Noctes Gallicanae

 

Plout‹rxou toè Xairvn¡vw

BÛow ƒAntvnÛou


 

Première partie: A l'image d'Héraclès

 

 

5.  Un meneur d'hommes (chapitre 17)

 

Situation de l'extrait

 

Plutarque résume en quelques mots des événements politiques et militaires complexes. La rivalité d'Antoine et d'Octavien tourne à l'affrontement et Antoine doit aller mettre le siège devant la ville de Mutina (Modène). L'épisode de la traversée des Alpes se situe après la guerre de Modène, quand Antoine vaincu doit se replier en Gaule.

 

TÇn d' ¤n t» pñlei Kik¡rvn m¡giston dun‹menow kaÜ parojénvn ¤pÜ tòn 'AntÅnion ‘pasaw ŽnyrÅpouw t¡low ¦peise t¯n boul¯n ¤keÝnon m¢n pol¡mion chfÛsasyai KaÛsari d¢ =abdouxÛan p¡mcai kaÜ strathgikŒ kñsmia, P‹nsan d¢ kaÜ †Irtion Žpost¡lein ¤jelÇntaw 'AntÅnion ¤k t°w 'ItalÛaw. Oðtoi d' ·san ìpatoi tñte: kaÜ sumb‹lontew 'AntvnÛÄ perÜ pñlin MutÛnhn, KaÛsarow parñntow kaÜ summaxom¡nou, toÝw m¢n polemÛouw ¤nÛkvn aétoÜ d' Žp¡yanon.

 

De tous les hommes politiques, Cicéron était le plus influent et il excitait tout le monde contre Antoine. Il finit par persuader le Sénat de le décréter ennemi public, d'envoyer à Octavien les faisceaux et les insignes de la préture et de confier la mission de chasser Antoine hors d'Italie à Pansa et à Hirtius, qui étaient alors consuls. Ils attaquèrent Antoine près de Mutina, en présence et avec la participation d'Octavien. Ils finirent par vaincre leurs ennemis, mais eux-mêmes trouvèrent la mort.

 

Feégonti d' 'AntvnÛÄ pollŒ sun¡pipte tÇn Žpñrvn, õ d¢ limòw ŽporÅtaton. 'AllŒ fæsei parŒ tŒw kakopragÛaw ¤gÛneto b¡ltistow ¥autoè kaÜ dustuxÇn õmoiñtatow ·n ŽgayÒ. „`O d' oïn 'AntÅniow tñte yaumastòn ·n par‹deigma toÝw stratiÅtaiw, Žpò truf°w tosaæthw kaÜ poluteleÛaw ìdvr te pÛnvn diefyarm¡non eékñlvw kaÜ karpoçw ŽgrÛouw kaÜ =Ûzaw prosferñmenow. 'EbrÅyh d¢ kaÜ floiòw, Éw l¡getai, kaÜ zÐvn Žgeæstvn prñteron ´canto tŒw …Alpeiw êperb‹llontew.

 

De nombreuses difficultés s'abattirent sur Antoine dans sa fuite, le plus difficile fut d'endurer la famine. Mais par nature, devant les revers il savait se surpasser et dans le malheur il avait absolument tout d'un homme de valeur. C'est ainsi qu'Antoine donna un remarquable exemple à ses soldats: lui qui vivait dans le luxe et l'opulence, il but de l'eau croupie avec bonne humeur et consomma des fruits sauvages et des racines. Il paraît qu'on dévora même de l'écorce et, pendant la traversée des Alpes, ils en vinrent à toucher à des animaux qu'on n'avait jamais goûtés auparavant.

 

Remarques:

 

* ¦peise t¯n boul®n: il s'agit bien sûr des Philippiques.

 

* ² =abdouxÛa (de ² =‹bdow, "la baguette") désigne l'escorte de licteurs porteurs des faisceaux qui symbolisaient le pouvoir du magistrat romain.

 

* ² truf®, ² poluteleÛa

 

* Quel aspect dominant de la fæsiw d'Antoine Plutarque met-il en valeur dans chacun de ces deux chapitres, comment l'image d'Antoine se précise-t-elle dans l'esprit de son lecteur?

 

 * Plutarque dramatisé par Shakespeare: Antoine et Cléopâtre, ACTE I, SCÈNE 4.

 

Thou didst drink

The stale of horses, and the gilded puddle

Which beasts would cough at: thy palate then did deign

The roughest berry on the rudest hedge;

Yea, like the stag, when snow the pasture sheets,

The barks of trees thou browsed'st; on the Alps

It is reported thou didst eat strange flesh,

Which some did die to look on: and all this--

It wounds thine honour that I speak it now--

Was borne so like a soldier, that thy cheek

So much as lank'd not.

 

"On te vit boire l'urine des chevaux et cette lie dorée des mares qui faisait renâcler les bêtes. Ton palais ne dédaignait pas le fruit le plus âpre du buisson le plus grossier. Comme le cerf alors que la neige couvre les pâturages, tu broutais même l'écorce des arbres. Sur les Alpes, à ce qu'on rapporte, tu mangeas d'une chair étrange que plusieurs n'avaient pu voir sans mourir. Et tout cela (souvenir aujourd'hui blessant pour ton honneur!) fut supporté si héroïquement que ta joue n'en maigrit même pas!"

 

* Sur les rapports d'Octavien avec Cicéron, Plutarque écrit (Cicéron, 45): "c'est avant tout la haine de Cicéron pour Antoine, puis sa nature sensible aux honneurs qui lui firent prendre le parti de César, sur le pouvoir de qui il comptait pour accroître son autorité dans l'État. Le fait est que le jeune homme s'insinuait dans sa faveur au point de l'appeler son père." Ce qui était, semble-t-il, une manie chez lui (voir chapitre précédent).

 

Nous verrons au chapitre suivant ce qu'il en adviendra !

 


Vie d'Antoine :  suite