Noctes Gallicanae

 

Plout‹rxou toè Xairvn¡vw

BÛow ƒAntvnÛou

 

Deuxième partie : Aphrodite et Dionysos

 

6. Soulagement des Grecs après Actium (chapitre 68)

 

Situation de l'extrait

 

Voici une petite digression (par¡kbasiw) comme les aime notre auteur. Au printemps 31 les routes maritimes vers Actium avaient été coupées par Agrippa: Antoine avait dû faire venir son approvisionnement par voie de terre ou, chaque fois que c'était possible, étant donné la difficulté des communications terrestres, par cabotage depuis les petits ports de la côte du golfe de Corinthe.

 

'Ek toætou KaÛsar m¢n ¤p' 'Ay®naw ¦pleuse kaÜ, diallageÜw toÝw †Ellesi, tòn periñnta sÝton ¤k toè pol¡mou di¡neime taÝw pñlesi prattoæsaiw ŽylÛvw kaÜ perikekomm¡naiw xrhm‹tvn, Žndrapñdvn, êpozugÛvn. `„O goèn prñpappow ²mÇn NÛkarxow dihgeÝto toçw polÛtaw pantaw Žnagk‹zesyai toÝw Êmoiw kataf¡rein m¡trhma purÇn tetagm¡non ¤pÜ t¯n pròw 'AntÛkuran y‹lassan, êpñ mastÛgvn ¤pitaxunom¡nouw: kaÜ mÛan m¢n oìtv forŒn ¤negkeÝn, t¯n d¢ deut¡ran ³dh memetrhm¡noiw kaÜ m¡llousin aàresyai nenikhm¡non 'AntÅnion Žggel°nai, kaÜ toèto diasÇsai t¯n pñlin: eéyçw gŒr tÇn 'AntvnÛou dioikhtÇn kaÜ strativtÇn fugñntvn, dianeÛmasyai tñn sÝton aétoæw.

 

Ensuite Octavien fit voile vers Athènes, et, s'étant réconcilié avec les Grecs, il fit distribuer le blé qui restait des provisions de guerre aux villes, dont l'état était misérable, car on les avait dépouillées de leur argent, de leurs esclaves et de leurs bêtes de somme. Mon arrière-grand-père Nicarque racontait que tous les citoyens avaient été contraints de transporter sur leurs épaules des quantités déterminées de blé jusqu'à la mer Anticyra en marchant vite sous les coups de fouet. Après avoir porté cette première charge, on leur en avait déjà mesuré une seconde qu'ils allaient mettre sur leur dos quand on apprit la défaite d'Antoine. Cela sauva la ville car, à l'instant, les commissaires et les soldats d'Antoine prirent la fuite, et les gens se partagèrent le blé.

 

Remarques

* Pourquoi Octavien doit-il "se réconcilier avec les Grecs"?

* Comment interprétez-vous les mots periñnta sÝton? Qu'insinue Plutarque sur la prétendue générosité d'Octavien?

* Que veut souligner Plutarque en employant le mot toçw polÛtaw?

 

 Indications complémentaires

1. õ pærow: "les grains de blé", le blé en tant que produit agricole; õ sÝtow: "la farine de blé", le blé en tant qu'aliment.

 

2. 'AntÛkura: Il s'agit du golfe d'Anticyra, aujourd'hui kñlpow Antikæraw. Il est situé à une trentaine de kilomètres de Chéronée (aujourd’hui XairÅneia) en suivant de petites routes très accidentées. Le port antique devait se situer sur la belle plage d'Aspra Spitia.

 

3. Il y a peu de chances que Plutarque ait pu entendre Nicarque raconter son histoire et a fortiori s'en souvenir:

* NÛkarkow: l'arrière-grand-père devait avoir entre 16 et 20 ans au moment d'Actium (31 av. J.-C.); faisons-le naître en 50: il aurait eu 96 ans à la naissance de Plutarque. En imaginant une différence de 32 ans entre les générations,

* LamprÛaw, le grand-père serait né en 18 av. J.-C., il aurait eu 64 ans à la naissance de l'écrivain qui affirme l'avoir bien connu [voir chap. 28];

* Aétñboulow, le père serait né en 14 ap. J.-C. C'est donc de la bouche de Lamprias que Plutarque aurait entendu ce récit; les événements avaient eu lieu plus d'un siècle avant qu'il ne les écrive lui-même.

 


Vie d'Antoine: suite