Noctes Gallicanae - Munera gladiatoria - 1

Noctes Gallicanae

 

MVNERA GLADIATORIA

 

Sommaire des pages consacrées aux jeux de gladiateurs

 

 

Origine des jeux

Munus gladiatorium

munerator

lanista

ludus

Spartacus

L'amphithéâtre

Le mot "amphitheatrum"

Le Colisée

Amphithéâtres de province

Pompéi

Lyon

Trèves

Syracuse

Arles

Nîmes

Timgad

Verulamium

Lutèce

Le confort des places

Le « velum »

Le prix des places

Les affiches

 

 

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Une journée à l’amphithéâtre

Les affiches

Le spectacle

La "venatio"

 

Les différents gladiateurs

L'issue des combats

Épitaphes de gladiateurs

Les supporters

Jugements sur les combats de gladiateurs

 

 


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« Achille célébra par des concours les funérailles de Patrocle ; les peintures des tombes étrusques représentent des jeux funèbres. A Rome, les citoyens ne prennent pas part aux spectacles : on abandonne ceux-ci à des professionnels, qui sont admirés et méprisés ; il en fut ainsi pour ces jeux privés qu’étaient les jeux funèbres célébrés par les grandes familles à la mort d'un de leurs membres. Dès le IIIe siècle, ces jeux consistaient principalement ou uniquement en combats de gladiateurs, dont on peut attribuer l'introduction à Rome à l'un des clans oligarchiques qui dominaient alors la République, le clan des Junius Brutus et des Aemilius Lepidus. Sous le couvert ou le nom de jeux funèbres, les gladiateurs eurent donc un caractère d'abord funéraire et, jusqu'à la fin de la République, les funérailles des grands en seront le prétexte, presque sans exception. Tout le peuple était admis à assister à ces combats, qui étaient annoncés par un avis au public et dont l'organisateur avait le droit de se faire précéder de très officiels licteurs.

« Alors le peuple devient le véritable destinataire de ces spectacles, plus que la mémoire du défunt : « donner des gladiateurs » devient le meilleur moyen de se rendre populaire ; de « jeux funèbres », les gladiateurs deviennent ainsi un « cadeau » que l'on fait au peuple, un munus : voilà comment ce mot a pris le sens de « spectacle de gladiateurs ». (Paul Veyne, Le pain et le cirque, Seuil, 1976)


Les combats de gladiateurs sont-ils, à l’origine, une forme de sacrifice humain ?

Pour les Romains, la réponse ne fait aucun doute.

 

Le grammairien Servius, Maurus Servius Honoratus, né vers 370, nous a laissé un précieux commentaire de l’Énéide.

Sur les vers 62 à 68 du chant III,

Ergo instauramus Polydoro funus, et ingens

aggeritur tumulo tellus; stant Manibus arae

caeruleis maestae vittis atraque cupresso,

et circum Iliades crinem de more solutae.

Inferimus tepido spumantia cymbia lacte

sanguinis et sacri pateras, animamque sepulchro

condimus, et magna supremum voce ciemus.

Nous célébrons donc les funérailles de Polydore, on lui élève pour tombeau un énorme amas de terre ; on dresse à ses Mânes des autels endeuillés de sombres bandelettes et de noirs cyprès, et les femmes d'Ilion se rangent tout autour, les cheveux épars, selon la coutume. Nous versons des coupes écumantes d'un lait tiède encore, et des patères pleines du sang des sacrifices, nous enfermons l'âme dans son sépulcre, et lui disons à haute voix l'adieu suprême.

