Noctes Gallicanae
MVNERA GLADIATORIA
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Dès le 1er siècle
av. J.-C., le gladiateur est considéré comme un produit de luxe que tout homme
fortuné se doit de posséder. Ceci va bien sûr s’amplifier sous l’Empire :
Caligula « dépensa sans compter pour des
acteurs, des chevaux, des gladiateurs et autres choses de cette sorte ».
(Dion Cassius, LIX, 2). Que dirions-nous aujourd’hui ? Des chevaux de
course, des voitures de luxe, des toiles de maître, etc.
« Des hommes de
la pire condition » (Florus, II, 8).
Il est bien difficile,
d’après les textes, de se faire une idée exacte de la situation du gladiateur.
Si à l’époque de Cicéron (1er s. av. J.-C.) il s’agit bien de perditi homines aut barbari, à l’époque impériale
l’extraordinaire développement des jeux complique la situation.
Les gladiateurs, même ingenui, « nés libres », étaient
déchus de leurs droits civiques, comme ceux qui exerçaient d’autres professions
infamantes, et cette déchéance se transmettait à la descendance :
… sive natus natave esset ex histrione aut gladiatore aut lanista
aut lenone …
… qu’il
ou elle soit né ou née d’un acteur, d’un gladiateur, d’un lanista ou d’un
proxénète… AE 1978, 145.
Les
gladiateurs avaient mauvaise réputation. On le comprend. Même si certains
Romains et certaines Romaines se plaisaient à s’encanailler en leur compagnie,
même si quelques gladiateurs ont pu devenir l’idole des foules, moins peut-être
que les acteurs, il n’en traînaient pas moins derrière eux une odeur de sang et
de violence.
Quelle que soit la
manière dont ils étaient recrutés, il fallait qu’ils possèdent une disposition
naturelle à la violence pour supporter le rude entraînement des écoles et pour
espérer survivre aux premiers combats :
Quamvis
bonus ipse
Samnis, in ludo ac rudibus cuivis satis asper.
Le Samnite peut bien être bon de nature,
il est
assez farouche contre n’importe qui à l’entraînement aux armes.
(Lucilius).
« Des hommes déchus de tous droits ou des étrangers à
notre civilisation ».
Cicéron, qui n’hésite
pas, dans les Philippiques, à traiter injurieusement Antoine de
« gladiateur » parce qu’il en a la carrure et la force physique, voit
pourtant en eux, ou plutôt dans les spectacles auxquels ils participent, une
sorte de modèle :
Gladiatores,
aut perditi homines aut barbari, quas plagas perferunt! quo modo illi, qui bene
instituti sunt, accipere plagam malunt quam turpiter vitare! quam saepe apparet
nihil eos malle quam vel domino satis facere vel populo! mittunt etiam
vulneribus confecti ad dominos qui quaerant quid velint; si satis eis factum
sit, se velle decumbere.
Quant aux gladiateurs, qu'ils soient des hommes déchus de
tous droits ou des étrangers à notre civilisation, quels coups ne sont-ils pas
capables de supporter ! Voyez de quelle façon ceux qui sont bien entraînés
préfèrent recevoir un coup que de l'esquiver lâchement ! À quel point ils
cherchent par dessus tout à donner satisfaction à leur maître ou au
public ! n'est-ce pas une évidence fréquente ? Alors qu'ils sont déjà
accablés de blessures, ils envoient demander à leurs maîtres s'ils doivent
poursuivre le combat : si ceux-ci jugent que ça suffit, ils sont prêts à
s'avouer vaincus en se laissant tomber à terre.
Quis
mediocris gladiator ingemuit, quis vultum mutavit umquam? quis non modo stetit,
verum etiam decubuit turpiter? quis, cum decubuisset, ferrum recipere iussus
collum contraxit? Tantum exercitatio, meditatio, consuetudo valet. Ergo hoc
poterit
Samnis,
spurcus homo, vita illa dignus locoque,
vir natus ad
gloriam ullam partem animi tam mollem habebit, quam non meditatione et ratione
conroboret?
