Noctes Gallicanae

 

Plout‹rxou toè Xairvn¡vw

BÛow ƒAntvnÛou

 


Première partie: A l'image d'Héraclès

 

2. Second personnage de l'état

 

 Situation de l'extrait (chapitres 9 et 10)

 

Antoine passe directement d'Alexandrie en Gaule où il va se mettre sous les ordres de César. Il se distingue au siège d'Alésia et mérite, chose assez rare, une citation dans les Commentaires (VII, 81):

 

At Marcus Antonius et Gaius Trebonius legati, quibus hae partes ad defendendum obvenerant, qua ex parte nostros premi intellexerant, his auxilio ex ulterioribus castellis deductos summittebant. "Mais les lieutenants Marc Antoine et Gaius Trebonius, à qui incombait la défense de ces points où ils avaient vu que les nôtres étaient vivement attaqués, y envoyaient sans cesse des renforts qu'ils tiraient des fortins éloignés".

 

C'est peu, mais bien des officiers de César n'en ont pas eu autant! Après les opérations de 51, Antoine est élu augure avec l'appui personnel de l'impérator:

 

Ipse hibernis peractis contra consuetudinem in Italiam quam maximis itineribus est profectus, ut municipia et colonias appellaret, quibus M. Antoni quaestoris sui, commendaverat sacerdoti petitionem. [...] Hunc etsi augurem prius factum quam Italiam attingeret in itinere audierat, tamen non minus iustam sibi causam municipia et colonias adeundi existimavit, ut eis gratias ageret, quod frequentiam atque officium suum Antonio praestitissent, simulque se et honorem suum sequentis anni commendaret. "César quitta ses quartiers d'hiver, et contrairement à son habitude, partit en Italie en faisant les plus longues étapes possible, pour s'adresser aux municipes et aux colonies auxquels il avait recommandé la candidature au sacerdoce de son questeur Marc Antoine. [...] César apprit en route, avant d'atteindre l'Italie, qu'Antoine avait été nommé augure mais il n'en crut pas moins avoir un juste motif de parcourir les municipes et les colonies, afin de les remercier de leur empressement à servir Antoine, et de recommander en même temps sa propre candidature pour les élections de l'année suivante." (César / Hirtius, Guerre des Gaules, VIII, 50)

 

Élu tribun de la plèbe, il aide puissamment César qui lui confie des missions politiques et militaires de plus en plus importantes. Dans les combats, "Antoine se distingua en toute occasion" (Ant., 8). A Pharsale, César se réserve le commandement de l'aile droite et confie l'aile gauche à Antoine.

 

ToÝw m¢n oïn polloÝw ¤k toætvn Žphxy‹neto "toÝw d¢ xrhstoÝw kaÜ sÅfrosi diŒ tñn llon bÛon oék ·n Žrestñw" Éw Kik¡rvn fhsÛn, Žll' ¤miseÝto bdeluttom¡nvn aétoè m¡yaw ŽÅrouw kaÜ dap‹naw ¤paxyeÝw kaÜ kulind®seiw ¤n gunaÛoiw kaÜ mey' ²m¡ran m¢n ìpnouw kaÜ perip‹touw Žlæontow kaÜ kraipalÇntow næktvr d¢ kÅmouw kaÜ y¡atra kaÜ diatribŒw ¤n g‹moiw mÛmvn kaÜ gelvtopoiÇn.

 

La foule en ressentit pour lui de la haine; quant aux gens honnêtes et sages, comme le dit Cicéron, ils n'approuvaient pas le reste de sa conduite: ils le détestaient, ils avaient en horreur ses beuveries à des heures indues, ses dépenses scandaleuses, ses ébats avec les filles, son habitude de dormir en plein jour, de se promener et de flâner en cuvant son vin, et, la nuit, ses bruyantes parties de plaisir, sa présence aux théâtres, aux mariages des mimes et des bouffons.

L¡getai goèn Éw ¤n `„IppÛou pot¢ toè mÛmou g‹moiw ¥stiayeÜw kaÜ pÛvn diŒ nuktòw, eäta prvÜ toè d®mou kaloèntow, eÞw ŽgorŒn proelyÆn ¦ti trof°w mestòw ¤m¡seie tÇn fÛlvn tinòw êposxñntow tò ßm‹tion.

‰Hn d¢ kaÜ S¡rgiow õ mÝmow tÇn m¡giston par' aétÒ dunam¡nvn kaÜ KuyhrÜw Žpò t°w aét°w palaÛstraw gænaion ŽgapÅmenon, ù d¯ kaÜ tŒw pñleiw ¤piÆn ¤n foreÛÄ peri®geto kaÜ tò foreÝon oék ¤l‹ttouw µ tò t°w mhtròw aétoè peri¡pontew ±koloéyoun.