Servius écrit :

Sanguinis sacri id est de victimis sumpti. Ideo autem lactis et sanguinis mentio facta est, quia adfirmantur animae lacte et sanguine delectari. Varro quoque dicit mulieres in exsequiis et luctu ideo solitas ora lacerare, ut sanguine ostenso inferis satisfaciant, quare etiam institutum est ut apud sepulcra et victimae caedantur. Apud veteres etiam homines interficiebantur, sed mortuo Iunio Bruto cum multae gentes ad eius funus captivos misissent, nepos illius eos qui missi erant inter se conposuit, et sic pugnaverunt : et quod muneri missi erant, inde munus appellatum. Le sang des sacrifices, c’est-à-dire celui des victimes. Or, on fait ici mention du lait et du sang parce que, dit-on, les âmes aiment le lait et le sang. Varron également dit que les femmes, lors des obsèques et pour exprimer leur douleur ont coutume de se lacérer le visage pour apaiser par le sang qui coule les dieux infernaux, raison pour laquelle aussi il a été décidé de sacrifier aussi des victimes sur les tombeaux. Chez nos Anciens on tuait aussi des hommes, mais à la mort de Junius Brutus, comme de nombreux peuples avaient envoyé des captifs pour ses funérailles, son petit-fils répartit en groupes les esclaves qu’on lui avait envoyés et c’est ainsi qu’ils combattirent. Ils avaient été envoyés en guise de cadeau, « munus », c’est donc de là que vient le mot « munus », le spectacle de gladiateurs.

 

C’est aussi l’avis du chrétien Tertullien, à qui nous devons des informations précieuses sur ces jeux qu’il exécrait. :

Nam olim, quoniam animas defunctorum humano sanguine propitiari creditum erat, captivos vel mali status servos mercati in exequiis immolabant. Postea placuit impietatem voluptate adumbrare. Itaque quos paraverant, armis quibus tunc et qualiter poterant eruditos, tantum ut occidi discerent, mox edicto die inferiarum apud tumulos erogabant. Ita mortem homicidiis consolabantur. Haec muneri origo. En effet, comme on croyait autrefois que l’on pouvait se concilier les âmes des défunts avec du sang humain, on immolait des prisonniers de guerre ou des esclaves de mauvaise qualité que l’on achetait pour les obsèques. Par la suite, on préféra jeter sur cette impiété le voile du plaisir. Ainsi donc, ces hommes que l’on avait entraînés au maniement des armes aussi bien qu’on pouvait le faire en ne leur apprenant qu’à se faire tuer, le jour venu, on les faisait périr près des tombes. On se consolait de la mort par des homicides. Voilà l’origine des jeux. (De spectaculis, XII)

 

Les combats de gladiateurs sont-ils d’origine étrusque ?

On voit même pour la première fois une très vieille coutume du culte des morts étrusques faire son apparition à Rome vers cette époque. Decimus Junius Brutus donne, et cela date de l'année 264 avant Jésus-Christ, le premier combat à l'épée en l'honneur de son défunt père.

Dès une époque reculée l'Etrurie connaissait de sanglants jeux scéniques, mais seulement à l'occasion des cérémonies funèbres où ils avaient remplacé les sacrifices humains des époques précédentes.

Des mascarades sont attestées pour Tarquinies. Les peintures funéraires de la tomba degli Auguri, qui remontent au VIe siècle av. J.-C., ont conservé les scènes lugubres de l'un de ces rituels que l'homme d'aujourd'hui a de la peine à comprendre. Elles font de nous les témoins du culte d'un monde étranger et mystérieux, depuis longtemps disparu. […]

Tout à côté, un jeu macabre bat son plein. Un homme masqué au chapeau pointu et à la longue barbe, désigné du nom de Phersu, a lancé un grand chien de couleur sombre, qu'il tient au bout d'une longue laisse, contre un homme à demi-nu dans la cuisse duquel l'animal en furie a planté ses crocs. L'homme ainsi assailli tente désespérément de se défendre avec une massue. Mais il doit le faire à l'aveuglette sans pouvoir viser car on lui a passé sur la tête une espèce de cagoule qui l'empêche de voir quoi que ce soit. Aussi frappe-t-il autour de soi comme un forcené dans l'espoir de pouvoir tuer par un coup heureux son insaisissable et infatigable tortionnaire. Il saigne déjà abondamment par ses plaies béantes. En outre la chance qu'on lui a donnée de se défendre peut se retourner contre lui car sa massue peut à tout instant se prendre dans la laisse où il s'est déjà empêtré les pieds. A ce moment-là il serait livré sans défense à la bête déchaînée.