Quel gladiateur, même des moindres,
a-t-il jamais gémi ? lequel a changé de visage ? lequel a jamais fait
preuve de lâcheté, je ne dis pas seulement dans le combat, mais même jusque
dans la défaite ? lequel, une fois à terre, a jamais retiré son cou s'il a
reçu l'ordre de recevoir le coup fatal ? Telle est la puissance de
l’entraînement, de la pratique, de l’habitude. Alors si on en voit capable
Un Samnite, homme de rien, digne de
cette vie et de ce rang social
l’homme né pour la gloire aura-t-il une partie de son âme
si faible qu’il ne pourra l’endurcir avec une pratique méthodique ?
Crudele
gladiatorum spectaculum et inhumanum non nullis videri solet, et haud scio an
ita sit, ut nunc fit. Cum vero sontes ferro depugnabant, auribus fortasse
multae, oculis quidem nulla poterat esse fortior contra dolorem et mortem
disciplina.
Le spectacle des gladiateurs paraît souvent cruel et
inhumain à certains, c’est peut-être vrai, tel que nous le connaissons
aujourd'hui : mais quand c'étaient des criminels qui croisaient le fer,
même s’il en existe bien d’autres pour les oreilles, pour les yeux du moins
aucune méthode d'apprentissage contre la douleur et la mort ne pouvait être
plus efficace. » (Cicéron, Tusculanes, II, 17)
Le vers que cite
Cicéron est emprunté à une satire de Lucilius:
Aeserninus
fuit Flaccorum munere quidam
Samnis,
spurcus homo, vita illa dignus locoque.
Cum
Pacideiano conponitur, optimus multo
Post homines
natos gladiator qui fuit unus.
Lors du
combat offert par les Flacci, il y avait un certain Aeserninus,
Un
samnite, homme de rien, digne de cette vie et de ce rang social.
Il est
opposé à Pacideianus, qui fut le meilleur gladiateur et de loin
Depuis la
création de l’homme, un gladiateur unique.
Même le sage Épictète
à la fin du 1er s. ap. J.-C. trouve de belles qualités (Entretiens, I, 29)
aux combattants de l’arène :
Parmi
les gladiateurs de César il y en a qui s'indignent de ce que personne ne les emmène
pour les mettre en face d'un adversaire, qui font pour cela des prières aux
dieux, et qui vont trouver leurs surveillants pour leur demander de combattre.
Ne verra-t-on donc parmi vous personne de cette trempe?

Tous les
combattants de l'arène n'étaient pas des gladiateurs professionnels. On
utilisait souvent des condamnés à mort qui étaient opposés, presque sans armes,
à des adversaires armés ou à des bêtes fauves. C'était là une forme d'exécution
qui demeura pratiquée longtemps, mais on n'exposait aux bêtes que les esclaves
et les hommes libres qui ne possédaient pas le droit de cité romaine. Certains
condamnés, choisis parmi les plus jeunes et les plus vigoureux, au lieu d'être
simplement conduits à la mort, étaient enrôlés dans une école et soumis à un
entraînement qui en faisait des professionnels. Ils avaient ainsi le moyen,
sinon de se « racheter » par leur courage, du moins celui d'échapper
au supplice si, après trois ans de cette vie, ils avaient eu l'habileté ou la
chance de survivre. Ils recevaient alors, comme tous les autres gladiateurs
« retraités », la baguette sans fer qui les affranchissait.
Cette baguette, sorte
de fleuret qui servait à l’entraînement, s’appelait rudis, les gladiateurs étant désignés au cours
de leur carrière par prima rudis,
secunda rudis et enfin summa rudis.
A côté des
condamnés de droit commun paraissaient souvent aussi dans l'arène des
prisonniers de guerre: sous le règne de Claude, le massacre des prisonniers
bretons, en 47, demeura célèbre. On sait également, par le témoignage de
Josèphe, que Titus se débarrassa des prisonniers juifs au cours de plusieurs
spectacles : à Bérytus, à Césarée de Palestine et dans plusieurs villes de
Syrie. Cet usage se perpétua à travers tout l'Empire, puisque nous voyons
Constantin traiter de la même façon les Bructères vaincus. Mais le peuple ne
prenait pas grand plaisir à ces exhibitions sanglantes. Il préférait des
combats plus savants, où les adversaires étaient également entraînés et
possédaient la science des armes. Aussi les volontaires étaient-ils recherchés
et devenir gladiateur était une profession. Pierre Grimal, la
Civilisation romaine.
