Noctes Gallicanae
Ploutrxou toè Xairvn¡vw
BÛow AntvnÛou
Deuxième
partie : Aphrodite et Dionysos
Situation de l'extrait (chapitres 24 à 27)
Dans
sa Vie
d'Antoine, Plutarque passe très rapidement sur les événements qui
ont précédé la victoire des triumvirs sur les républicains.
D'abord,
les proscriptions valent aux trois hommes une impopularité qui touche surtout
Antoine: "Le triumvirat paraissait dans l'ensemble insupportable aux
Romains, mais on en voulait surtout à Antoine, plus vieux qu'Octavien, plus
puissant que Lépide, et qui s'était replongé dans sa vie de plaisirs et de
débauches, dès qu'il avait secoué le joug des affaires." (Ant., 21)
De
leur côté, Brutus et Cassius organisent leurs armées en Orient où ils lèvent
des impôts sans ménagement: le montant de dix annuités payables en un seul
versement. Cassius réussit à obtenir le ralliement des quatre légions
stationnées en Égypte que Cléopâtre avait envoyées en Syrie contre lui. Selon
Appien (IV, 63), il se prépare même à marcher sur Alexandrie: "Ayant appris que Cléopâtre projetait de rejoindre
Octavien et Antoine avec une flotte importante, il décida de l'en empêcher et
de punir la reine de cette décision", mais il doit retourner en
Grèce à l'annonce du débarquement d'Antoine et d'Octavien.
"Quelques jours après, une nouvelle bataille s'engagea, et
Brutus vaincu se donna la mort. Antoine retira de cette victoire la plus grande
part de renommée, car Octavien était alors malade. Mis en présence du cadavre
de Brutus, Antoine lui reprocha en peu de mots la mort de son frère Gaius, que
Brutus avait fait périr en Macédoine pour venger le meurtre de Cicéron, mais il
ajouta qu'il accusait plutôt Hortensius que Brutus d'avoir tué son frère, et il
fit égorger Hortensius sur le tombeau de Gaius. Quant à Brutus, Antoine jeta
son manteau de pourpre qui était d'un grand prix sur son corps, et ordonna à
l'un de ses affranchis de prendre soin de ses funérailles." (Ant., 22)
Octavien
retourne en Italie: il faut procéder à l'installation des vétérans dans les
colonies qu'on leur a promises. Virgile fut l'une des victimes de ces
réquisitions [voir sa Première Bucolique]. Antoine entreprend une tournée en Asie, d'abord pour
reprendre cette région en main, ensuite et surtout pour lever des contributions
destinées à payer les troupes: les caisses des triumvirs sont désespérément
vides. Antoine sait admirablement faire passer son message auprès des Grecs et
des Orientaux hellénisés de la région, tantôt punissant financièrement les
cités qui avaient aidé les républicains, tantôt au contraire subventionnant
celles qui avaient résisté.
`H gr 'AsÛa psa, kayper ² Sofñkleiow ¤keÛnh pñliw,
õmoè m¢n yumiamtvn ¦gemen,
õmoè d¢ painvn
te kaÜ stenagmtvn.
EÞw goèn
Efeson eÞsiñntow aétoè, gunaÝkew m¢n eÞw Bkxaw,
ndrew d¢ kaÜ paÝdew eÞw Satærouw kaÜ Pnaw ²goènto dieskeuasm¡noi, kittoè d¢
kaÜ yærsvn kaÜ calthrÛvn kaÜ surÛggvn kaÜ aélÇn ² pñliw ·n pl¡a, Diñnuson aétòn
nakaloum¡nvn Xaridñthn kaÜ MeilÛxion. 'Hn gr m¡lei toioètow ¤nÛoiw,
toÝw d¢ polloÝw 'Vmhst¯w kaÜ 'AgriÅnow.
L'Asie entière, comme la ville dont parle Sophocle,
"se remplit des fumées de l'encens,
Mais
aussi de péans et de gémissements."
Antoine entra dans Ephèse précédé par
des femmes costumées en Bacchantes, des enfants et des hommes déguisés en
Satyres et en Pans. La ville était pleine de lierre, de thyrses, de
psaltérions, de syrinx et de flûtes. Antoine lui-même était acclamé comme Dionysos
Porteur de joie et Source de paix. Et c'est ce qu'il était sans doute pour
quelques-uns, mais, pour le plus grand nombre, il était Dionysos Carnassier et
Sauvage.