Ce cruel jeu funèbre ne laisse aucune place à l'espoir. Inévitablement ce sacrifice pour le défunt connaîtra une fin sanglante. Spectacle donné à l'occasion d'une cérémonie en l'honneur d'un défunt, il rappelle en même temps aux vivants qu'ils ne peuvent échapper à la mort. En proposant ce mystère, ce rituel culturel illustre la finitude de toute existence, celle des hommes comme celle des peuples.

C'est du nom étrusque de l'homme masqué, le phersu, que dérive le latin persona. Ce mot désignait d'abord chez les Romains un masque de théâtre avant de signifier la personne, dans le sens actuel du terme qui remonte donc à la deuxième acception du mot latin.

Mais qui se souvient encore que ce terme si courant tire son origine des Etrusques et de leurs jeux funèbres placés sous le signe des mondes infernaux ?Les Romains, eux aussi, n'organisèrent, au début, ces combats importés d'Etrurie, qu'à l'occasion des cérémonies funèbres. Il ne fallut pourtant pas longtemps pour que ces jeux, vidés de leur sens dans cet entourage étranger, proposés à un autre peuple essentiellement terre à terre, perdent pour toujours la signification profonde qui était la leur à l'origine. Cet acte cultuel sacré où se reflète le règne incompréhensible et cruel du Cosmos se transforma dans les derniers temps de la République en une manifestation purement profane, en un spectacle sanglant offert en distraction à la foule, en ces combats de gladiateurs de triste mémoire... » (Werner Keller, Les Étrusques, Fayard, 1976)

 

Les combats de gladiateurs seraient passés de Campanie en Étrurie…

En réalité, il semble que les combats de gladiateurs soient nés en Campanie : on ne trouve pas de vraies représentations de ces combats dans les tombes étrusques avant le IVe s. Par contre, on en trouve une dans une tombe de Paestum qui date de 390 av. J.-C. environ. Il s’agirait de jeux funèbres destinés à honorer un puissant défunt. On sait que les Etrusques ont un moment dominé la Campanie. Ils y auraient découvert ces jeux sous une forme déjà évoluée, plus proche du spectacle que du rituel funéraire.

 

Depuis quelque temps, sans doute, on avait lancé et couru des lièvres et des renards devant le public assemblé, mais ces chasses innocentes n’émurent plus ; on a recours aux bêtes sauvages de l’Afrique : les lions et les panthères (vers 568 probablement [-186]) sont amenés à grands frais. Massacrant et massacrés, les monstres repaissent les yeux du peuple de Rome. Enfin les gladiateurs plus odieux encore, et depuis longtemps en faveur en Étrurie et en Campanie, sont admis dans la ville. En 490 [-264], déjà, le sang humain avait arrosé le Forum pour l’amusement des spectateurs. Certes, ces jeux immoraux encouraient un juste et sévère blâme : Publius Sempronius Sophus, consul en 486 [-268], notifia à sa femme des lettres de divorce, pour s’être montrée à des jeux funèbres. Le Sénat fit voter une loi défendant d’amener des bêtes étrangères dans Rome, et il tint la main d’abord à exclure les gladiateurs des grandes fêtes de la cité : mais la puissance ou l’énergie firent défaut à l’efficacité des prohibitions ; et si les combats d’animaux féroces cessèrent pour un temps, les combats de gladiateurs se continuèrent dans les fêtes privées, dans les solennités funéraires notamment. Comment empêcher le peuple de préférer les gladiateurs aux danseurs de corde, les danseurs de corde aux comédiens, les comédiens aux acteurs tragiques ? Le théâtre se souille de toutes les turpitudes de la vie familière des Grecs. Les jeux de la scène et des muses ont certes leur utilité civilisatrice, mais ces éléments meilleurs, on les rejetait sans merci ; et l’ordonnateur des fêtes romaines n’avait cure d’agir sur les spectateurs par la puissance salutaire des vers, de les transporter, ne fût-ce que pour un moment, sur les hauteurs du beau et du bien, comme l’avait fait le théâtre grec dans sa fleur première ; ou, comme l’ont fait du moins nos théâtres modernes, de préparer à leur public choisi des jouissances tout artistiques. Direction et auditoire, tous voulaient autre chose à Rome. Témoins les jeux triomphaux de 587 [167 av. J.-C.], où les premiers joueurs de flûte qui fussent venus de Grèce ayant été mal accueillis, il leur fallut laisser là leurs mélodies, et se battre à coups de poings par ordre du régisseur. Alors la foule d’applaudir sans fin, et de se récrier de joie !  Mommsen, chapitre XIII — Les croyances et les mœurs.

