Noctes Gallicanae
Ploutrxou toè Xairvn¡vw
BÛow AntvnÛou
Première partie: A
l'image d'Héraclès
6. Le trumvirat (chapitres 19 et 20)
Situation de l'extrait
Victus deinde ab Hirtio et Caesare Antonius in Galliam confugit
et M. Lepidum cum legionibus quae sub eo erant sibi iunxit, hostisque a senatu
cum omnibus qui intra praesidia eius essent iudicatus est. [...] Aduersus C.
Caesarem, qui solus ex tribus ducibus supererat, parum gratus senatus fuit, qui
Dec. Bruto obsidione Mutinensi a Caesare liberato triumphi
honore decreto Caesaris militumque eius mentionem non satis gratam habuit. Ob
quae C. Caesar reconciliata per M. Lepidum cum M. Antonio gratia Romam cum
exercitu uenit et praeclusis aduentu eius his qui in eum iniqui erant, cum
XVIIII annos haberet, consul creatus est. Vaincu par Hirtius et Octavien,
Antoine s'enfuit en Gaule et s'adjoignit M. Lépide avec les légions placées
sous son commandement; il fut déclaré ennemi public par le sénat avec tous ceux
qui étaient dans ses lignes. [...] Le sénat se montra trop peu reconnaissant
<envers César-Octavien>. C'est pourquoi celui-ci, s'étant, par
l'intermédiaire de M. Lépide, réconcilié avec Marc Antoine, vint à Rome avec
son armée et, après avoir contraint à rester chez eux, en raison de l'arrivée
de cette armée, ceux qui lui étaient hostiles, fut élu consul alors qu'il
n'avait que dix-neuf ans. (Periochae,
119)
Octavien
avait compris qu'avant de s'assurer le pouvoir, il lui fallait éliminer les
républicains qui commençaient à se méfier de lui: selon Velleius Paterculus
(II, 62) Cicéron disait Caesarem laudandum et tollendum censebat, cum aliud diceret,
aliud intellegi vellet "qu'il fallait louer Octavien et le porter au ciel, ce qui
consistait à dire une chose et à en faire comprendre une autre." Et
de fait Cicéron écrit le 24 mai 43 en parlant d'Octavien Laudandum adulescentem,
ornandum, tollendum... "un jeune homme à louer, à honorer et à porter au ciel"
(Ad Fam, XI, 20). Or, comme le rappelle l'historien latin, tollere signifie bien "glorifier,
porter aux nues", mais aussi "supprimer".
L'orateur savait admirablement jouer sur les mots, ce jeu lui coûta la vie.
[19] KaÝsar d¢ Kik¡rvni m¢n oék¡ti proseÝxe
t°w ¤leuyerÛaw õrÇn periexñmenon 'AntÅnion d¢ kaÜ L¡pidon proækaleÝto di
tÇn fÛlvn eÞw dialæseiw. KaÜ sunelyñntew oß treÝw eÞw nhsÝda potamÒ perirreom¡nhn
¤pÜ treÝw ²m¡raw sun®dreusan.
Sans s'occuper de Cicéron qu'il
voyait complètement attaché à la liberté, César-Octavien fit faire à Antoine et
à Lépide par l'entremise de ses amis des propositions d'accommodement. Ils se
réunirent tous les trois dans une petite île au milieu d'une rivière et y
tinrent conseil pendant trois jours.
KaÜ tlla m¢n ¤pieikÇw ÉmologeÝto kaÜ
dieneÛmanto t¯n sæmpasan rx¯n Ësper oésÛan patrÐan ll®loiw, ² d¢
perÜ tÇn poloum¡nvn ndrÇn mfisb®thsiw aétoÝw pleÝsta prgmata
par¡sxe, toçw m¢n ¤xyroçw neleÝn ¥kstou, sÇsai d¢ toçw pros®kontaw jioèntow.
T¡low d¢ t» prñw toçw misoum¡nouw ôrg» kaÜ suggenÇn tim¯n kaÜ fÛlvn eënoian pro¡menoi
Kik¡rvnow m¢n 'AntvnÛÄ KaÝsar ¤j¡sth, toétÄ d' 'AntÅniow LeukÛou KaÝsarow, ùw ·n
yeÝow aétÒ pròw mhtrñw.
