Noctes Gallicanae

 

Plout‹rxou toè Xairvn¡vw

BÛow ƒAntvnÛou

 

 

La documentation de Plutarque

 

 

TÒ m¡ntoi sæntajin êpobeblhm¡nÄ kaÜ ßstorÛan ¤j oé proxeÛrvn oédƒ oÞkeÛvn, ŽllŒ j¡nvn te tÇn pollÇn kaÜ diesparm¡nvn ¤n ¥t¡roiw sunoèsian Žnagnvsm‹tvn, tÒ önti xr°n prÇton êp‹rxein kaÜ m‹lista "tŒn pñlin eédñkimon" kaÜ filñkalon kaÜ polu‹nyrvpon, Éw biblÛvn te pantodapÇn ŽfyonÛan ¦xvn, kaÜ ÷sa toçw gr‹fontaw diafugñnta svthrÛ& mn®mhw ¤pifanest¡ran eàlhfe pÛstin êpolamb‹nvn Žko» kaÜ diapunyanñmenow, mhdenòw tÇn ŽnagkaÛvn ¤nde¢w ŽpodidoÛh tò ¦rgon.

 "Quand on a entrepris de composer un ouvrage historique d'après des textes que l'on n'a pas à sa portée chez soi, mais dont la plupart se trouvent à l'extérieur et dispersés en divers endroits, il serait alors réellement nécessaire, d'abord et avant tout, d'habiter une ville célèbre, amie du beau et très peuplée, afin d'avoir en abondance des livres de toute sorte et aussi de recueillir en écoutant et en questionnant tous les détails qui ont échappé aux écrivains et qui, conservés dans la mémoire des hommes, ont une autorité plus manifeste; on pourrait ainsi publier une oeuvre où rien d'essentiel ne manquerait." (Démosthène - Cicéron, 2)

 

Pour composer l'ensemble de ses Vies, Plutarque puise d'abord sa documentation chez les grands historiens et chez les grands auteurs que nous connaissons: Thucidyde, Polybe, Tite-Live, Cicéron, etc.

 

 Les traditions non littéraires

 

Dans le cas particulier de la Vie d'Antoine, il disposait d'une documentation d'autant plus abondante que les événements avaient souvent eu lieu dans des régions hellénophones et qu'ils étaient relativement récents: pas plus de cent cinquante ans, ce qui est peu en histoire.

 

C'est ainsi qu'il a pu recueillir le témoignage de son propre arrière-grand-père, transmis sans doute par son grand-père; que ce même grand-père a pu lui rapporter les souvenirs de Philotas, un médecin d'Amphissa qui avait connu la cour d'Alexandrie et même dîné avec le fils d'Antoine!

 

Plutarque aime apporter à ses biographies un petit détail personnel: AétoÜ d' Žkhkñamen pollÇn ¤n „`RÅmú "Nous avons entendu nous-même de nombreux témoignages à Rome..." (Numa, 8), confirmant ainsi sa documentation écrite par des documents iconographiques ou épigraphiques et par la tradition orale.

 

 Les mémorialistes

 

Quantité de textes aujourd'hui disparus conservaient le souvenir encore assez récent d'Antoine, de Cléopâtre, d'Octavie et de tous les autres; on écrivait beaucoup dans l'Antiquité, pas seulement des livres à gros tirage, mais des lettres, des Mémoires, des recueils et des compilations de toute espèce qui ont été perdus: il est certain par exemple qu'il disposait d'un ouvrage aujourd'hui perdu de Q. Dellius, celui-là même qu'Antoine avait envoyé à Alexandrie pour convoquer Cléopâtre à Tarse, que Plutarque appelle D¡lliow õ ßstorikñw, et qui trahira comme tant d'autres à la veille de la bataille d'Actium en offrant à Octavien les documents d'état-major d'Antoine. Dellius avait certainement raconté en détail son ambassade en Égypte au cours de laquelle il avait exhorté Cléopâtre

 m¯ fobeÝsyai tòn ƒAntÅnion ´diston ²gemñnvn önta kaÜ filantrvpñtaton

"à ne pas craindre Antoine, le plus aimable et le plus humain des généraux" (Ant. 25). C'est lui qui avait raconté les campagnes d'Antoine contre les Parthes.

 

Plutarque mentionne aussi le médecin personnel de Cléopâtre, Olympos,

ßstorÛan tinŒ tÇn pragm‹tvn toætvn ¤kdedvkÅw,

qui avait "publié un récit de ces événements", c'est-à-dire de la mort de Cléopâtre. Ne doutons pas que d'autres auteurs, que Plutarque ne juge pas utile de nommer, ont fourni de la matière à cette biographie: des Grecs d'Alexandrie ou des Romains comme Plancus ou Proculeius ou Canidius qui ont peut-être écrit des Commentarii, sans parler des Mémoires (De vita sua) d'Octavien-Auguste lui-même que Plutarque cite nommément.

 

 Les protagonistes

 

Plutarque a lu les Philippiques de Cicéron dont il fait des citations précises et dont il discute certaines affirmations.

 

A-t-il pu lire le livre que Cléopâtre aurait publié Sur les cosmétiques? C'est possible, mais nous sommes sûrs qu'il avait une connaissance directe de divers discours ou écrits d'Antoine: "fhsÜn aétñw, il dit lui-même" (Ant., 10) qui avait lui-même publié un opuscule sur Son ivresse (De ebrietate sua).

 

 Ses conditions de travail

 

On peut se demander comment Plutarque travaillait dans sa "petite ville". Il dit lui-même qu'il était loin des grandes bibliothèques et la sienne, pour riche qu'elle fût, ne pouvait pas contenir toute la documentation nécessaire à l'écriture des Vies parallèles, qui ne représentent qu'un aspect de son activité intellectuelle. Il profitait sans doute de séjours à Athènes pour consulter les ouvrages qui concernaient son travail du moment, prenait des notes et retenait par coeur les passages qui l'intéressaient (dans l'Antiquité on se servait de sa mémoire beaucoup plus qu'à notre époque); il chargeait peut-être des amis ou des gens à lui de vérifier tel ou tel texte; enfin, prêtre d'Apollon, il pouvait profiter de ses séjours à Delphes, où il possédait une maison, pour consulter les bibliothèques que renfermait le sanctuaire.

 

Le résultat en tout cas se révèle précieux: la Vie d'Antoine comporte bien quelques rares erreurs de détail, mais quand on la compare à l'Histoire d'Appien, historien de métier ou presque, qui, vivant à Rome et à Alexandrie, pouvait puiser aux meilleures sources, on ne constate de différence que dans le but poursuivi et le type d'analyse pratiqué: politique chez Appien, psychologique chez Plutarque. Tout ce que vous pourrez lire sur Antoine ou sur Cléopâtre provient directement ou indirectement de Plutarque.

 

Soyez sûr aussi que vous trouverez dans les Vies parallèles la source des mille petits faits que vous avez pu lire ici ou là sans qu'on ait pris la peine de vous en indiquer l'origine. On reproche parfois aux historiens anciens de ne pas mentionner leurs sources, l'habitude ne s'en est pas toujours perdue.