 

… et d’Étrurie à Rome

264. Les premiers gladiateurs apparaissent à Rome lors des obsèques de D. Junius Brutus Pera. Son fils organisa un combat qui se déroula sur le forum Boarium :

D. Iunius Brutus munus gladiatorium in honorem defuncti patris primus edidit. Decimus Junius Brutus fut le premier à donner un spectacle de gladiateurs en l’honneur de son père défunt. (Tite-Live, Periochae, 16)

Nam gladiatorium munus primum Romae datum est in foro boario App. Claudio Q. Fulvio consulibus. Dederunt Marcus et Decimus filii Bruti Perae funebri memoria patris cineres honorando. Le premier spectacle de gladiateurs offert à Rome fut donné sur le marché aux Bœufs, sous le consulat d'Appius Claudius et de M. Fulvius. Il fut donné par Marcus et Décimus, fils de Brutus Pera, pour rendre les honneurs funèbres aux cendres de leur père. (Valère Maxime, II, 4)

 

Pendant une cinquantaine d’années, les gladiateurs sont assez rares, semble-t-il, à Rome pour que Tite-Live mentionne les spectacles, toujours donnés pour honorer un défunt célèbre.

Fin de l’année 215. Et M. Aemilio Lepido, qui bis consul augurque fuerat, filii tres, Lucius, Marcus, Quintus, ludos funebres per triduum et gladiatorum paria duo et viginti [per triduum] in foro dederunt. En l'honneur de M. Aemilius Lépidus qui avait été deux fois consul et augure, ses trois fils Lucius, Marcus et Quintus donnèrent des jeux funèbres pendant trois jours, et pendant trois jours aussi dans le forum, un combat où parurent vingt-deux paires de gladiateurs. (Tite-Live, XXIII, 30)

 

184. Huius principio anni P. Licinius Crassus pontifex maximus mortuus est P. Licinii funeris causa visceratio data, et gladiatores centum viginti pugnaverunt, et ludi funebres per triduum facti, post ludos epulum. Au commencement de cette année mourut le grand pontife P. Licinius Crassus… Pour honorer les funérailles de P. Licinius, on fit une distribution de viande au peuple et on donna un combat de cent vingt gladiateurs, des jeux funèbres qui durèrent trois jours, et un repas public à la suite des jeux. (XXXIX, 46)

 

173. Munera gladiatorum eo anno aliquot, parva alia, data; unum ante cetera insigne fuit T. Flaminini, quod mortis causa patris sui cum visceratione epuloque et ludis scaenicis quadriduum dedit. Magni tum muneris ea summa fuit, ut per triduum quattuor et septuaginta homines pugnarint. Cette année-là vit quelques autres petits combats de gladiateurs; le plus remarquable de tous fut celui que T. Flamininus fit célébrer à l'occasion de la mort de son père; avec la distribution de viande, le festin et les jeux scéniques, il dura quatre jours. Toutefois cette grande solennité se réduit à un total de soixante-quatorze combats pour trois jours. (XLI, 28)

 