Sur presque tous les points ils se
mirent aisément d'accord et se partagèrent entre eux tout l'empire comme un
héritage familial, mais, au sujet des hommes qu'ils voulaient faire mourir, la
délibération leur causa les plus grands embarras, chacun voulant perdre ses
ennemis et sauver ses amis. A la fin, sacrifiant le respect de la parenté et
les sentiments d'amitié à leur colère contre ceux qu'ils haïssaient,
César-Octavien abandonna Cicéron à Antoine, et Antoine à César Lucius César,
son oncle maternel.
Oéd¢n Èmñteron oéd' griÅteron t°w
diameÛcevw taæthw dokÇ gen¡syai. Fñnvn gr ntikatallasñmenoi fñnouw,
õmoÛvw m¢n oåw ¤lmbanon n¹roun oîw ¤dÛdosan, dikÅteroi d¢ perÜ
toçw fÛlouw ·san oîw pektÛnnusan mhd¢ misoèntew.
Je ne crois pas qu'il se soit jamais
rien fait de plus cruel ni de plus sauvage que ce marché: en échangeant ainsi
meurtres contre meurtres, ils assassinaient également les victimes qu'on leur
concédait et celles qu'ils laissaient sacrifier, et leur conduite était plus
injuste envers leurs amis, qu'ils faisaient périr sans même les haïr.
'EpÜ d' oïn taÝw diallagaÝw taætaiw oß
stratiÇtai peristntew ±jÛoun kaÜ gmÄ tinÜ t¯n filÛan suncai
KaÛsara, labñnta t¯n FoulbÛaw t°w 'AntvnÛou gunaikñw yugat¡ra KlvdÛan.
Les soldats qui assistaient à cette
entente demandèrent que César scellât par un mariage cette amitié en épousant
Clodia, fille de Fulvia, la femme d'Antoine.
`Omologhy¡ntow d¢ kaÜ toætou triakñsioi
m¢n ¤k prograf°w ¤yanatÅyhsan êp' aétÇn. Kik¡ronow d¢ sfag¡ntow ¤k¡leusen 'AntÅniow
t®n te kefal¯n pokop°nai kaÜ t¯n xeÝra t¯n dejin, Ã toçw kat' aétoè
lñgouw ¦grace. KaÜ komisy¡ntvn ¤yeto geghyÆw kaÜ nakagxzvn êpò
xarw pollkiw: eät' ¤mplhsyeÜw ¤k¡leusen êp¢r toè b®matow ¤n gor
tey°nai, kayper eÞw tòn nekròn êbrÛzvn, oéx aêtòn ¤nubrÛzonta t» tux» kaÜ
kataisxænonta t¯n ¤jousÛan ¤pideiknæmenow.
S'étant mis d'accord aussi là-dessus,
ils firent périr trois cents proscrits. Cicéron fut égorgé, et Antoine lui fit couper
la tête et la main droite, avec laquelle il avait écrit ses discours contre
lui; quand on les lui eut apportées, il les contempla d'un oeil ravi, et, dans
un transport de joie, il éclata de rire à plusieurs reprises; une fois apaisé,
il les fit placer au Forum au-dessus de la tribune, comme pour insulter au
mort, sans voir qu'il outrageait lui-même sa Fortune et déshonorait son
pouvoir.
Remarques
*
sun®dreusan, d'une racine *sed- "siège" qui a
donné aussi la famille latine de sedeo. ² §dra désigne le "siège" en général, mais on rencontre plus
souvent son composé kay¡dra (d'où dérivent nos chaise, chaire
et cathédrale).
*
dokÇ [moi] suivi de l'infinitif: le tour personnel
remplace souvent la tournure impersonnelle. Plutarque se désigne toujours (voir
chap. 28 et 68) à la première personne du pluriel de
modestie, ce qui explique ici l'omission de moi. Mais
ce tour personnel peut aussi signifier une rupture de l'objectivité habituelle de
l'auteur.
*
tò b®ma: "la tribune"; à Rome: "les
Rostres".
L'art du récit
*
Quel reproche, selon Plutarque, Octavien fait-il à Cicéron? A qui va la
sympathie de l'auteur? Pourquoi commence-t-il ce chapitre en parlant du grand
orateur romain?
*
Toujours selon Plutarque, qui prend l'initiative et donc la responsabilité des
négociations?