Les futurs gladiateurs
prêtent serment :
in verba Eumolpi
sacramentum iuravimus : uri, vinciri, verberari ferroque necari, et
quicquid aliud Eumolpus iussisset. Tanquam legitimi gladiatores domino corpora
animasque religiosissime addicimus. Post peractum sacramentum serviliter ficti
dominum consalutamus. Répétant les mots d’Eumolpe,
nous jurâmes de nous laisser brûler, enchaîner, bâtonner et tuer par le fer, et
de faire tout ce qu'il pourrait nous ordonner. Comme les gladiateurs légalement
engagés, par ce serment sacré, nous nous remettons corps et âme à notre maître.
Ce serment une fois prêté, déguisés en esclaves, nous saluons notre maître. Pétrone, Satiricon,
117.
Précisons d’abord que
tout le monde ne peut pas devenir gladiateur : les combats sont des
spectacles et les combattants se doivent de satisfaire le public, ce qui
n’était sans doute pas à portée du premier venu.
Un grand tueur doit
aimer tuer; s'il ne sent pas que c'est la meilleure chose qu'il puisse faire,
s'il n'est pas conscient de la dignité de cet acte et ne sent pas que c'est sa
propre récompense, il sera incapable de l'abnégation nécessaire à la véritable
mise à mort. Le vrai grand tueur doit avoir un sens de l'honneur et un sens de
la gloire dépassant de beaucoup celui du torero ordinaire. En d'autres termes,
il doit être surtout un homme simple. Il doit aussi y prendre plaisir; non pas
simplement pour la joie de l'heureux tour de poignet, du coup d'oeil, de
l'adresse […] mais il doit goûter une jouissance spirituelle au moment de tuer.
Tuer nettement et d'une façon qui procure plaisir esthétique et fierté a
toujours été une des plus grandes jouissances de toute une partie de la race
humaine. […] Lorsqu'un homme est encore en rébellion contre la mort, il a du
plaisir à assumer lui-même un des attributs divins, celui de la donner. C'est
là un des plus profonds sentiments de ces hommes qui ont de la joie à tuer. […]
Bien entendu, ces nécessaires qualités d'esprit ne peuvent faire d'un homme un
bon tueur s'il n'a pas toutes les aptitudes physiques à l'accomplissement de
l'acte — un bon oeil, un poignet solide, du courage et une main gauche
habile pour manier la muleta. Il doit avoir toutes ces qualités à un degré
exceptionnel, sinon sa sincérité et son orgueil ne le mèneront qu'à l'hôpital. Hemingway,
Mort dans l’après-midi, XIX.
1. les non-volontaires que mentionne P.
Grimal dans l’extrait cité ci-dessus.
Il
n’est pas question ici des malheureux condamnés ad
bestias, immédiatement mis à
mort par les fauves, ni de ceux qui s’affrontaient pendant le meridianum spectaculum ; il s’agit de
condamnés plus prometteurs que l’on formait pour les combats de l’après-midi.
▪
esclaves
Le
propriétaire de familia fait son
marché ! Certains comme Clodius cherchent à duper les futurs
spectateurs :
cum vero ne de venalibus quidem homines electos, sed ex
ergastulis emptos nominibus gladiatoriis ornarit Mais,
lorsqu'on l'a vu, non pas choisir des hommes parmi ceux qui étaient à vendre,
mais acheter dans les bagnes le rebut des plus vils esclaves pour les décorer
du nom de gladiateurs… Cicéron, Pro Sextio, 64.
En théorie, rien
n’interdit à un maître de vendre un esclave à un organisateur de jeu ou à un
lanista, et cela s’est fait : la preuve c’est qu’Hadrien a interdit ce
type de vente, sauf à titre de sanction et avec l’aval d’un magistrat.
Lenoni et
lanistae servum vel ancillam vendi vetuit causa non praestita.
Il interdit de vendre
à un proxénète ou à un laniste un esclave ou une servante sans motif valable. Histoire Auguste, Hadrien, XVIII.
La démarche habituelle
était de vendre l’esclave à un lanista,
sans doute pour se débarrasser d’un esclave rebelle jugé dangereux. C’est
peut-être le cas de ce médecin maladroit dont nous parle Martial (VIII,
74) :
Oplomachus
nunc es, fueras opthalmicus ante.
Fecisti
medicus quod facis oplomachus.
Tu
es maintenant oplomo, tu étais ophtalmo auparavant,
tu
faisais médecin ce que tu fais oplomaque.
