Ploutrxou toè Xairvn¡vw
BÛow AntvnÛou
[BÛow DhmhtrÛou, 1]
Oß m¢n oïn palaioÜ Spartitai toçw eálvtaw ¤n
taÝw ¥ortaÝw polçn nagkzontew pÛnein kraton eÞs°gon eÞw t
sumpñsia, toÝw n¡oiw oåñn ¤sti tò meyéein ¤pideiknéntew: ²meÝw d¢ t¯n m¢n ¤k
diastrof°w ¥t¡rvn ¤panñryvsin oé pnu filnyrvpon oéd¢ politik¯n ²goémeya,
tÇn d¢ kexrhm¡nvn skeptñteron aêtoÝw kaÜ gegonñtvn ¤n ¤jousÛaiw kaÜ prgmasi
megloiw ¤pifanÇn eÞw kakÛan oé xeÝron àsvw ¤stÜ suzugÛan mÛan µ déo
parembaleÝn eÞw t paradeÛgmata tÇn BÛvn, oék ¤f' ²don», m DÛa, kaÜ
diagvg» tÇn ¤ntugxanñntvn poikÛllontaw t¯n graf®n. 'All' Ësper 'IsmhnÛaw õ YhbaÝow
¤pideiknæmenow toÝw mayhtaÝw kaÜ toçw eï kaÜ toçw kakÇw aéloèntaw eÞÅyei l¡gein
"Oìtvw aéleÝn deÝ" kaÜ plin "Oìtvw aéleÝn oé deÝ", õ
d' 'AntigenÛdaw kaÜ ´dion Õeto tÇn gayÇn krosyai toçw n¡ouw aélhtÇn
³n tina kaÜ faælvn peÝran lambnvsin, oìtv moi dokoèmen ²meÝw proyumñteroi
tÇn beltiñnvn ¦sesyai kaÜ yeataÜ kaÜ mimhtaÜ bÛvn eÞ mhd¢ tÇn faælvn kaÜ cegom¡nvn
nistor®tvw ¦xoimen.
[Démétrios 1] Voilà pourquoi les
anciens Spartiates, aux jours de fête, contraignaient les hilotes à boire
beaucoup de vin pur et les menaient ensuite aux: repas pris en commun, pour
faire voir à leurs jeunes ce que c'est que l'ivresse. Si, quant à nous, nous
regardons cette manière de corriger les uns en corrompant les autres comme
contraire aux principes de l'humanité et de la politique, nous pensons qu'il
n'est peut-être pas plus mauvais d'introduire parmi les modèles exemplaires que
présentent nos biographies une ou deux paires de ces hommes qui se sont
conduits de façon trop inconsidérée et dont les vices ont été rendus éclatants
par la grandeur du pouvoir qu'ils ont exercé et des affaires qu'ils ont
dirigées, ce n'est point, par Zeus que nous voulions charmer et distraire nos
lecteurs par la variété de nos récits, mais nous imitons Isménias de Thèbes
montrant à ses élèves de bons et de mauvais flûtistes et ayant coutume de leur
dire: "Voilà comme il faut jouer", puis "Voilà comme il ne faut
pas jouer." Quant à Antigénidas, il déclarait aussi que les jeunes gens
entendent avec plus de plaisir les bons joueurs de flûte s'ils ont également
quelque expérience des mauvais. Je crois de même que nous serons des
spectateurs et des imitateurs plus zélés des vies les meilleures si nous
n'ignorons pas non plus celles qui sont mauvaises et méritent d'être blâmées.
Peri¡jei d¯ toèto tò biblÛon tòn DhmhtrÛou
toè Poliorkhtoè bÛon kaÜ tòn 'AntvnÛou toè aétokrtorow, ndrÇn mlista
d¯ tÒ Pltoni marturhsntvn ÷ti kaÜ kakÛaw meglaw Ësper retw
aß meglai féseiw ¤kf¡rousi. Genñmenoi d' õmoÛvw ¤rvtikoÛ, potikoÛ,
strativtikoÛ, megalñdvroi, poluteleÝw, êbristaÜ kaÜ tw kat tæxhn õmoiñthtaw
koloæyouw ¦sxon.
Ce livre contiendra donc la
biographie de Démétrios le Poliorcète et celle d'Antoine l'imperator, deux
hommes, qui ont spécialement confirmé cette maxime de Platon, que les fortes
natures produisent de grands vices comme de grandes vertus
[BÛow DhmhtrÛou 53]
Dihgvnism¡nou d¢ toè Makedonikoè drmatow, Ëra tò `Rvmaókòn
¤peisagageÝn.
[Démétrios 53] Maintenant
que le drame macédonien est joué, il est temps de présenter le drame romain.
Plutarque
place souvent en tête de ses paires (suzugÛai) de Vies
parallèles une préface où il explique pourquoi il a choisi de mettre en
parallèle tel grand homme grec avec tel Romain et il en profite pour réaffirmer
le caractère moral de ses portraits.
