Noctes Gallicanae

Plout‹rxou toè Xairvn¡vw

BÛow ƒAntvnÛou

 

 

Avant-propos

L'Empire romain touche à son Žkm®.

 

Dans une petite ville de province, déjà endormie comme elle l'est encore aujourd'hui sous le chaud soleil de la Grèce, un écrivain médite sur la longue lignée des hommes qui ont fait de lui, Grec et fier de l'être, un citoyen romain.

 

Plutarque a décidé de mettre son immense culture au service de la biographie. Son ambition n'est pas d'écrire l'Histoire, c'est de la comprendre et de la faire comprendre à ses compatriotes. Il pourrait écrire pour les intellectuels, comme tant d'autres. Il préfère s'adresser au grand public en pratiquant une vulgarisation de qualité. En un temps et dans un pays où chacun a du mal à retrouver ses racines, Plutarque rappelle aux kosmopolÝtai ("citoyens de l'Empire", la notion existe, Diogène Laërce introduira le mot un siècle plus tard) l'époque où leurs ancêtres étaient des "citoyens libres", polÝtai. Il a enseigné en Italie où il a appris à mieux connaître ces Romains qui, en cinquante-trois ans, selon le mot de Polybe, ont réussi à conquérir le monde, c'est-à-dire la Grèce. Associer et comparer deux à deux les biographies d'un Grec et d'un Romain pour définir les composantes morales qui expliquent le monde dans lequel on vit, voilà le principe des Vies parallèles.

 

En enseignant, Plutarque a appris à intéresser un public et si son texte est destiné à être lu, il est conçu pour être dit, pour être lu à haute voix. En public, pourquoi pas? dans une des nombreuses recitationes de l'époque. D'ailleurs, quand il parle de ses lecteurs, toçw ŽnaginÅskontaw (Alexandre, 1), tÇn ¤ntugxanñntvn (Démétrios, 1), aucun des deux mots n'implique (ni n'exclut) une lecture solitaire et silencieuse; quand il renvoie à un autre de ses ouvrages, Éw g¡graptai, "comme on l'a écrit", alterne avec Éw eàrhtai, "comme on l'a dit ci-dessus": l'oral n'est jamais bien loin. Pas de grands effets rhétoriques, mais une recherche de la phrase simple où les participes abondants remplacent les subordonnées trop lourdes, où l'oreille est flattée par la paronomase et le polyptote, où les litotes sollicitent l'imagination.

 

L'imagination, Plutarque n'en manque pas, mais il s'en méfie. Ni poète ni romancier, il tient à fonder son récit sur une documentation variée qu'il sait admirablement mettre en scène, choisissant cadrages et points de vue, soulignant le mot ou le geste, éclairant la situation significative et laissant le reste dans l'ombre.

 

Le monde hellénistique était né de la conquête d'Alexandre, il est mort à la bataille d'Actium, le 2 septembre de l'année 733 de Rome, dans l'affrontement de l'Occident latin et de l'Orient grec. Pour Plutarque, le protagoniste de cette tragédie, c'est Marc Antoine. Un Antoine haut en couleurs, avec ses forces et ses faiblesses, si différent de l'inquiétant Octavien par son formidable appétit de vivre. Aux côtés de Cléopâtre, souveraine du plus fabuleux royaume hellénistique, il avait su donner une dernière lueur d'espoir à l'Orient grec face à la rapacité romaine. Vaincu par ses compatriotes, oìtvw ¤poÛhse m¡gan ¥autòn Ëste toÝw lloiw meizñnvn µ ¤boæleto dokeÝn jiow, il avait réussi à se rendre si grand qu'on le jugeait digne de devenir plus grand encore qu'il ne le voulait lui-même. (Antoine, 88)

 


Remarque sur mes extraits du texte grec de la Vie d'Antoine:

 

J’ai essayé de trahir mon auteur le moins possible en choisissant ces extraits. J’ai cru pouvoir déroger à l'usage de signaler les coupures par des points de suspension entre crochets pour éviter à l’œil la désagréable impression de puzzle que l'abondance de ces coupures suggérait. Mon texte se compose des chapitres et paragraphes suivants:

 

Vie de Démétrios 1, 5 à 7; 53, 10.

 

Vie d'Antoine

4: 1 à 6;

9: 5 à 7;

10: 2, 5, 6;

16: 1 à 5;

17: 1 à 3, 4 [...], 5, 6;

19: 1 à 3 [...], 4;

20: 1 à 4;

24: 3 à 5 [...], 10 à 12 [...];

25: 1, 2, 4,6;

26: [...] 1;

27;

28: 1 [...], 2 à 6, 12;

29;

30: 3 à 6 [...];

31: 1 à 5 [...];

33: [...] 1, 2, 3 [...], 4 à 6;

36: 1 à 3 [...], 4 [...] 4, 5 à 7 [...];

53: 5 à 7 [...], 8 à 11 [...];

68: 6 et 7;

71: 2 à 8;

75 [...] 1 à 6;

76: 5 à 11;

77: 1, 5 à 7;

78: 2 à 4;

82: 2;

83;

84: 3 à 7;

85: 1 à 6;

86: 1 à 4 [...], 7 à 9;

88: 1, 3 , 5;

89: 4;

90: 1, 4;

91: 3;

93: 1, 4.

 


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