î xrusñyrone Moès' ¦nispew
ìmnon ¤k tw kalligænaikow ¤sylw
T®iow xÅraw ùn eide terpnÇw
pr¡sbuw gauñw
÷ti d¢ oék ¦sti Sapfoèw toèto tñ sma
pantÜ pou d°lon]
[et Sappho, paraît-il, lui aurait répondu ceci:
Ce chant divin, Muse au trône d'or,
c'est toi qui le composes
mais c'est l'homme de Téios, issu de ce pays
où les femmes sont belles et honnêtes,
qui le chante mélodieusement,
ce vieil homme couvert de gloire.
que ce poème ne soit pas de Sappho constitue une évidence pour
tout le monde.]

'AmalyÛhw
k¡raw
¤gÆ d' oët' n 'AmalyÛhw
bouloÛmhn k¡raw oët' ¦tea
pent®kont te kkatòn
Tarthssoè basileèsai
Mais moi je ne voudrais ni la corne
d'Amalthée ni pendant
cent cinquante années
être roi de Tartessos.

eÞw Kleñboulon
µ paÛdaw llouw
Kleoboælou m¢n ¦gvg' ¤r¡v
KleoboælÄ d' ¤pimaÛnomai
Kleñboulon d¢ diosk¡v
Cléoboulos, d’abord moi je le désire,
Cléoboulos ensuite il me rend fou,
Cléoboulos enfin je le dévore des yeux.
Înaj Ú damlhw
Ervw
kaÜ Næmfai kuanÅpidew
porfur° t' 'AfrodÛth
sumpaÛzousin ¤pistr¡feai
d' êchlw ôr¡vn korufw
gounoèmaÛ se sç d' eémen¯w
¦ly' ²mÝn kexarism¡nhw
d' eéxvl°w ¤pakoueÝn
KleoboælÄ d' gayñw g¡neo
sæmboulow tòn ¤mòn g' ¦rv-
t' Î Deñnuse d¡xesyai
Seigneur dont Éros le jeune taureau
Et les Nymphes aux yeux bleus
Et l’Aphrodite pourpre
Accompagnent les jeux, toi qui séjournes
Sur les hauts sommets des montagnes,
Je te supplie : plein de bienveillance
Viens à nous pour te laisser fléchir
Par la prière que tu écoutes.
Pour Cléoboulos deviens un bon
Conseiller : que mon amour
Enfin, ô Dionysos, il l’accepte.
Î paÝ pary¡nion bl¡pvn
dÛzhmaÛ se sç d' oé koeÝw
oék eÞdÆw ÷ti t°w ¤m°w
cux°w ²nioxeæeiw
Garçon au regard de vierge,
Je cherche à te séduire, mais toi tu m’ignores,
Ne sachant pas que de mon
Cœur tu tiens les rênes.
ll prñtine
=adinoçw Î fÛle mhroæw
Allons porte le toast
de tes cuisses élancées, ô mon bien-aimé!
kaÜ kñmhw ´ toi kat' bròn
¤skÛazen aéx¡na
nèn d¢ d¯ sç m¢n stolokrñw
² d' ¤w aéxmhrw pesoèsa
xeÝraw yrñh m¡lainan
¤w kñnin katerræh
tlhmñnvw tom°i sid®rou
peripesoès' ¤gÆ d' shisi
teÛromai ...
… et la chevelure qui sur ton cou
délicat faisait de l’ombre.
Mais maintenant tu es tout rugueux
Et tes cheveux tombés sous de malpropres
Mains, en tas, à la noire
Poussière se sont mélangés :
Ils sont misérablement sous le fer qui les coupait
Tombés autour de toi. Et moi par des nausées
Je suis brisé.

oànou ¤j¡pion kdon
±rÛsthsa m¢n ÞtrÛou leptoè mikròn poklw
oànou d' ¤j¡pion kdon nèn d' brÇw ¤rñessan
cllv phktÛda t» fÛlú kvmzvn paidÜ br°i
J'ai déjeuné en détachant un petit morceau d’un fin pain
d’épices au miel,
Mais j’ai vidé une jarre de vin. Et maintenant tendrement
Je fais vibrer ma lyre amoureuse pour chanter ma jeune et tendre
bien-aimée.
xaÝre fÛlon fÇw xarÛenti meidiÇn prosÅpÄ
Bonjour à toi, lumière bien aimée, un sourire sur ton gracieux
visage.

eÞw mfÛpolñn tina
fÛlh gr eÞw jeÛnoisi ¦ason d¡ me dic¡onta pieÝn
Sois aimable avec les clients: laisse-moi
boire puisque j'ai soif.
kaÛ m' ¤pÛvton
kat geÛtonaw po®seiw
et tu vas me faire une fâcheuse réputation
auprès de mes voisins.
oÞnoxñei d' mfÛpolow melixròn
oänon trikæayon kel¡bhn ¦xousa
Et la serveuse verse le doux vin
au miel avec une carafe qui contient trois coupes.