*
kaÜ tlla... ÈmologeÝto: que traduisent ce passif et la brièveté de
la phrase?
*
Ësper oésÛan patrÐan: quel est le sentiment de Plutarque? Comparez
avec ce commentaire d'Appien (I, 5): t¯n `RvmaÛvn rx¯n Éw Þdivtikòn sfÇn kt°ma (propriété) dieneÛmanto ¤f' ¥autÇn... "ils se
répartirent l'empire romain comme s'il s'agissait de leur propriété personnelle."
*
Comment résume-t-il la progression des négotiations entre les trois hommes?
Qu'est-ce qui le scandalise le plus?
Plutarque dramatisé par Shakespeare: Jules César, ACTE IV, SCÈNE PREMIÈRE. Cette adaptation vous paraît-elle fidèle à
l'esprit du texte grec?
ANTONY .- These many, then,
shall die; their names are prick'd.
OCTAVIUS .-Your brother too
must die; consent you, Lepidus?
LEPIDUS .- I do consent.
OCTAVIUS .- Prick him down,
Antony.
LEPIDUS .- Upon condition
Publius shall not live,
Who is your sister's son,
Mark Antony.
ANTONY .- He shall not live;
look, with a spot I damn him.
ANTOINE. - Ainsi tous ces hommes mourront; leurs noms sont
marqués.
OCTAVE. - Votre frère aussi doit mourir; y
consentez-vous, Lépide?
LÉPIDE. - J'y consens.
OCTAVE. - Marquez-le, Antoine.
LÉPIDE. - A condition que Publius cesse de vivre...
Publius, le fils de votre sœur, Marc Antoine.
ANTOINE. - Il cessera de vivre: voyez! d'un trait il est
condamné.
Le mariage
d'Octavien et de Clodia
Antoine
et Octavien vraiment liés par les liens du sang? D'après le contexte, Plutarque
ne nous invite pas à y croire. Comparez avec Suétone (Aug., 62): Reconciliatus post primam
discordiam Antonio, expostulantibus utriusque militibus ut et necessitudine
aliqua iungerentur, privignam eius Claudiam, Fulviae ex P. Clodio filiam, duxit
uxorem vixdum nubilem. Lors de sa réconciliation avec Antoine, après leur
première guerre, comme leurs deux armées insistaient pour qu'ils s'unissent
également par un lien de parenté quelconque, Octave épousa Clodia, la
belle-fille d'Antoine, que Fulvia avait eue de P. Clodius, bien qu'elle fût à
peine nubile. Selon Dion Cassius (XLVI, 56), ce sont les soldats
d'Antoine qui ont voulu ce mariage qu'Octavien aurait accepté par pur opportunisme.
La mort de Cicéron
a)
relevez les mots qui expriment l'indignation de Plutarque, dans le chapitre 19
comme dans le chapitre 20.
b)
comparez ce texte avec le récit de Plutarque dans sa Vie de Cicéron
(49), relevez les différences, essayez de les expliquer: Lorsque la tête et les mains de Cicéron furent apportées
à Rome, il se trouva qu'Antoine procédait à des élections. Ayant appris que ces
trophées étaient là et les ayant vus, il s'écria: Les proscriptions ont
maintenant atteint leur terme. Il ordonna de placer la tête et les mains sur
les Rostres au-dessus de la tribune. Ce spectacle fit frissonner les Romains,
qui croyaient voir, non pas le visage de Cicéron, mais l'image de l'âme
d'Antoine.
Biographie et Histoire
*
t» pròw toçw misoum¡nouw
ôrg»: cela suffit-il à expliquer
les proscriptions?
*
Voici le récit d'Appien (IV, 2): Octavien et
Antoine passèrent de la haine à l'amitié près de la ville de Mutina [Modène],
sur un petit îlot très plat du fleuve Lavinius. Chacun était accompagné de cinq
légions. Ils les laissèrent face à face et ils s'avancèrent jusqu'aux ponts
[comprenez que l'on avait fait construire trois ponts] qui traversaient le
fleuve avec trois cents hommes chacun. Lépide passa seul sur l'île et la
fouilla, puis il leur fit signe en agitant son manteau de venir l'un après
l'autre. Ils laissèrent sur les ponts leurs trois cents hommes avec leurs amis
et s'avancèrent sous le regard de tous vers le centre de l'île. C'est là qu'ils
tinrent leur conférence à trois, Octavien présidait en sa qualité de consul.