'En°n gr plñthw tÒ ³yei kaÜ bradeÝa m¢n aàsyhsiw, aÞsyanom¡nÄ
d¢ tÇn martanom¡nvn Þsxur metnoia kaÜ pròw aétoçw ¤jomolñghsiw
toçw gnvmonhy¡ntaw, m¡geyow d¢ kaÜ perÜ tw moibw kaÜ
perÜ tw timvrÛaw. Mllon ge m¯n ¤dñkei xarizñmenow µ kolzvn êperbllein
tò m¡trion. `H d¢ perÜ tw paidiw kaÜ tw ¤piskÅceiw ìbriw
¤n aét» tò frmakon eäxen. 'AntiskÇcai gr ¤j°n kaÜ nyubrÛsai,
kaÜ gelÅmenow oéx ¸tton µ gelÇn ¦xaire. KaÜ toèto dielum®nato t poll
tÇn prgmatvn. Toçw gr ¤n tÒ paÛzein parrhsiazom¡nouw oék n oÞhyeÜw
spoudzontaw kolakeæein aétñn, ²lÛsketo =&dÛvw êpñ tÇn ¤paÛnvn.
En effet de la naïveté et une
certaine lenteur à appréhender la réalité étaient dans son caractère, mais,
quand il s'apercevait des fautes commises, il en éprouvait un vif remords, et
il les reconnaissait devant ceux qui en avaient souffert. Il avait de la
grandeur dans les récompenses comme dans les punitions, mais il semblait plus
porté à dépasser la mesure dans les faveurs que dans les châtiments. Quant à
l'insolence de ses plaisanteries et de ses railleries, elle portait en
elle-même son remède, car il permettait qu'on lui répondît sur le même ton
persifleur et violent, et il ne se plaisait pas moins à être raillé qu'à
railler lui-même. Et c'est cela qui le plus, souvent gâta ses affaires:
persuadé que ceux qui plaisantaient librement à son sujet ne pouvaient le
flatter quand ils parlaient sérieusement, il se laissait prendre aisément aux
éloges.
Remarques
*
õ pain:
"le péan", choeur chanté et dansé en l'honneur d'Apollon ou d'un dieu
guérisseur, comme ce fragment d'un péan spartiate anonyme:
Eïr' Î svt¯r tw Sprtaw
kat pnta
mñloiw met nÛkaw
Þ¢ Pain Þ®ie
Pain
"Euros,
sauveur de Sparte, en toutes circonstances puisses-tu venir avec la victoire,
Ié péan, iéié péan!"
*
õ yærsow:
"le thyrse", bâton surmonté d'une pomme de pin et entouré de lierre
ou de pampre, symbole de Dionysos.
*
tò ·yow:
le "caractère acquis", par opposition à ² fæsiw, "le
caractère inné".
* ² aàsyhsiw:
"sa perception des choses".
*
² ìbriw:
"orgueil, démesure, violence, etc.", tout excès en pensée ou en
action: paidi bakxik°w ìbrevw "les jeux d'un débordement
bachique" (Alexandre,
67); dans la tragédie, cet excès entraîne une punition divine. Vous trouverez
dans ce chapitre un antonyme de ce mot.
*
² xriw:
idée de "bonheur partagé"; la grâce, qui apporte de la joie; le
bienfait, la joie qu'on donne; la reconnaissance, expression du bienfait reçu.
On rattache au même radical ² xar: "la joie"; tò xrisma:
"le charisme, le don d'apporter le bonheur autour de soi" ;
"la grâce" au sens chrétien, d'où l'eucharistie (eéxaristÛa). Le
verbe xaÛrv,
"se réjouir", fournit à l'impératif la formule de salut XaÝre. On dit
toujours en grec moderne euxaristÅ "merci" et xaÛrv polæ
"enchanté". XarÛzomai: voir chap. 36; Xaridñthw: voir
ci-dessous.
*
L'accueil du peuple d'Éphèse n'a rien de vraiment surprenant: nous connaissons
de nombreuses manifestations du même genre à l'égard des souverains
hellénistiques. Plutarque ne nous dit pas qui a eu l'idée d'assimiler Antoine à
Dionysos, sans doute les Éphésiens avec son accord. Pour un Romain du 1er
siècle av. J.-C. cette apothéose (le mot grec poy¡vsiw n'apparaît qu'à cette époque) était lourde de
signification: symbole et peut-être présage.
*
Pourquoi Dionysos? Les Éphésiens
savent bien que le triumvir a besoin d'argent et Dionysos passe pour un dieu
proche de l'humanité dont il soulage volontiers les misères, le message est
clair et la flatterie habile: Antoine doit ménager les Éphésiens. Ensuite, nous
dit Plutarque, Antoine avait retrouvé après la guerre son genre de vie favori,
beuveries et fêtes avec un entourage d'acteurs et de parasites: on l'assimilait
à l'inventeur du divin breuvage qu'il aimait tant; enfin Dionysos était aussi,
tout comme Antoine, le protecteur des acteurs... et des actrices.