▪
prisonniers de guerre et condamnés de droit commun : captivi, damnati ad ludum
Les gladiateurs
combattant lors des jeux funèbres à date ancienne étaient des prisonniers de
guerre. Les prisonniers de guerre n’avaient aucun droit : le vainqueur
pouvait en disposer à sa guise, on faisait généralement mettre à mort les plus
dangereux, on vendait les autres comme esclaves et on se débarrassait des
captifs invendables en les livrant aux bêtes.
Paradoxalement, les
barbares prisonniers et les condamnés de droit commun que l’on jugeait aptes à
faire de bons gladiateurs, – et qui étaient donc considérés comme
potentiellement dangereux, – avaient intérêt à accepter l’entraînement et
à briller dans l’arène : c’était leur seule chance de rester en vie dans
l’immédiat en échappant à la hache ou aux mines, et même leur seule chance de
retrouver à terme leur liberté s’ils survivaient aux combats de l’amphithéâtre.
Plutarque raconte dans
la Vie de Caton et dans la Vie de
Flamininus une curieuse histoire, reprise par Cicéron dans
le De Senectute. On peut se demander
si le Gaulois en question, présenté diversement selon les récits, n’était pas
un de ces prisonniers promis à la gladiature :
Lucius
avait chez lui un mignon d'une grande beauté , qui ne le quittait jamais […] Un
jour, pendant qu'il était dans sa province consulaire, ce jeune homme, placé à
table auprès de lui, selon sa coutume, lui prodigua d'abord des flatteries qui
avaient toujours un grand pouvoir sur l'esprit de Lucius, surtout lorsqu'il
avait bu. « Je t’aime tellement qu'à mon départ de Rome j'ai manqué pour
toi un combat de gladiateurs, alors que je n’en ai jamais vu. Malgré mon envie
de voir égorger un homme, j'ai tout quitté pour te suivre ». Pour lui
rendre sa tendresse, Lucius lui répondit : « Ne regrette pas d’être
couché près de moi : je vais te consoler » Il ordonne aussitôt qu'on
amène dans la salle du festin un condamné à mort et qu'on fasse venir un
licteur avec sa hache. Il demande une fois encore au jeune homme s'il veut voir
donner le coup. Le jeune homme ayant dit qu’il le voulait, Lucius ordonne au
licteur de trancher la tête au prisonnier. Tel est le récit de la plupart des
historiens; et Cicéron, dans son Traité de la Vieillesse, le fait raconter
ainsi par Caton lui-même. Tite-Live dit que cet homme était un déserteur
gaulois, et que ce ne fut pas le licteur, mais Lucius, qui lui trancha la tête.
(Plutarque, Caton, 25).
Tous les prisonniers
de guerre n’acceptaient pas la gladiature : on sait par exemple que les Juifs
refusaient de combattre dans l’arène, sans doute au nom du Décalogue. Sénèque
propose plusieurs exemples de ces « barbares » qui ont refusé de
mourir pour distraire la foule romaine, comme celle de ce Germain qui préfère se suicider
plutôt que de participer au spectacle où on le conduit ; d’autres barbares
préfèrent un suicide collectif au déshonneur de la gladiature. :
Iam ego
istam virtutem habere tam multa exempla in ludo bestiario quam in ducibus belli
civilis ostendam. Cum adveheretur nuper
inter custodias quidam ad matutinum spectaculum missus, tamquam somno premente
nutaret, caput usque eo demisit donec radiis insereret, et tamdiu se in sedili
suo tenuit donec cervicem circumactu rotae frangeret; eodem vehiculo quo ad
poenam ferebatur effugi.
Je vais prouver que les combats de bêtes
offrent autant d'exemples de courage que les guerres civiles et leurs héros.
Dernièrement encore, comme on conduisait un malheureux aux jeux du matin, dans
un chariot entouré de gardes, il feignit de céder au sommeil, et laissa tomber
sa tête au point de l'engager dans les rayons de la roue; puis il se tint ferme
sur son siège, jusqu'à ce que la révolution de cette roue lui eût brisé le cou.
Ainsi le chariot même qui le conduisait au supplice servit à l'y soustraire. Sénèque, Lettres
à Lucilius, 70.