Ils se réunirent sur cette île du matin au soir pendant deux jours (dæo d¢ ±m¡raiw §vyen ¤w ¥sp¡ran).
*
Comparez le texte de Plutarque à celui d'Appien: pourquoi Plutarque, qui aime
pourtant les détails curieux, n'a-t-il pas raconté ces précautions dignes d'un
film de gangsters?
Voyez-vous
une justification autre qu'un désaccord de la documentation de Plutarque et
d'Appien quand l'un nous dit ¤pÜ treÞw ²m¡raw,
et l'autre dæo d¢ ±m¡raiw
§vyen ¤w ¥sp¡ran?
kaÜ tlla... ÉmologeÝto: les trois hommes prennent un certain nombre de décisions dont
certaines auront une importance capitale.
En
voici l'essentiel (d'après Appien):
==>
il est créé une nouvelle magistrature, le triumvirat, à vocation constituante (tres viri reipublicae
constituendae), qui disposera de
pouvoirs étendus sur une durée de cinq ans;
==>
cette magistrature sera assumée conjointement par Antoine, Lépide et Octavien;
==>
ils dirigeront collégialement Rome et l'Italie, mais gouverneront chacun une partie
des provinces, source de revenus et réserve de troupes; à titre provisoire,
Antoine obtient les Gaules, sauf la Narbonnaise attribuée à Lépide avec
l'Espagne, Octavien reçoit l'Afrique et les trois grandes îles. Ce partage sera
revu lorsque l'Orient aura été repris aux républicains;
==>
les triumvirs se répartissent les légions et promettent à leurs vétérans
dix-huit villes d'Italie à se partager comme colonies, terres et immeubles.
*
Pourquoi Plutarque n'a-t-il même pas fait allusion à ces décisions, qui ont
quand même dû faire l'objet de discussions serrées?
Indications complémentaires
Appien
nous a traduit (IV, 8), aussi exactement que possible, dit-il, le texte de
l'édit sur les proscriptions publié par les triumvirs, en voici le début et la
fin:
Mrkow L¡pidow, Mrkow 'AntÅniow, 'Oktouiow KaÝsar,
oß xeirotonhy¡ntew rmñsai kaÜ dioryÇsai t koin, oìtvw l¡gousin... "Marcus Lepidus, Marcus Antonius, Octavius César, choisis par le
peuple pour gouverner et réformer l'état, déclarent que... ".
…
Agay» tæxú toÛnun tÇn êpogegramm¡nvn tÒde tÒ diagrmmati
mhdeÜw dex¡to mhd¡na mhd¢ krupt¡to mhd¢ ¤kpemp¡tv poi mhd¢ peiy¡syv xr®masi. Ow
d' n µ sÅsaw µ ¤pikour®saw µ suneidÆw fan», toèton ²meÝw, oçdemÛan êpologismenoi
prñfasin µ suggnÅmhn, ¤n toÝw progegramm¡noiw tiy¡meya.
Qu’il en soit ainsi pour le bien de tous. Quant à ceux dont les
noms sont ici affichés, que personne ne leur vienne en aide, ne les cache, ne
favorise leur fuite en quelque lieu que ce soit, ne se laisse influencer par
leurs richesses. Quiconque serait convaincu de venir à leur secours ou de les
aider ou de s’entendre avec eux, celui-là nous ne lui accorderons ni
circonstance atténuante ni pardon et nous l’inscrirons dans la liste des
proscrits.
Anaferñntvn d¢ tw kefalw oß kteÛnantew ¤f' ²mw
õ m¢n ¤leæyerow ¤pÜ dismurÛaiw draxmaÝw AttikaÝw kaÜ pentakisxilÛaiw êp¢r
¥ksthw, õ d¢ doèlow ¤p' ¤leuyerÛ& toè sÅmatow kaÜ murÛaiw AttikaÝw
kaÜ t» toè despñtou politeÛ&. T d'aét kaÜ toÝw mhnæousin ¦stai.
Aux exécuteurs qui nous apporteront les têtes : vingt-cinq
mille drachmes attiques [25000 deniers] par tête pour un homme libre ;
l’affranchissement et dix mille drachmes attiques pour un esclave ainsi que le
droit de cité de son maître. Les dénonciateurs recevront les mêmes récompenses.