*
Sur le plan du récit, Plutarque aborde une nouvelle période de la vie
d'Antoine. Le moment où son héros se place sous le patronage d'un autre dieu
fournit une transition: à Rome, Antoine voulait incarner Hercule, en Orient il
incarnera Dionysos. Et Plutarque le Béotien sait bien que, contrairement aux
apparences, les points communs à Héraclès et Dionysos ne manquent pas:
'Amfñteroi Y®bhye
kaÜ mfñteroi polemistaÜ
k±k Zhnñw: yærsÄ deinñw, õ d¢ =oplÄ.
[...]
Hrh d' mfot¡roiw xalep¯ yeñw: oß
d' pò gaÛhw
·lyon ¤w yantouw ¤k puròw mfñteroi.
"De Thèbes tous les deux et tous les deux grands guerriers
et fils de Zeus. On craint l'un pour son thyrse, l'autre pour sa massue. [...]
Héra pour tous les deux divinité cruelle. Loin de la terre ils sont allés vers
les Immortels par le feu, tous les deux."
(Antipater, époque d'Auguste, cité dans l'Anthologie de Planude, 185).
*
Les puissants divinisés étaient-ils dupes? Pas vraiment, d'après ce passage de
la Vie d'Alexandre
(28): toÝw d' Ellhsi metrÛvw kaÜ êpofeidom¡nvw
¥autòn ¤jeyeÛze: [...] d°lñw ¤stin aétòw oéd¢n peponyÇw oéd¢ tetufvm¡now, ll
toçw llouw katadouloæmenow t» dñjú t°w yeiñthtow "avec les
Grecs, il se déifia avec mesure et précaution, [...] il est évident qu'il
n'était en rien troublé ou aveuglé par sa prétendue divinité, mais qu'il en
usait pour dominer les autres".
*
Les Éphésiens croyaient-ils à la divinité d'Antoine? Oui et non, leurs conceptions
de la divinité n'étaient pas les nôtres: celui qui avait la puissance, celui
que la Tæxh,
la Fortune,
favorisait, participait d'une façon ou d'une autre de la divinité. Témoin cet
hymne en l'honneur de Démétrios Poliorcète (337-283 av. J.-C.) [voir "Préface"]:
"Les autres dieux sont loin, ou ils n'ont pas
d'oreilles, ou ils n'existent pas, ou ils ne prêtent aucune attention à nos
besoins; toi, Démétrios, nous te voyons ici même, pas en bois ou en pierre,
mais réellement présent."
*
Pourquoi Plutarque a-t-il choisi de placer ici ce commentaire sur le caractère
d'Antoine? Quels sont les traits qu'il veut souligner?
*
Antoine-Dionysos: comment faut-il interpréter les épiclèses (épithètes
cultuelles) que nous avons rencontrées au paragraphe précédent? R. Flacelière
traduit: "Porteur de Joie et Source de paix", F. Chamoux:
"Dispensateur de grâces et Bienveillant" et Paul M. Martin:
"Dispensateur de Joie, Plein de Grâces". Après avoir vérifié le sens
de ces mots, vous choisirez la traduction qui vous paraît la plus satisfaisante
(celle que nous proposons ci-dessus reste volontairement très neutre).
Situation de l'extrait
Passage
célèbre entre tous de cette Vie d'Antoine! Le premier rôle féminin de cette tragédie entre
en scène et Plutarque, en bon dramaturge, a particulièrement soigné ses effets.
L'entrevue
de Tarse n'est relatée ailleurs que très succinctement et seulement par les
historiens grecs. Dion Cassius (XLVIII, 24) se borne à un génitif absolu très
vague:
kn toèto t°w
Kleoptraw ¤n KilikÛ& oß ôfyeÛshw ¤rasyeÛw "C'est sur ces entrefaites qu'il tomba
amoureux de Cléopâtre qu'il avait vue en Cilicie".
Appien
(V, 1) ne précise pas non plus qui a pris l'initiative de cette rencontre où il
voit ce que nous appellerions en langage contemporain un "sommet":
KaÜ ¤n KilikÛ&
pròw aétòn ¤lyoæshw Kleoptraw ¤m¡mcato m¢n Éw oé metasxoæshw tÇn ¤pÜ KaÛsari
pñnvn: t°w d¢ oék pologoum¡nhw mllon µ katalogizom¡nhw aétoÝw [...] " Et Cléopâtre vint le rencontrer en
Cilicie. Il lui reprocha de n'avoir pas participé à leurs efforts pour venger
César. Mais au lieu de s'excuser, elle préféra énumérer ses actions... ".
Dans
le même chapitre, Appien nous dit qu'Antoine connaissait Cléopâtre depuis
longtemps [voir Les femmes
d'Antoine]. Nous savons aussi qu'elle avait séjourné à Rome pendant presque
deux ans et qu'il est impossible qu'Antoine ne l'ait pas rencontrée - en tout
bien tout honneur: elle était la maîtresse de César ! Or Plutarque reste muet
sur ces deux points, mais il ne nous dit pas non plus qu'Antoine et Cléopâtre
se voient pour la première fois: il a préféré nous proposer une superbe scène
de rencontre amoureuse, au lieu de raconter une simple rencontre de chefs
d'état.
