Ploutrxou toè Xairvn¡vw
BÛow AntvnÛou
Pour
Plutarque, la biographie est un genre plus proche de la philosophie que de
l'Histoire. En mettant en parallèle deux vies qui présentent des analogies et
en terminant sur une comparaison, il veut offrir à son lecteur un thème de
réflexion. Notre biographe n'hésite jamais à intervenir dans son récit pour
guider notre lecture ou porter un jugement.
Il
m’a paru intéressant de laisser la parole à l'auteur en vous proposant quelques
extraits de ses préfaces.
"Si moi, j'ai commencé à composer ces biographies, ce fut
d'abord pour faire plaisir à d'autres, mais c'est maintenant pour moi-même que
je persévère dans ce dessein et m'y complais: l'histoire des grands hommes est
comme un miroir que je regarde pour tâcher en quelque mesure de régler ma vie
et de la conformer à l'image de leurs vertus. M'occuper d'eux, c'est, me
semble-t-il, comme si j'habitais et vivais avec eux, lorsque grâce à l'histoire
recevant pour ainsi dire sous mon toit chacun d'eux tour à tour et le gardant
chez moi, je considère comme il fut grand et beau. [...] Pour nous, en nous
attachant à l'histoire et en nous faisant une habitude de l'écrire, nous nous
préparons à nous remettre sans cesse en mémoire les actions des personnages les
plus vertueux et les plus réputés, et ainsi à rejeter et à écarter ce que la
fréquentation des hommes nous apporte nécessairement de vicieux, de mauvais et
de bas, en détournant notre pensée, devenue accueillante et douce, vers les
plus beaux des modèles." (Timoléon - Paul-Émile, 1).
"Aussi, comme les peintres saisissent la ressemblance à partir
du visage et des traits de la physionomie (qui révèlent le caractère) et se
préoccupent fort peu des autres parties du corps, de même il faut nous
permettre de pénétrer de préférence dans les signes distinctifs de l'âme et de
représenter à l'aide de ces signes la vie de chaque homme, en laissant à
d'autres l'aspect grandiose des événements et des guerres." (Alexandre - César, 1).
"Aux peintres qui représentent de belles et très
gracieuses figures comportant un petit défaut, on demande de ne pas supprimer
complètement ce défaut mais de ne pas le faire ressortir: il ne faut ni
enlaidir le portrait ni le rendre différent du modèle." (Cimon -
Lucullus, 2).
"De même moi, après avoir, en écrivant ces Vies parallèles,
parcouru les époques accessibles à la vraisemblance et le terrain solide de
l'histoire qui s'appuie sur des faits, je pourrais à bon droit dire de ces âges
plus reculés: au-delà, c'est le pays de prodiges et des légendes tragiques,
habités par les poètes et les mythographes." (Romulus - Numa, 1).
"Nous n'écrivons pas des Histoires, mais des Biographies,
et ce n'est pas en général dans les actions les plus éclatantes que se
manifeste la vertu ou le vice. Souvent, au contraire, un petit fait, un mot,
une plaisanterie montrent mieux le caractère que des combats qui font des
milliers de morts, que les batailles rangées et les sièges les plus
importants." (Alexandre - César, 1).
"Ce qui est ignoré de presque tout le monde et se trouve
épars chez d'autres écrivains ou que l'on découvre sur des monuments consacrés
et d'anciens décrets, voilà ce que je me suis efforcé de rassembler, non pas
pour en composer une histoire inutile, mais pour offrir celle qui fait
comprendre un caractère et une conduite." (Nicias - Crassus,
1).