KaÜ tÇn lambanñntvn oédeÜw ¤ggegrcetai toÝw êpomn®masin ²mÇn
ána m¯ katdhlow Â.
Enfin aucun de ceux qui toucheront une récompense ne sera
inscrit dans nos registres, afin qu’il puisse rester anonyme.
Proscribo signifie
"afficher": les noms des proscrits sont communiqués par voie
d'affichage, la proscription revient à "interdire le feu et l'eau",
autrement dit à déclarer le proscrit hors-la-loi. N'importe qui peut et doit
l'assassiner. Les têtes sont mises à prix, au sens propre. Poursuivons la
lecture d'Appien: "En ce qui concerne ceux qui
tueront les proscrits, du moins ceux qui nous apporteront les têtes, l'homme
libre recevra vingt-cinq mille drachmes
attiques par tête, l'esclave recevra sa liberté,
dix mille drachmes attiques et le droit de cité de son maître." Les
biens sont confisqués au profit du trésor public.
La
propagande d’Octave-Auguste va bien sûr attribuer tous ces massacres au seul
Antoine, comme en témoignent Dion Cassius (XLVI, 7-8):
Taèta d¢ ¤prtteto m¢n êpò te toè LepÛdou kaÜ êpò toè AntonÛou...
EkeÝnow (õ KaÝsar) m¢n oïn polloæw, ÷souw ge kaÜ ±dun®yh, diesÅsato Tout cela fut
commis par Lépide et par Antoine... Octavien sauva tous ceux qu'il put sauver.
et
les historiens latins dans leur ensemble:
Furente deinde Antonio simulque Lepido, [...] repugnante
Caesare, sed frustra adversus duos, instauratum Sullani exempli malum,
proscriptio. Ensuite se déchaîna
la fureur d'Antoine, ainsi que celle de Lépide [...]; malgré l'opposition
d'Octavien qui fut vaine car il était seul contre deux, recommença le malheur
dont Sylla avait donné l'exemple: la proscription. (Velleius Paterculus,
II, 66).
Diversa omnium vota, ut ingenia. Lepidum divitiarum cupido,
quarum spes ex perturbatione rei publicae, Antonium ultiones de his qui se
hostem iudicasset, Caesarem inultus pater [...] agitabant. Les aspirations de
chacun étaient différentes, comme leurs caractères. Lépide était poussé par le
désir de s'enrichir, pour lequel il comptait sur les bouleversements de l'état,
Antoine par celui de se venger de ceux qui l'avaient fait déclarer ennemi
public, Octavien par le fait que son père <adoptif> n'était pas vengé.
(Florus, II, 16)
Mais
Appien (IV, 5) confirme le point de vue de Plutarque:
Oß d¢ treÝw ndrew ¤f' ¥autÇn genñmenoi toçw poyanoum¡nouw
sun¡grafon, toæw te dunatoçw êforÅmenoi kaÜ toçw ÞdÛouw ¤xyroçw katal¡gontew, oÞkeÛouw
te sfÇn aétÇn µ fÛlouw ¤w t¯n naÛresin ntididñntew ll®loiw kaÜ
tñte kaÜ ìsteron.
Aussitôt que les trois hommes furent réunis, ils dressèrent en
commun la liste (sun¡grafon) de ceux qui devaient mourir,
ceux qui les inquiétaient par leur puissance, ceux qu’ils inscrivaient comme
ennemis personnels, échangeant entre eux les parents et amis pour les mettre à
mort, aussi bien à ce moment-là que plus tard.
Faisons le point
Lépide n'a que
peu d'importance (il aura après Actium le tort de chercher à agrandir sa part
de l'empire et sera bien heureux de rester en vie avec la seule fonction de
pontifex maximus, voyez les Res Gestae).
Commentant
l'extrait de la Vie de Cicéron que nous avons cité ci-dessus, Paul M.
Martin écrit: "Antoine [était] capable de cruauté dans la haine, non de
planifier bureaucratiquement l'élimination de tous les opposants. Ce trait
ressemble plutôt à Octavien, quoi qu'en dise une historiographie largement
tributaire de la louange du Prince." Votre lecture de cette première
partie de la Vie d'Antoine confirme-t-elle cette opinion?