ToioætÄ d' oïn önti t¯n fæsin 'AntvnÛÄ teleutaÝon kakòn õ Kleoptraw
¦rvw ¤pigenñmenow kaÜ poll tÇn ¦ti kruptom¡nvn ¤n aétÒ kaÜ tremoæntvn
payÇn ¤geÛraw kaÜ nabakxeæsaw, eà ti xrhstñn µ svt®rion ÷mvw nteÝxen ±fÛnase kaÜ prosdi¡fyeiren.
`AlÛsketai d¢ toèton tòn trñpon.
Doué d'un tel caractère, Antoine mit
le comble à ses maux par l'amour qu'il conçut pour Cléopâtre, amour qui éveilla
et déchaîna en lui beaucoup de passions encore cachées et sommeillantes, et qui
éteignit et étouffa ce qui pouvait, malgré tout, persister chez lui d'honnête
et de salutaire Voici comment il fut pris.
`Aptñmenow toè Paryikoè pol¡mou, ¦pemce pròw aét¯n keleævn
eÞw KilikÛan pant°sai, lñgon êf¡jousan Ïn ¤nekaleÝto toÝw perÜ Kssion
doènai poll kaÜ sumbal¡syai pròw tòn pñlemon.
Alors qu'il entreprenait la guerre
contre les Parthes, il lui envoya dire de venir le joindre en Cilicie, où elle
devrait se justifier des reproches qui lui étaient faits d'avoir donné beaucoup
d'argent à Cassius et de l'avoir aidé à soutenir la guerre.
`H d¢ kaÜ DellÛÄ peisyeÝsa kaÜ toÝw
pròw KaÛsara kaÜ GnaÝon tòn PomphÛou paÝda prñteron aét» genom¡noiw f' Ëraw
sumbolaÛoiw tekmairom¡nh, =on ³lpizen êpjesyai tòn 'AntÅnion. 'EkeÝnoi
m¢n gr aét¯n ¦ti kñrhn kaÜ pragmtvn peiron ¦gnvsan, pròw d¢ toèton
¦melle foit®sein ¤n Ú mlista kairoè gunaÝkew Ëran te lamprotthn ¦xousi
kaÜ tò froneÝn kmzousi. Diò poll m¢n suneskeusato dÇra
kaÜ xr®mata kaÜ kñsmon oåon eÞkòw ·n pò pragmtvn meglvn kaÜ
basileÛaw eédaÛmonow komÛzein, tw d¢ pleÛstaw ¤n ¥aut» kaÜ toÝw perÜ aét¯n
magganeæmasi kaÜ fÛltroiw ¤lpÛdaw yem¡nh pareg¡neto.
Elle crut ce que lui disait Dellius,
et, comptant sur le pouvoir de sa beauté d'après les rapports qu'elle avait eus
précédemment avec César et Cnaeus, le fils de Pompée, elle espéra subjuguer
Antoine plus facilement. Les premiers, en effet, l'avaient connue alors,
qu'elle était encore une jeune fille sans expérience des affaires, au lieu
qu'elle allait se rendre auprès d'Antoine précisément à l'âge où la beauté des
femmes est dans tout son éclat et leur esprit dans toute sa force. Aussi
prépara-t-elle beaucoup de présents et d'argent, et tout l'apparat dont devait
naturellement se pourvoir une reine qui avait un haut renom et un royaume
prospère. Mais c'est surtout en elle-même, en ses charmes et en ses philtres
qu'elle plaçait ses principales espérances lorsqu'elle alla trouver Antoine.
Remarques
*
kaÜ DellÛÄ peisyeÝsa: voir La documentation de
Plutarque.
*
² Ëra désigne
une "période de temps", une "saison" et tout
particulièrement "le printemps". Au sens figuré, le fait d'être
"à la fleur de l'âge" et le "charme" qui s'y rapporte. Il
ne s'agit pas ici de la "beauté" [voir chapitre
27: le charme de Cléopâtre]: Plutarque décrit Roxane (Alexandre, 8) comme kal¯n kaÜ ÉraÛan,
"belle et à la fleur de l'âge".
L'art du récit.
*
Comment comprenez-vous les premiers mots de ce chapitre, en fonction de la
suite?
*
Antoine, coupable et responsable, ou victime du sort et des sortilèges?
*
Cléopâtre, talentueuse et sincère, ou ensorceleuse rouée? Relevez les
expressions qui vous paraissent aller dans un sens ou dans l'autre; quelle est
votre conclusion?
Indications complémentaires.
1.
Comme souvent, Plutarque laisse le lecteur se faire une opinion par lui-même,
mais il sait guider la réflexion de son lecteur: bien sûr Antoine sera frappé
d'un coup de foudre, mais c'est lui qui a provoqué la rencontre de Tarse et il
connaissait Cléopâtre, au moins par les rapports de son ambassade en Égypte.