eÞw kour®n tina
paÝw Kærhw kaÜ skiadÛskhn ¤lefantÛnhn foreÝ
gunaijÜn aëtvw ¤mfer®w
Enfant de Cyris, tu portes aussi cette ombrelle d'ivoire
qui te fait tant ressembler aux femmes.
tu enlèves ta tunique et tu fais la Dorienne
c'est-à-dire
"tu te montres nue". Les jeunes Spartiates portaient en effet des
tuniques qui n'étaient pas cousues dans le bas et donc ouvertes sur le côté: on
voyait leurs cuisses quand elles marchaient, ce qui choquait beaucoup les
autres Grecs.
Plutarque (Numa, 25)
rappelle qu'Ibycos qualifiait
les filles de Sparte de fainomerÛdew, "montre-cuisses"; il cite Euripide qui, dans son Andromaque,
les présente
gumnoÝsi mhroÝw kaÜ p¡ploiw neim¡noiw
"Les cuisses nues et la robe
flottante"
et Sophocle qui, dans une tragédie perdue, décrit la jeune
Hermione
KaÜ tn n¡orton w ¦t' stolow
xitÆn
yuraÝon mfÜ mhròn
ptæssetai Ermiñnan
Et la jeune Hermione
Dont la tunique peu serrée
Remonte sur la cuisse nue".

perÜ yantou
polioÜ m¢n ²mÝn ³dh
krñtafoi krh te leukñn
xarÛessa d' oék¡t' ´bh
pra ghral¡oi d' ôdñntew
glukeroè d' oék¡ti pollòw
biñtou xrñnow l¡leiptai
di taèt' nastalæzv
yam Trtarou dedoikÅw
'AÛdev gr ¤sti deinòw
muxñw rgal° d' ¤w aétòn
ktodow kaÜ gr ¥toÝmon
katabnti m¯ nab°nai
Déjà mes tempes sont grises
et ma tête toute blanche,
la grâce de la jeunesse n'est plus
en moi, mes dents ont vieilli,
le temps qui me reste pour profiter
des douceurs de la vie n'est plus bien long.
Voilà pourquoi je verse des larmes
bien souvent dans la crainte du Tartare.
C'est qu'il est effrayant, le trou profond
d'Hadès, il est difficile le chemin
qui y mène. Et puis il est certain
pour celui qui y descend qu'il ne remontera pas.

f¡r' ìdvr f¡r' oänon
f¡r' ìdvr f¡r' oänon Î paÝ f¡re d' nyemñentaw ²mÝn
stefnouw ¦neikon Éw d¯ pròw
Ervta puktalÛzv
Apporte de l'eau, apporte du vin, mon garçon, apporte-nous
des couronnes de fleurs. Apporte tout cela pour que je puisse
affronter l'Amour au pugilat.
Ces
deux vers ont été retrouvés à Autun sur une mosaïque du 2ème s. ap.
J.-C. qui représente Anacréon.
kayar» d' ¤n kel¡bú p¡nte te kaÜ treÝw naxeÛsyv
Dans le cratère bien propre, verse cinq mesures de vin et trois
d'eau.
¤pÜ d' ôfræsin selÛnvn stefanÛskouw
y¡menoi yleian ¥ort¯n ggvmen
DionæsÄ
Et plaçant sur nos sourcils des tresses de persil
célébrons dans l'abondance une fête
pour Dionysos.

straglai
Ervtñw
straglai d'
Ervtñw eÞsin
manÛai te kaÜ kudoimoÛ
Les dés de l'Amour sont
la folie et le tumulte.

pÇle YrúkÛh
pÇle YrúkÛh tÛ d® me
lojñn ömmasi bl¡pousa
nhl¡vw feægeiw dokeÝw d¢
m' oéd¢n eÞd¡nai sofñn;
àsyi toi kalÇw m¢n n toi
tòn xalinòn ¤mbloimi
²nÛaw d' ¦xvn str¡foimÛ
s' mfÜ t¡rmata drñmou
nèn d¢ leimÇnw te bñskeai
koèf te skirtÇsa paÛzeiw
dejiñn gr ÞppopeÛrhn
oéx ¦xeiw ¤pembthn
Pouliche de Thrace, pourquoi
après m'avoir regardé l'oeil en coin
me fuis-tu sans pitié? Tu crois que
je ne sais rien de bon?
Sache-le donc, je pourrais bien adroitement
te passer le mors
et tenant les rênes je pourrais bien te faire tourner
autour des bornes d'un champ de courses.
Au lieu de cela, dans les vertes prairies et les gras pâturages,
légère et bondissante tu joues.
De cavalier adroit
tu n'en as pas pour te monter.

maÛnomai
¤r¡v te dhðte koék ¤r¡v
kaÜ maÛnomai koé maÛnomai
J'aime une fois encore et je n'aime pas
et je deviens fou et je ne deviens pas fou.

eÞw
'AristokleÛdh
'AlkÛmvn s' Î 'ristokleÛdh prÇton oÞteÛrv fÛlvn
Êlesaw d' ´bhn mænvn patrÛdow doulhýhn
Aristocléides, tu es le premier de mes amis dont je pleure le
sort funeste:
tu as perdu ta jeunesse, pour éviter à ta patrie la servitude.

eÞw Timñkriton rist¡a
karteròw ¤n pol¡moiw Timñkritow oð tñde sma
Arhw d' oék gayÇn feÛdetai ll
kakÇn
Il était vaillant à la guerre, Timocritos, dont voici le
tombeau:
Arès n'épargne pas les bons, mais les mauvais.

'ElegeÝai
oé fil¡v ùw krht°ri par pl¡Ä oÞnopotzvn
neÛkea kaÜ pñlemon dakruñenta l¡gei
ll' ÷stiw Mous¡vn te kaÜ gla dÇr' 'AfrodÛthw
summÛsgvn ¤rat°w mn®sketai eéfrosænhw
Je n'aime pas celui qui, au moment de boire auprès d'un cratère
plein
évoque les discordes et la guerre qui fait couler les larmes,
mais celui qui, mariant les dons éclatants des Muses et
d'Aphrodite,
se souvient que la joie de vivre est faite d'amabilité.

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