Les jeux de gladiateurs deviennent dès lors une particularité de la civilisation romaine aux yeux de leurs « amis et alliés », au point que les plus zélés d’entre eux tiennent à les imiter, avec parfois un certain succès comme veut le montrer Tite-Live : Antiochus IV Épiphane, après avoir été otage à Rome, était devenu roi de Syrie en 175.

spectaculorum quoque omnis generis magnificentia superiores reges vicit, reliquorum sui moris et copia Graecorum artificum; gladiatorum munus, Romanae consuetudinis, primo maiore cum terrore hominum, insuetorum ad tale spectaculum, quam voluptate dedit; deinde saepius dando et modo volneribus tenus, modo sine missione, etiam [et] familiare oculis gratumque id spectaculum fecit, et armorum studium plerisque iuvenum accendit. Itaque qui primo ab Roma magnis pretiis paratos gladiatores accersere solitus erat, iam suo *** Les spectacles de tout genre qu'il célébra effacèrent la magnificence de tous les rois précédents, tant par les divertissements conformes à ses goûts et propres au pays que par la présence d'une foule d'artistes grecs. Il emprunta la mode romaine des combats de gladiateurs, lesquels causèrent d'abord plus de frayeur que de plaisir à des peuples qui n'en avaient pas l'habitude; puis en les faisant répéter fréquemment, tantôt jusqu'au premier sang, et tantôt même à mort, il les familiarisa avec ce spectacle, qui finit par les charmer et par répandre parmi la jeunesse le goût des armes. Aussi, après avoir fait venir de Rome des gladiateurs qu'il payait fort cher, finit-il par en trouver <lacune>  (XLI, 20)

 

« Fort cher » ? Tite-Live nous donne une indication trois livres plus loin :

Vix gladiatorio accepto, decem talentis, ab rege rex, ut in eam fortunam recideret. Pour salaire d'une défection qui le plongeait dans une telle infortune, le malheureux roi Gentius avait reçu à peine de Persée ce qu'on donne à un gladiateur, dix talents. (XLIV, 31)

Bientôt la corruption grecque se vit dépassée par celle des mœurs italiennes, et les élèves à leur tour achevèrent la démoralisation des maîtres. Antiochus Épiphane, singeant les Romains par profession et par goût (579-590 [-175/-164]), introduisit à la cour de Syrie les gladiateurs, jusqu’alors inconnus en Grèce. Son peuple, encore artiste et humain, retira de ces combats plus d’horreur que de joie ! Mais peu à peu il s’y accoutuma, et les gladiateurs firent, aussi quelques progrès en Orient. Mommsen, chapitre XIII — Les croyances et les mœurs.

 


Munus gladiatorium

 

Munus appartient à une famille de mots qui signifie au sens propre « accomplissement d’un charge ou d’un devoir ».

 

La langue officielle conserve un archaïque munia, ium, au sens de « fonctions officielles, charges et devoir d’un magistrat » : munia senatus magistratuum legum in se trahere, il réunit en sa personne l’autorité du sénat, des magistrats et des lois (Tacite, Annales,I, 2).

 

<Munus officium> significat cum dicitur quis munere fungi, item donum quod officii causa datur, le mot munus désigne une fonction officielle lorsqu’on dit que quelqu’un accomplit son munus, il désigne aussi le présent que l’on offre en raison d’une fonction officielle. (Festus).

 

Comme les candidats aux magistratures se devaient d’offrir des jeux au peuple (pensons à notre « rémunérer »), et tout particulièrement des combats de gladiateurs, munus, par métonymie, a rapidement désigné ces combats :

Sed tamen si est reddenda ratio, duae res vehementer in praetura desideratae sunt quae ambae in consulatu multum Murenae profuerunt, una exspectatio muneris quae et rumore non nullo et studiis sermonibusque competitorum creverat, altera quod ei quos in provincia ac legatione omni et liberalitatis et virtutis suae testis habuerat nondum decesserant. Horum utrumque ei fortuna ad consulatus petitionem reservavit. Nam et L. Luculli exercitus qui ad triumphum convenerat idem comitiis L. Murenae praesto fuit, et munus amplissimum quod petitio praeturae desiderarat praetura restituit.