Bien sûr Cléopâtre, en bonne Égyptienne, compte sur des moyens magiques et
déloyaux pour arriver à ses fins, mais elle n'oublie ni les cadeaux ni
l'argent: elle a compris ce que, sur le plan politique, le triumvir attend
d'elle.
2.
Cléopâtre n'a pas le moins du monde l'intention de "rendre compte",
elle ne va pas s'humilier devant le Romain, au contraire. Si elle tient à
étaler la richesse et la puissance de son royaume, c'est qu'elle a en tête (et
elle a de la tête: tò froneÝn kmzei!) une politique à long terme ou de grande
envergure (meglvn pragmtvn).
3.
Pour l'anecdote: Cnaeus Pompée est le fils aîné de Pompée le Grand (il a été
tué en 45 à la bataille de Munda). Il était passé à Alexandrie en 49 ou 48, au
début de la guerre civile pour se faire confirmer l'alliance de l'Égypte avec
son père. Aucun texte ne permet d'affirmer ou de nier une liaison avec la
reine. tò sumbñlaion "le contrat" (ici comme par exemple
dans Alexandre,
30) n'implique pas nécessairement de relations amoureuses, et quand cela
serait...
La rencontre
(chapitres 26 et 27)
Oìtv katefrñnhse kaÜ kateg¡lase toè ndròw Ëste pleÝn n
tòn Kædnon potamòn ¤n porymeÛÄ xrusopræmnÄ, tÇn m¢n ßstÛvn lourgÇn ¤kpepetasm¡nvn,
t°w d' eÞresÛaw rguraÝw kÅpaiw naferom¡nhw pròw aélòn ma særigji
kaÜ kiyraiw sunhrmosm¡non. Aét¯ d¢ kat¡keito m¢n êpò skidi xrusopstÄ,
kekosmhm¡nh grafikÇw Ësper 'AfrodÛth, paÝdew d¢ toÝw grafikoÝw
Ervsin eÞkasm¡noi
par' ¥kteron ¥stÇtew ¤rrÛpizon. `OmoÛvw d¢ kaÜ yerapainÛdew aß
kallisteæousai NhrhÛdvn ¦xousai kaÜ XarÛtvn stolw, aß m¢n pròw oàajin, aß
d¢ pròw kloiw ·san. 'OdmaÜ d¢ yaumastaÜ tw öxyaw pò yumiamtvn
pollÇn kateÝxon. TÇn d' nyrÅpvn oß m¢n eéyçw pò toè potamoè parvmrtoun
¥kat¡rvyen, oß d' pò t°w pñlevw kat¡bainon ¤pÜ t¯n y¡an. 'Ekxeom¡nou d¢
toè kat t¯n gorn öxlou, t¡low aétò õ 'AntÅniow ¤pÜ b®matow
kayezñmenow peleÛfyh mñnow. KaÛ tiw lñgow ¤xÅrei di pntvn Éw ²
'AfrodÛth kvmzoi pròw tòn Diñnuson ¤p' gayÒ t°w 'AsÛaw.
Elle prit Antoine de haut et se moqua
de lui à tel point qu'elle se mit à remonter le Cydnus sur un navire à la poupe
d'or, avec des voiles de pourpre déployées et des rames d'argent manoeuvrées au
bon de la flûte marié à celui des syrinx et des cithares. Elle-même était
étendue sous un dais brodé d'or et parée comme les peintres représentent
Aphrodite. Des enfants, pareils aux Amours qu'on voit sur les tableaux, debout
de chaque côté d'elle, la rafraîchissaient avec des éventails. Pareillement,
les plus belles de ses servantes, déguisées en Néréides et en Grâces, étaient
les unes au gouvernail, les autres aux cordages. De merveilleuses odeurs
exhalées par de nombreux parfums embaumaient les deux: rives. Beaucoup de gens
accompagnaient le navire de chaque côté dès l'embouchure du fleuve, et beaucoup
d'autres descendaient de la ville pour jouir du spectacle. La foule qui
remplissait la place publique se précipitant au dehors, Antoine finit par
rester seul sur l'estrade où il était assis. Le bruit se répandait partout que
c'était Aphrodite qui, pour le bonheur de l'Asie, venait en partie de plaisir
chez Dionysos.
Epemce m¢n oïn kalÇn aét¯n ¤pÜ tñ deÝpnon: ² d¢ mllon ¤keÝnon
±jÛou pròw ¥aut¯n ´kein. Eéyçw oïn tin boulñmenow eékolÛan ¤pideÛknusyai
kaÜ filofrosénhn êp®kouse kaÜ ·lyen. 'EntuxÆn d¢ paraskeu» lñgou kreÛttoni mlista
tÇn fÅtvn tò pl°yow ¤jeplgh. Tosaèta gr l¡getai kayÛesyai kaÜ nafaÛnesyai
pantaxñyen ma, kaÜ toiaætaiw pròw llhla klÛsesi kaÜ y¡sesi diakekosmhm¡na
kaÜ suntetagm¡na plaisÛvn kaÜ periferÇn trñpÄ, Ëste tÇn ¤n ölÛgoiw jioyetvn
kaÜ kalÇn ¤keÛnhn gen¡syai t¯n öcin.