 

On dit en tout cas qu'au repas de noces du mime Hippias il passa la nuit à boire, et que, le lendemain matin, le peuple l'appelant au Forum, il se présenta tellement gorgé de nourriture qu'il vomit sur la toge que lui tendait un de ses amis.

Il y avait aussi le mime Sergius, un de ceux qui avaient le plus de crédit auprès de lui, et une femme qu'il aimait, Cythéris, qui appartenait à la même troupe d'acteurs. Dans toutes les villes où il se rendait, il la faisait porter dans une litière, qui était accompagnée d'autant de serviteurs que celle de la mère d'Antoine.

 

[10] Diò kaÜ KaÝsar ¤panelyÆn Dolob¡ll& te suggnÅmhn ¦dvke kaÜ tò trÛton aßreyeÜw ìpatow oék 'AntÅnion ŽllŒ L¡pidon eáleto sun‹rxonta. 'ApallageÜw gŒr ¤keÛnou toè bÛou g‹mÄ pros¡sxe FoulbÛan Žgagñmenow t¯n KlvdÛÄ tÒ dhmagogÒ sunoik®sasan, oé talasÛan oéd' oÞkourÛan fronoèn gænaion oéd' Žndròw ÞdiÅtou krateÝn Žjioèn Žll' rxontow rxein kaÜ strathgoèntow strathgeÝn boulñmenon Ëste Kleop‹tran did‹skalia FoulbÛ& t°w 'AntvnÛou gunaikokratÛaw ôfeÛlein p‹nu xeiro®yh kaÜ pepaidagvghm¡non Žp' Žrx°w Žkrosyai gunaikÇn paralaboèsan aétñn.

 

C'est pour cette raison que J.César, à son retour, pardonna à Dolabella et, nommé consul pour la troisième fois ne choisit pas comme collègue Antoine, mais Lépide.

En effet, renonçant à ce genre de vie, Antoine songea à se remarier, et il épousa Fulvia, qui avait été la femme de Clodius le démagogue. C'était une personne peu faite pour filer la laine et garder le foyer: dédaignant de régner sur un simple particulier, elle voulait dominer un dominateur et commander à un commandant d'armée. Aussi Cléopâtre aura-t-elle été redevable à Fulvia des leçons de soumission aux femmes qu'Antoine reçut d'elle et qui firent de lui un homme apprivoisé et dressé de longue date, quand il passa aux mains de Cléopâtre, à écouter les ordres des femmes.

 

Un scandale très médiatique: Antoine vomit au forum.

 

Plutarque a vraisemblablement utilisé comme source le passage suivant des Philippiques (II, 63):

 

Tantum vini in Hippiae nuptiis exhauseras, ut tibi necesse esset in populi Romani conspectu vomere postridie. O rem non modo visu foedam, sed etiam auditu! Si inter cenam in ipsis tuis immanibus illis poculis hoc tibi accidisset, quis non turpe duceret? In coetu vero populi Romani negotium publicum gerens, magister equitum, cui ructare turpe esset, is vomens frustis esculentis vinum redolentibus gremium suum et totum tribunal inplevit! "Tu avais ingurgité tant de vin aux noces d'Hippias que, pressé par la nécessité, sous les yeux du peuple romain, tu l'as vomi le lendemain. C'était ignoble, non seulement à voir, mais même à entendre! Si ça t'était arrivé à table, dans tes fameuses coupes énormes [kÅyvn], tout le monde aurait trouvé ça scandaleux. Mais, devant l'assemblée du peuple romain, dans l'exercice de fonctions officielles, maître de cavalerie (quelqu'un pour qui roter serait scandaleux), lui il vomit, et couvre de débris d'aliments qui sentent le vin ses vêtements et toute la tribune."

 

Il faut comprendre qu'Antoine, kraipalÅn, a dû être appelé au forum pour une affaire imprévue et qu'il s'est mis à vomir en finissant de revêtir sa tenue officielle: sa toge s'il devait présider la séance en civil, son paludamentum s'il devait le faire en uniforme [voir ci-dessous].