Secundo naumachiae spectaculo unus e
barbaris lanceam quam in adversarios acceperat totam iugulo suo mersit. 'Quare,
quare' inquit 'non omne tormentum, omne ludibrium iamdudum effugio? quare ego
mortem armatus exspecto?' Tanto hoc speciosius spectaculum fuit quanto
honestius mori discunt homines quam occidere. Quid ergo? quod animi perditi
quoque noxiosi habent non habebunt illi quos adversus hos casus instruxit longa
meditatio et magistra rerum omnium ratio?
Lors de la seconde naumachie, un Barbare se
plongea dans la gorge la lance qu'il avait reçue pour combattre.
« Pourquoi, disait-il, ne pas me soustraire pour jamais à la souffrance et
à l'outrage? pourquoi attendre la mort, quand j'ai une arme ? » Ce
spectacle fut d'autant plus beau, qu'il est plus honorable d'apprendre aux
hommes à mourir qu'à tuer. Quoi donc ? ce courage que possèdent des âmes
avilies des criminels, on ne le trouvera pas chez des hommes qu'une longue
méditation et la raison, cette souveraine de toutes choses, ont fortifiés
contre les événements? Sénèque, Lettres à Lucilius, 70.
2. Les
volontaires, auctorati,
pouvaient être des affranchis, parmi lesquels sans doute beaucoup d’anciens
gladiateurs esclaves ayant reçu leur affranchissement en même temps que leur summa rudis, ou des hommes libres, tentés par une
carrière glorieuse et rémunératrice.
Fertur
non cogente quidem sed nec prohibente tribuno
scripturus leges et regia verba lanistae.
On dit
que, sans aucune contrainte mais sans opposition du tribun,
il va
accepter par contrat les lois et les ordres absolus du laniste.
Juvénal, XI, 6-8
Il va de soi que ces
hommes libres appartenaient aux catégories sociales les plus défavorisées.
Pour les membres de
l’ordre équestre, paraître dans l’arène constituait une véritable
dérogeance : « (Caligula, fort de l’accord du sénat, fit mettre à
mort dans l’arène) beaucoup de gens, parmi lesquels
vingt-six chevaliers, les uns ayant dilapidé leur fortune, les autres pour être
déjà descendus dans l’arène comme gladiateurs ». (Dion
Cassius). Comprenons que Caligula les a forcés à se
produire dans des combats sine missione,
sans possibilité d’être graciés.
Juvénal, fustigeant
les mœurs de l’époque de Néron, nous présente dans deux de ses Satires (II, 143-148 et VIII, 199-210) un
de ces nobles qui se produit comme rétiaire et donc, circonstance aggravante, à
visage découvert (nec galea faciem abscondit).
Vicit et hoc monstrum tunicati fuscina Gracchi,
lustravitque fuga mediam gladiator
harenam
et
Capitolinis generosior et Marcellis
et Catuli
Paulique minoribus et Fabiis et
omnibus ad podium spectantibus, his licet ipsum
admoveas
cuius tunc munere retia misit.
« Prodige
plus fort encore : le trident de Gracchus en tunique.
Gladiateur,
il a parcouru en fuyant le centre de l’arène,
lui qui
était plus noble que les Capitolinus, que les Marcellus,
que les descendants
de Catulus et de Paulus, que les Fabius
et tous
ceux qui le regardaient du tour de la piste, on peut même
leur
ajouter celui qui donnait les jeux (Néron) dans lesquels Gracchus lança le
filet. »
Un gladiateur dénonce comme une infamie le fait d’être opposé à
plus faible que lui,
et il sait qu’on est vaincu sans gloire quand on est vaincu sans
danger. Sénèque, Sur la providence,
III, 4.
Les gladiateurs à pied
présents dans les inscriptions pompéiennes appartiennent aux trois grandes
catégories connues partout ailleurs. Il faut bien avouer que distinguer les
différentes sous-catégories n’a rien d’évident ni même d’absolu. Les
définitions et les noms ont varié avec les époques : les Samnites (Samnites) et les Gaulois (Galli) ont été ainsi désignés avant
Jésus-Christ d’après leur armement, ces mots disparaissent sous l’Empire.

armés d’un trident (fascina) et d’un filet (rete) dans lequel ils doivent envelopper
leurs adversaires et dont ils tirent leur nom. Ils n’ont pour défense qu’un galerus, (au sens propre « bonnet de
cuir »), pièce de cuir ou de métal qui couvre partiellement leur côté
gauche.