Antoine envoya sur le champ la prier
à dîner, mais elle demanda que ce fût plutôt lui qui vînt chez elle. Aussitôt,
voulant lui témoigner courtoisie et complaisance, il se rendit à son
invitation. Il trouva près d'elle des préparatifs défiant toute expression,
mais il fut surtout frappé de l'abondance des lumières: il y en avait tant,
dit-on, à briller de toutes parts à la fois, suspendues et inclinées de tant de
façons, ou droites les unes en face des autres, et rangées en rectangles ou en
cercles que, de tous les spectacles magnifiques et dignes d'être contemplées,
on en connaît peu de comparables à cette illumination.
T» d' êsteraÛ& plin nyestiÇn aét¯n ¤filotim®th m¢n
êperbal¡syai t¯n lamprñthta kaÜ t¯n ¤mm¡leian, mfoÝn d¢ leipñmenow kaÜ
kratoæmenow ¤n aétoÝw ¤keÛnoiw, prÇtow ¦skvpten eÞw aéxmòn kaÜ groikÛan t
par' aêtÒ. Polçn d' ² Kleoptra kaÜ toÝw skÅmmasi toè 'AntvnÛou tòn stratiÅthn
¤norÇsa kaÜ bnauson, ¤xr°to kaÜ toætÄ pròw aétòn neim¡nvw ³dh kaÜ
katateyarrhkñtvw.
Le lendemain Antoine, la traitant à
son tour, mit son point d'honneur à la surpasser en splendeur et en élégance
mais, ayant le dessous et vaincu sur ces deux points, il fut le premier à
railler la mesquinerie et la grossièreté de sa réception. Cléopâtre, voyant que
les plaisanteries d'Antoine sentaient beaucoup le soldat et l'homme du commun,
en usa dès lors avec lui sur le même ton en faisant montre de sans-gêne et
d'audace.
"Elle remonta le fleuve Cydnos dans un navire dont la poupe
était en or, les voiles de pourpre, les avirons en argent. Le mouvement des
rames était cadencé au son des flûtes, marié à celui des lyres et des
chalumeaux. Elle-même, parée telle qu'on peint Aphrodite, était étendue sous un
pavillon brodé d'or, et des enfants, semblables aux amours des tableaux,
l'entouraient en l'éventant. Ses femmes, toutes parfaitement belles, costumées
en Néréides et en Grâces, étaient les unes au gouvernail, les autres aux
cordages. L'odeur des parfums qu'on brûlait sur le navire embaumait les deux
rives du fleuve où la foule s'était amassée." (Traduction de Christian Jacq, Les Égyptiennes.)
La
page suivante, empruntée à Paul M. Martin, Antoine et Cléopâtre, La fin d'un rêve,
apporte en même temps qu'une adaptation du texte de Plutarque un commentaire de
la rencontre entre le triumvir et la reine d'Égypte:
|
« D'emblée, Cléopâtre
donnait à la mystique dionysiaque dont Antoine faisait l'apprentissage une
dimension nouvelle: celle d'une hiérogamie, union divine d'Aphrodite-lsis
avec Dionysos-Osiris génératrice de bienfaits pour les mortels. Banalement, Antoine pria la reine
à dîner. La reine insista pour que ce fût lui qui vînt à bord, galanterie ou
curiosité, il accepta, et s'en félicita. Plus que la variété, la profusion,
l'excellence des mets et des vins, qu'il sut apprécier en connaisseur, il fut
ébloui de toutes les manières: par le brillant de la conversation de la
reine, par l'éclat de sa beauté, que rehaussait, dans la nuit calme et douce
parfumée aux fleurs exotiques de Bacchus - les roses -, "l'abondance des
lumières: il y en avait tant, [...] suspendues et inclinées de tant de
façons, ou droites les unes en face des autres, et rangées en rectangles ou
en cercles" que le souvenir de ces illuminations - luxe rare dans
l'Antiquité - a traversé les siècles. « Comme pour César, on
ignore si elle céda à Antoine dès le premier soir, ou plus tard. Mais on sait
qu'Antoine tint à lui rendre dès le lendemain son invitation. Le dîner avait
piètre mine, malgré les efforts du triumvir. Il en convint lui-même avec
bonne humeur et tous deux en rirent aux éclats. D'entrée de jeu, Cléopâtre
avait su se mettre au diapason de la franche gaieté de ce général qui adorait
autant les plaisanteries de troupier qu'il savait apprécier les conversations
philosophiques. Elle avait dès lors partie gagnée et
l'"interrogatoire" sur ses activités pendant la guerre civile fut une
formalité dont elle se tira avec grâce. Elle obtint même, sans grande peine,
la tête du gouverneur de Chypre qui l'avait trahie et du pseudo-Ptolémée,
ainsi que celle de sa soeur Arsinoé, éternelle comploteuse, réfugiée alors
dans le temple d'Artémis à Éphèse. Mais Antoine, moins docile que ne le
prétend sa légende noire, refusa de lui livrer le grand prêtre qui avait
ouvert cet asile à sa soeur. » |
Indications complémentaires
1.