 

Fulvia

 

Les éléments de ce portrait, rapide mais sans équivoque, de Fulvia ne sont pas disposés au hasard. Quelles sont les qualités féminines que Fulvia ne possède pas mais qui viennent en premier à l'esprit de Plutarque? Quel est son principal défaut (courant selon les Anciens, pensez à Xanthippe ou à Terentia, la femme de Cicéron)? Expliquez les deux paronomases, quelle est la différence entre rxein et strathgeÝn? Quel mot fait écho au groupe Žndròw krateÝn?

 

Cléopâtre

 

C'est la première fois que son nom apparaît dans la Vie d'Antoine. Dans quel contexte? Quel est son point commun avec Fulvia? Dans quelle intention Plutarque nous parle-t-il d'elle ici?

 

6. Le portrait d'Antoine se précise: quelles sont les qualités, les faiblesses que souligne son biographe? Reportez-vous à la "conclusion ".

 

 Indications complémentaires.

 

* Pour Cythéris, voir « Les femmes d’Antoine » KuyhrÛw.

 

* ² m¡yh, "ivresse ". Au pluriel, un mot abstrait prend le sens concret: "ses beuveries".

 

* y¡atra: il ne peut en aucun cas s'agir de "théâtre", d'abord parce que les représentations se faisaient de jour, ensuite et surtout parce que Plutarque ne peut pas considérer le théâtre comme un lieu de débauche. Le contexte ferait plutôt penser à des spectacles de cabaret, "caf' conc'" ou bistrots, ou encore à des représentations privées, comme celle à laquelle participe Plancus à Alexandrie [voir chapitre 29, indications complémentaires].

 

* tò ßm‹tion désigne le vêtement de dessus, manteau grec ou toge romaine. Polybe emploie le mot ² t®benna / t®bennow (peut-être d'origine étrusque) pour traduire le latin paludamentum, "manteau de l'imperator"; Plutarque emploie indifféremment les deux mots pour traduire le latin toga, ainsi dans César (66, 6 et 12), à quelques lignes d'intervalle dans le récit de la mort de César, on lit:

õ m¢n TÛlliow t¯n t®bennon aétoè taÝw xersÜn Žmfot¡raiw sullabÅn... [õ KaÝsar] ¤feilkæsato katŒ t°w kefal°w tò ßm‹tion ("Tillius le saisit par sa toge à deux mains... il se couvrit la tête de sa toge").

Plutarque (Lucullus, 40) nous raconte que Tubéron avait appelé Lucullus Xerxes togatus, "un Xerxès en toge": õ Stvikòw Toub¡rvn yeas‹menow J¡rjhn aétòn ¤k thb¡nnou proshgñreusen. [Voir chapitre 71: L'attente de la mort en commun].

 

* xeir‹omai: "soumettre, dominer" (de xeÛr, "la main"), ne signifie "dompter" ou "apprivoiser" un animal qu'à l'actif. Plutarque emploie ce même verbe (Périclès, 24) pour décrire l'influence d'Aspasie, la maîtresse de Périclès, sur la classe politique de son temps: tÛna t¡xnhn µ dænamin tosaæthn ¦xousa tÇn te politikÇn toçw proteæontaw ¦xeirÅsato "quel art ou quelle force de caractère pouvait-elle avoir pour dominer les plus importants des hommes politiques?"

 

* Atavisme ? On sait que le collègue de Cicéron au consulat était C. Antonius Hybrida, l’oncle de notre homme. A leur sortie de charge, les deux consuls échangent les provinces que le sort leur avait attribuées : Cicéron gouverne donc la Cisalpine, plus proche de Rome, Antonius la Macédoine, plus riche qu’il va piller honteusement, réussissant même après quelques revers militaires dans une région en principe pacifiée l’exploit de se faire rappeler à Rome en 59 ! Le jeune M. Caelius Rufus, successeur de Catulle dans le cœur et le lit de Clodia, se charge de l’accusation. Quintilien (Inst. IV, 2, 123) a conservé un extrait de son discours :

Namque ipsum offendunt temulento sopore profligatum, totis praecordiis stertentem ; ructuosos spiritus geminare, praeclarasque contubernales ab omnibus spondis transversas incubare et reliquas circum iacere passim: quae tamen exanimatae terrore, hostium adventu percepto, excitare Antonium conabantur, nomen inclamabant, frustra a cervicibus tollebant, blandius alia ad aurem invocabat, vehementius etiam nonnulla, feriebat: quarum cum omnium vocem tactumque noscitaret, proximae cuiusque collum amplexu petebat: neque dormire excitatus neque vigilare ebrius poterat, sed semisomno sopore inter manus centurionum concubinarumque iactabatur

« On le trouve prostré, abruti par l’ivresse, ronflant à pleins poumons,


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