Les
Vies parallèles commencent presque toujours par la biographie du héros
grec. Notre premier extrait appartient donc à la Vie de Démétrios.
C'est
en effet Démétrios Poliorcète ("le preneur de villes") qu'il a choisi
d'associer à Antoine. Ce condottiere macédonien a vécu de 337 à 283.
Sans doute fasciné par Alexandre le Grand, il a conduit des expéditions
militaires désordonnées et sans conséquences durables. Par contre, il s'est
rendu célèbre par sa vie dissolue et son goût immodéré du vin, des femmes et
des éphèbes. Ainsi, les Athéniens le logent, pour lui faire honneur, dans
l'opisthodome du Parthénon, qu'il s'empresse de transformer en un véritable
lupanar.
* kratow "non trié, non mélangé, pur",
pensez au krat®r.
* filnyrvpow ne signifie pas "philanthropique",
mais "humain"; il faut comprendre "conforme aux droits de
l'homme", anachronisme qui rend assez bien compte du mot filanyrvpÛa.
* Dans sa Vie
de Lycurgue (28), Plutarque donne quelques précisions sur la coutume
spartiate qu'il évoque ici: "ils obligeaient aussi les hilotes à boire
quantité de vin pur et les introduisaient dans les sissyties. Pour montrer aux
jeunes à quoi ressemble l'ivresse, ils leur faisaient chanter des chansons et
danser des danses dégradantes et ridicules <toçw eálvtaw> ge kaÜ pÛnein nagkzontew
polçn kraton eÞw t sussÛtia pareis°gon, ¤pideiknæmenoi tò meyæein oåñn ¤sti
toÝw n¤oiw kaÜ Ódw ¤k¡leuon dein kaÜ xoreÛaw xoreæein ggeneÝw
kaÜ katagelstouw..."
* La maxime
de Platon à laquelle Plutarque fait allusion ne se trouve nulle part sous cette
forme. Plutarque n'annonce d'ailleurs pas une citation. On peut penser à des
phrases comme celle-ci (Criton, 525e): "Plût
aux dieux, Criton, que ces gens-là [le plus grand nombre et non l'élite]
fussent capables de faire les plus grands maux, afin qu'ils le fussent aussi de
faire les plus grands biens."
On
traduit traditionnellement le mot aélñw par "flûte"
mais "hautbois" conviendrait mieux. Isménias et Antigénas, Thébain
lui-aussi, vivaient à l'époque de Périclès. Aulu-Gelle (xv, 17) rapporte
qu'Antigénas fut le maître malheureux d'Alcibiade: Alcibiades Atheniensis, cum
apud avunculum Periclem puer artibus ac disciplinis liberalibus erudiretur et
arcessi Pericles Antigenidam tibicinem iussisset ut eum canere tibiis, quod
honestissimum tum videbatur, doceret, traditas sibi tibias cum ad os
adhibuisset inflassetque, pudefactus oris deformitate abiecit infregitque. Ea
res cum percrebuisset omnium tum Atheniensium consensu disciplina tibiis
canendi desitast. Scriptum hoc est in Commentario Pamphilae nono et vicesimo. "Alors que l'Athénien Alcibiade,
jeune garçon, s'initiait auprès de son oncle Périclès aux disciplines et aux
arts libéraux et que Périclès avait fait venir le flûtiste Antigenidas pour
qu'il lui enseignât à jouer de la flûte, ce qui était alors tout à fait en
honneur. il rejeta et brisa les flûtes qu'on lui avait remises, humilié de la
laideur de son visage quand il les avait portées â la bouche pour souffler
dedans. Le bruit s'étant répandu, l'accord unanime des Athéniens fit abandonner
l'enseignement de la flûte. Cela se trouve écrit dans le chapitre 29 des Notes
de Pamphila."
Jouer
de la flûte est une activité très déconsidérée en Grèce (ggen¢w kaÜ neleæyeron, Alcibiade, 2), sauf à Thèbes.
Peut-être parce que les joueuses de flûte avaient très mauvaise réputation.
Peut-être aussi parce que souffler dans cet instrument provoque un gonflement
des joues qui fait que "les familiers eux-mêmes ne reconnaissent plus qu'à
grand-peine le visage de l'instrumentiste" (ibid.). C'est pourquoi
Alcibiade refuse tout net d'étudier la flûte, ajoutant qu'elle "prive de
l'usage de la voix et de la parole" (ibid.). On méprise les
flûtistes "kalÇw avec raison", dit Plutarque (Périclès,
1) à propos du pauvre Isménias qui se fait traiter par Antisthène de
nyrvpow moxyhrñw: oé gr n oìtv spoudaÝow ·n aélht®w "homme
méprisable, sinon ce ne serait pas un aussi bon joueur de flûte!" (Périclès,
1)
Quant
à Ptolémée XII, roi d'Égypte et père de Cléopâtre, il avait reçu de ses sujets
le surnom d'aélht®w, "le joueur
de flûte", surnom aux connotations peu flatteuses dont l'équivalent
actuel serait quelque chose comme "le Saltimbanque" ou "le
Clown".