Num tibi haec parva videntur adiumenta et subsidia consulatus […]

Cependant, s'il faut tout expliquer, il a manqué à Muréna pour obtenir la préture deux circonstances qui l'ont merveilleusement servi pour le consulat. D'abord le peuple attendait de lui des jeux dont certains bruits et les propos intéressés de ses compétiteurs avaient entretenu l'espérance; ensuite les soldats qui, dans la province et pendant sa lieutenance, avaient été témoins de sa valeur et de sa générosité, n'étaient pas encore revenus à Rome. La fortune lui ménageait ces deux avantages pour le consulat. Car l'armée de Lucullus, présente à Rome pour le triomphe de son général, appuya les prétentions de Muréna, et sa préture lui a fourni le moyen de donner avec éclat ces jeux qu'on réclamait de lui avant l'élection. Trouvez-vous que ce soient là des avantages d'un faible secours pour obtenir le consulat? […]

Sed si haec leviora ducis quae sunt gravissima et hanc urbanam suffragationem militari anteponis, noli ludorum huius elegantiam et scaenae magnificentiam tam valde contemnere; quae huic admodum profuerunt. Nam quid ego dicam populum ac volgus imperitorum ludis magno opere delectari? Minus est mirandum. Quamquam huic causae id satis est; sunt enim populi ac multitudinis comitia. Qua re, si populo ludorum magnificentia voluptati est, non est mirandum eam L. Murenae apud populum profuisse. Sed si nosmet ipsi qui et ab delectatione communi negotiis impedimur et in ipsa occupatione delectationes alias multas habere possumus, ludis tamen oblectamur et ducimur, quid tu admirere de multitudine indocta?

Si pourtant ces titres, tout puissants qu'ils sont, vous paraissent frivoles, et que vous préfériez les suffrages de la ville à ceux de l'armée : daignez au moins ne pas tant mépriser l'élégance des jeux et la magnificence des spectacles qui ont si bien servi Muréna. Ai-je besoin de dire combien les fêtes ont d'attraits pour le peuple et la multitude ignorante? Rien de moins surprenant, et cela suffirait sans doute, puisque c'est le peuple et la multitude qui composent les comices. Il ne faut donc pas s'étonner que la magnificence des jeux qui plaît tant au peuple, l'ait rendu favorable à Muréna. Si nous-mêmes, que l'empêchement des affaires écarte de tout plaisir, et qui, au sein de nos travaux, pouvons nous créer tant d'autres divertissements, nous trouvons du charme et de l'agrément dans ces fêtes, pourquoi vous étonner de leur pouvoir sur une multitude peu éclairée? Cicéron, Pro Murena, XVIII-XIX, 37-39.

 

Ainsi se constitue le couple d'opposition qui domine l'organisation des spectacles sous la République et pendant tout le Haut-Empire tant à Rome que dans les villes municipales : d'une part les « jeux », les jeux publics, au théâtre ou dans le Cirque, qui sont organisés par l'Etat, présidés par un magistrat, et qui reviennent chaque année, conformément au calendrier cultuel, et de l'autre les gladiateurs, spectacle laïc et privé qui est donné irrégulièrement quand un évergète, en son nom propre, en prend l'initiative. Devenu une évergésie pure et simple, le munus ne se couvre même plus d'un prétexte funéraire : d'autres prétextes sont aussi bons pour faire ce « cadeau » au peuple : à Pompéi, des combats seront donnés en l'honneur de la maison impériale ou pour la dédicace de quelque édifice public. (Paul Veyne, Le pain et le cirque, Seuil, 1976)

 

La langue de l’Empire a formé les dérivés munerarius, « relatif aux combats de gladiateurs », qui s’emploie aussi avec le sens de munerator, « celui qui donne des combats de gladiateurs ».

 

N’oublions pas que celui qui s’acquitte bien des devoirs que lui impose sa charge est un homme munificus (munus-facio) dont on louera longtemps la munificentia.

 

Ajoutons que munus ou