Le verbe kvmzv (de la famille de kÇmow) fait implicitement référence à Dionysos.
|
2. kekosmhm¡nh
grafikÇw Ësper 'AfrodÛth:
comment les peintres de l'Antiquité représentaient-ils Aphrodite? Les
lecteurs de Plutarque le savaient, et ces quatre mots parlaient plus à leur
imagination qu'une longue description. Chose plus difficile pour nous car il
ne reste rien ou presque de la peinture grecque. L'Anthologie de Planude nous a conservé quelques épigrammes sur
un célèbre tableau d'Apelle, "Aphrodite Anadyomène", exécuté vers
330, par exemple celle (180) d'un certain Démocrite (2ème s. ap.
J.-C) qui précise: st¡rna mñnon faÛnousa, t kaÜ y¡miw ("laissant voir seulement sa poitrine,
ce qui est permis"). Mais Cléopâtre n'est peut-être pas
« topless » pour autant, Lucain (X, 141) en témoigne: candida Sidonio perlucent
pectora filo, "ses seins
blancs se dessinent sous un voile de Sidon." A vous d'imaginer Cléopâtre kekosmhm¡nh grafikÇw Ësper 'AfrodÛth! Pour vous y aider, vous pouvez voir
comment le sculpteur Praxitèle
a traité le sujet. |
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3.
Cléopâtre invitée par Antoine: adaptation très libre du texte de Plutarque par
Françoise Xénakis:
" Ce n'est qu'au soir du quatrième jour qu'elle accepta, elle
et ses ministres, d'aller dîner au camp sous la tente de Marc Antoine. Là,
rassuré, chez lui, il se laissa aller à donner une fête comme il les avait
toujours aimées, avec des danseuses qui se joignaient aux dîneurs et des
raconteurs d'histoires salaces, lourdes, rudes. Et Cléopâtre, qui avait été,
lorsqu'elle l'avait reçu sur son bateau, d'un raffinement extrême, ne goûtant
que peu au vin et aux plats, fit la fête cette fois avec Marc Antoine, mangeant
ce qu'il mangeait, buvant ce qu'il buvait, riant à ce qui le faisait rire.
Démagogie? Pire, ruse? Non, soudain Cléopâtre - et c'était la première fois
qu'elle festoyait avec un homme jeune - aima faire la fête, rire à des
énormités, puis, elle s'entendit, la première étonnée, en dire, et pas des
moindres ! C'est vrai qu'enfant, cachée dans le palais de son père, certains
soirs, elle avait déjà tout entendu de ces grossièretés partout et depuis
toujours les mêmes, et qui ne roulent guère que sur un sujet: le sexe."

Le charme de
Cléopâtre (Chapitre 27, suite)
KaÜ gr ·n, Éw l¡gousin, aétò m¢n kay'
aêtò tò kallòw oé pnu dusparblhton oéd' oåon ¤kpl°jai toçw Þdñntaw,
f¯n d' eäxen ² sundiaÛthsiw fukton, ´ te morf¯ met t°w ¤n tÒ dial¡gesyai
piyanñthtow kaÜ toè periy¡ontow ma pvw perÜ t¯n õmilÛan ³youw n¡fer¡
ti k¡ntron. `Hdon¯ d¢ kaÜ fyeggom¡nhw ¤p°n tÒ ³xv: kaÜ t¯n glÇttan Ësper ôrganñn
ti poléxordon eépetÇw tr¡pousa kay' ¶n boéloito dilekton ôlÛgoiw pantpasi
di' ¥rmhn¡vw ¤netégxane barbroiw toÝw d¢ pleÛstoiw aét¯ di' aêt°w pedÛdou
tw pokrÛseiw oåon AÞyÛoci, Trvglodætaiw, `EbraÛoiw,
Araci,
Særioiw, M°doiw, ParyuaÛoiw. PollÇn d¢ l¡getai kaÜ llvn ¤kmayeÝn glÅttaw tÇn
prò aét°w basil¡vn oéd¢ t¯n AÞguptÛan nasxom¡nvn paralabeÝn dilekton
¤nÛvn d¢ kaÜ tò makedonÛzein ¤klipñntvn.
