Noctes Gallicanae

 

Plout‹rxou toè Xairvn¡vw

BÛow ƒAntvnÛou

 

 

 

Vie de Plutarque

 

SeÝo polukl®enta tñpon st°san, Xairvneè

Ploætarxe, kraterÇn uß¡ew AésonÛvn,

÷tti Parall®loisi BÛoiw †Ellhnaw ŽrÛstouw

„RÅmhw eépol¡moiw ´rmosaw ¤nna¡taiw.

'AllŒ teoè biñtoio par‹llhlon bÛon llon

oéd¥ sæ g' ’n gr‹cyaiw: oé gŒr ÷moion ¦xeiw.

Agathias le Scholastique, VIe s. ap. J.-C. (Anth. pal., XVI, 331)

 

Ton si célèbre portrait, Plutarque de Chéronée, les fils de la puissante Ausonie, l'ont dressé. C'est que dans tes Vies parallèles, tu as comparé les plus vaillants des Grecs aux grands guerriers de Rome. Mais une autre Vie parallèle à la tienne, nul, pas même toi, ne pourrait l'écrire: tu n'as pas ton équivalent !

 

Né vers 46 ap. J.-C. à Chéronée (Béotie) dans une famille qui jouissait d'une certaine considération, Plutarque est mort vers 125. Sur sa famille, voir ascendance de Plutarque.

 

Il étudie les sciences et la philosophie platonicienne à Athènes vers 66, puis à Alexandrie et fait un premier séjour en Italie et à Rome sous les règnes de Vespasien et de Titus; il y enseigne la philosophie en grec car, de son propre aveu, il n'a jamais très bien parlé latin:

¤n d¢ „RÅmú kaÜ taÝw perÜ t¯n ƒItalÛan diatribaÝw oé sxol°w oëshw gumn‹zesyai perÜ t¯n „Rvmaók¯n di‹lekton êpò xreiÇn politikÇn kaÜ tÇn diŒ filosofÛan plhsiazñntvn, ôc¡ pote kaÜ pñrrv t°w ²likÛaw ±rj‹meya „RvmaókoÝw sunt‹gmasin ¤ntugx‹nein, "étant à Rome et lors de mes séjours en Italie, je n'ai pas eu le loisir de m'appliquer à apprendre le latin, à cause de mes occupations d'ordre politique et des auditeurs qui suivaient mes leçons de philosophie; ce n'est donc que tardivement, et déjà avancé en âge, que j'ai commencé à lire des ouvrages rédigés en latin" (Démosthène, 2). Il faut tenir compte de sa modestie : il devait quand même parler convenablement la langue de Rome ! Il reçoit le titre de citoyen romain. Il séjourne de nouveau à Rome sous Domitien dans les années 90.

 

De retour à Chéronée, il devient archonte, c'est-à-dire magistrat municipal. Il sera aussi prêtre d'Apollon à Delphes. Il passe désormais l'essentiel de sa vie dans sa petite ville où il se marie et prend soin de ses cinq enfants: „HmeÝw d¢ mikrŒn m¢n oÞkoètew pñlin kaÜ ána m¯ mikrñtera g¡nhtai filoxvroèntew, "Pour moi, j'habite une petite ville et je me plais à y demeurer pour qu'elle ne devienne pas plus petite encore !" (Démosthène, 2).

 

Plutarque était citoyen romain, comme le prouve cette inscription gravée sur la base d’une statue d’Hadrien élevée par le conseil des amphictyons de Delphes, conseil dont Plutarque faisait partie :

 

CIG 1713

AUTOKRATORA KAISARA

YEOU TRAIANOU PARYI-

KOU UION YEOU NERBA

UIVNON  TRAIANON ADRI-

ANON SEBASTON TO KOI-

NON TVN AMFIKTU-

ONVN EPIMELHTEUON-

TOS APO DELFVN MES-

TRIOU PLOUTARXOU

TOU IEREVS

Le conseil des Amphictyons, en l’honneur de l’empereur César, fils du divin Trajan le Parthique, petit-fils du divin Nerva, Trajan Hadrien Auguste. Stèle élevée sous la direction du prêtre Mestrius Plutarque pour Delphes.

 

Ce nom de Mestrius montrerait qu’il devait sa citoyenneté à son ami L. Mestrius Florus. Bizarrement, il ne mentionne nulle part qu’il était citoyen romain : selon certains érudits modernes, il aurait mal supporté l’autorité romaine sur la Grèce, selon d’autres, de façon plus vraisemblable, tant de Grecs appartenant à la bonne société possédaient cette citoyenneté que Plutarque n’a pas jugé utile d’énoncer une évidence.

 

Il a écrit soixante dix-huit traités que les éditeurs ultérieurs ont groupés sous le titre artificiel d'Oeuvres morales (Moralia). Ce sont des essais philosophiques ou religieux, des recueils de réflexions, des conversations érudites (par exemple Sur la lettre e du temple de Delphes, Isis et Osiris, Questions Romaines, Propos de Table). Il publie surtout quarante-quatre biographies groupées deux à deux: les Vies Parallèles d'un Grec illustre du temps de l'indépendance et d'un Romain illustre du temps de la République. La plupart ont été écrites et publiées entre 100 et 120.

 

On a reproché injustement à Plutarque de sacrifier parfois l'exactitude historique au profit de l'anecdote édifiante. Mais les points sur lesquels il est en désaccord avec les historiens considérés comme sérieux sont généralement secondaires et son témoignage est souvent précieux pour notre connaissance de l'histoire antique.

 

On lui a reproché aussi d'être un amateur de miracles: il rapporte présages et prodiges avec le plus grand soin; mais on peut faire le même reproche à Tite-Live, à Suétone, à Appien et à Dion Cassius. Plutarque est en cela un homme de son temps. Bien sûr, il lui arrive de rapporter avec conviction des faits totalement invraisemblables selon nos critères, qui ne sont plus ceux de son époque, mais il écrit toujours avec la plus grande honnêteté intellectuelle et n'hésite pas à rejeter les documents xalepŒ peisy°nai peÛyontew ²mw "qui veulent nous faire croire des choses difficiles à croire" (Coriolan, 38).

 

Prêtre d'Apollon Pythien, il ne croit pas à n'importe quoi mais ne prend pas à la légère les messages des dieux: Oìtvw ra deinòn m¢n ŽpistÛa pròw tŒ yeÝa kaÜ perofrñnhsiw aétÇn, dein¯ d' aïyiw ² deisidaimonÛa "Tant il est vrai que si l'incrédulité et le mépris des signes divins est un mal terrible, la superstition l'est aussi." Alexandre, 75.

 

Il n'a peut-être pas la puissance de création ou d'imagination d'un Platon, ni les qualités de synthèse d'un Thucydide. C'est un homme cultivé sans pédantisme, conservateur sans excès, qui recherche la mesure et l'équilibre et pour qui la filanyrvpÛa, "le sens de l'humain" et la pr&ñthw, "la douceur de caractère" représentent un idéal de vie.


Le musée de Delphes conserve (n°4070) une stèle hermaïque sur laquelle se trouvait jadis le buste de Plutarque. Il ne subsiste malheureusement que la dédicace :

 

Stèle de Plutarque
musée de Delphes

 

DelfoÜ Xairvneèsin õmoè Ploætarxon ¦yhkan

toÝw ƒAmfiktuñnvn dñgmasi peiyñmenoi

Delphes en collaboration avec Chéronée a élevé ce portrait de Plutarque,

conformément à la décision des amphictyons.

 

On peut penser que cette statue a été élevée après la mort de Plutarque.