Et de fait, on dit que sa beauté en
elle-même n'était pas incomparable ni propre à émerveiller ceux qui la
voyaient, mais son commerce familier avait un attrait irrésistible, et l'aspect
de sa personne, joint à sa conversation séduisante et à la Grâce naturelle
répandue dans ses paroles, portait en soi une sorte d'aiguillon. Quand elle
parlait, le son même de sa voix donnait du plaisir. Sa langue était comme un
instrument à plusieurs cordes dont elle jouait aisément dans le dialecte
qu'elle voulait, car il y avait très peu de barbares avec qui elle eût besoin
d'interprète: elle répondait sans aide à la plupart d'entre eux, par exemple
aux Éthiopiens, aux Troglodytes, aux Hébreux, aux Arabes, aux Syriens, aux
Mèdes et aux Parthes. On dit qu'elle savait encore plusieurs autres langues,
tandis que les rois ses prédécesseurs n'avaient pas même pris la peine
d'apprendre l'égyptien et que même quelques-uns avaient oublié le macédonien.
Plutarque
nous propose maintenant un rapide portrait de Cléopâtre, mais ces quelques
lignes constituent pour nous un témoignage fondamental: c'est le plus long que
l'Antiquité nous ait laissé, en dehors des fictions poétiques de Lucain. Voici
deux autres traductions de ce passage célèbre:
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* Sa beauté seule n'était point si incomparable qu'il ne pût y en avoir
d'aussi belles, ni telle qu'elle ravît incontinent ceux qui la regardaient.
Mais sa conversation était si aimable qu'il était impossible d'en éviter
l'emprise et la bonne grâce qu'elle avait à deviser, la douceur et la gentillesse
de son naturel, qui assaisonnaient tout ce qu'elle disait ou faisait, étaient
un aiguillon qui poignait au vif; et il y avait, outre cela, grand plaisir au
son de sa voix et à sa prononciation, parce que sa langue était comme un
instrument de musique à plusieurs jeux et à plusieurs registres qu'elle
tournait aisément en tel langage qu'il lui plaisait. (Amyot) * "Sa beauté n'avait rien d'incomparable et ne frappait pas à première
vue, mais on ne pouvait échapper au charme que dégageait sa présence: la
grâce naturelle de sa personne, l'amabilité de ses propos et la spontanéité
de ses manières donnaient beaucoup de piquant à son entretien. Elle avait une
voix ravissante et elle en jouait avec un art consommé, comme d'un instrument
à cordes multiples, car elle parlait plusieurs langues. (F. Chamoux) |
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2.
Comment Plutarque définit-il le charme de Cléopâtre? Comparez ce passage avec
le chapitre 25 qui est écrit au discours indirect libre. Essayez de préciser
les intentions de l'auteur en vous appuyant sur des expressions de chacun des
deux textes: sont-ils contradictoires, sont-ils complémentaires?
3.
Cléopâtre était-elle belle? Voir Conclusion, "le nez de Cléopâtre".

Remarques
*
Pourquoi cette énumération de noms de peuples? Où vivent-ils?
*
En quoi Cléopâtre se distingue-t-elle de ses prédécesseurs?
*
Dans la liste des langues que parle Cléopâtre, on s'attendait à en trouver une dont
l'absence surprend, laquelle et pourquoi selon vous?
Indications complémentaires
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1. Quintilien (Inst. Orat., XI, 2) affirme que
"Mithridate connaissait les vingt-deux langues des peuples auxquels il
commandait ". Dans les "Notes complémentaires" à
son édition de la Vie
d'Antoine, Robert Flacelière écrit: "Ce qui est dit ici des dons
linguistiques de Cléopâtre fait penser (et le rapprochement n'est pas de
nature à rendre cela plus vraisemblable) au barbare des bords de la mer
Érythrée, personnage mythique [...] exercé à parler de nombreuses
langues". François Chamoux adopte un point de vue plus
nuancé: "Même si le maniement de ces nombreux langages, qu'elle avait pu
acquérir avec ses esclaves et avec les hôtes de sa cour d'Alexandrie, se réduisait,
comme il est probable, à quelques éléments usuels de conversation, c'était
déjà la preuve d'une belle virtuosité intellectuelle et de la volonté
d'exercer ses devoirs de reine, auprès de ses sujets comme des étrangers, en
toute connaissance de cause." 2. makedonÛzein: Cléopâtre s'amuse même à patoiser en
pratiquant le dialecte macédonien, proche du rec de Thessalie. N'oublions pas
que les Lagides sont d'origine macédonienne comme Alexandre. Celui-ci s'exprimait
habituellement en grec d'Athènes, mais de temps en temps nebña MakedonistÛ... toèto d' ·n sæmbolon yoræbou meglou il criait en macédonien, ce
qui trahissait une émotion forte.
(Plutarque, Alexandre,
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