Noctes Gallicanae

 

Plout‹rxou toè Xairvn¡vw

BÛow ƒAntvnÛou

 

Dernière partie : conclusion

 

Nous voici au terme de notre lecture. Avant de quitter cette page, prenons le temps de nous interroger encore une fois sur ce que nous venons de lire, d'abord sur les protagonistes de cette histoire, ensuite sur les intentions de l'auteur.

 

1. Cléopâtre

 

Je hais la reine!

Le nez de Cléopâtre

la reine putain

Philtres magiques et poisons

 

1.  Je hais la reine

Le seul témoignage subsistant de quelqu'un qui l'ait vue et connue, c'est celui de Cicéron qui l'a rencontrée pendant son séjour à Rome. Il parle d'elle à Atticus dans quelques lettres entre avril et juin 44. Il le fait avec une brièveté surprenante pour un homme aussi bavard et ne l'appelle jamais par son nom (contrairement à Domitius, voir La bataille d'Actium), ce qui est significatif.

 

Cléopâtre a dû quitter Rome quelques jours après la mort de César :  La fuite de la reine me laisse indifférent  (Ad Att., XIV, 8 ; 16/04/44). Le bruit court à Rome que le bateau qui transportait Cléopâtre et Césarion avait fait naufrage et Cicéron fait peut-être allusion à cette rumeur quand il écrit : A propos de la reine et aussi de ce César, je voudrais bien que ce soit vrai  (Ad Att., XIV, 20 ; 11/05/44). Il annonce le 17 mai que la rumeur s'éteint et le 24 qu'il aurait aimé  que ce fût vrai , sans dire quoi.

 

Par contre, le 13 juin (Ad Att., XV, 15), il explose : Cicéron, Ad Atticum, XV, 15: Reginam odi [...] Superbiam autem ipsius reginae, cum esset trans Tiberim in hortis, commemorare sine magno dolore non possum. Je hais la reine [...] cet orgueil de la reine elle-même, lorsqu'elle se trouvait dans ses jardins de l'autre côté du Tibre, je ne peux pas y repenser sans un profond chagrin.

 

Pourquoi cette haine ? Peut-être tout simplement parce que Cléopâtre, de culture grecque, ignorait à peu près tout de la carrière du grand homme et ne lui avait pas accordé les honneurs qu'il pensait mériter…

 

2.  Le nez de Cléopâtre

Sur le physique de Cléopâtre, nous ne savons pas grand-chose et Plutarque ne décrit jamais les femmes. Vous pouvez vous reporter à Cléopâtre, coll. Découvertes Gallimard, où vous trouverez l'essentiel des représentations qui ont survécu au temps et aux hommes.

* Plutarque :

`„RvmaÛoi... kaÜ mllon oß Kleop‹tran ¥vrakñtew oëte k‹llei t°w 'OktaouÛaw oëy' Ër& diaf¡rousan. (Comparaison avec Octavie, Ant. 57)

gunaÝka sobarŒn kaÜ yaumastòn ÷son ¤pÜ k‹llei fronoèsan. (Ant. 73)

* Lucain :

formae confisa suae Cleopatra Cléopâtre confiante dans sa beauté... ;

inmodice formam fucata nocentem Elle a fardé sans mesure sa beauté malfaisante. (Pharsale, X)

* Appien :

'AntÅniow ¤pÜ t» öcei t¯n sænesin kataplageÜw eéyçw aét°w meirakivdÇw ¥alÅkei, kaÛper ¦th tessar‹konta gegonÅw (V, 8) ;

¦nya aétÒ sumb‹llei Kleop‹tra basilÜw AÞgæptou, kaÜ eéyçw ôfyeÝsa ¤kr‹tei. (V, 1)

* Florus :

Cleopatra regis soror, adfusa Caesaris gentibus partem regi reposcebat. Aderat puellae forma Cléopâtre, la soeur du roi, prosternée aux genoux de César, réclamait une part du pouvoir royal. Devant lui, la beauté de la jeune fille (ou sa beauté de jeune fille? ( II, 13)

* Dion Cassius :

perikallhst‹th gunaikÇn (XLII, 34) ; oåa Žjioèsa pròw p‹ntvn ŽnyrÅpvn ¤rsyai (LI, 8).

* Pascal :

 Le nez de Cléopâtre : s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé.  (Pensées, 90, éd. Lafuma )

 

3.  La reine prostituée de Canope la débauchée

Une chose est sûre, les égyptologues l'affirment, la femme égyptienne jouissait du même statut social que l'homme, ce qui ne manquait pas de choquer Grecs et Latins et les incitait à penser que toute Égyptienne était une prostituée en puissance:

Ce qui frappe l'observateur, dès qu'il s'intéresse à l'art égyptien, c'est l'immense respect accordé à la femme. Belle, sereine, lumineuse, elle a contribué de manière la plus active à la construction quotidienne d'une civilisation qui voua un culte à la beauté, et notamment à celle de la femme. (Christian Jacq)

Hérodote rapporte déjà plusieurs histoires de prostitution dans la famille des pharaons. Chéops (II, 126) par exemple :

en serait venu à ce point de perversité que, manquant d'argent, il aurait placé sa propre fille dans une maison de débauche et lui aurait prescrit de se faire verser une certaine somme, que j'ignore, car les prêtres n'en précisaient pas le montant.

De là à voir en toute Égyptienne une prostituée en puissance, le pas était facile à franchir, d'autant que le présence de Cléopâtre à Rome avait dû choquer plus d'un Romain. Les auteurs latins se sont déchaînés après Actium et Cléopâtre est devenue la regina meretrix,  la reine putain (autre meretrix, mais celle-là Augusta : Messaline).

* Properce : incesti meretrix regina Canopi la reine putain de Canope la débauchée (III, 11).

* Pline : regina meretrix lautitiam ejus omnem apparatumque obtrectans avec le dédain à la fois hautain et provocant d'une royale putain (Hist. Nat., IX, 58).

* Lucain poursuit Cléopâtre d'une haine violente et verse sur la reine un torrent d'injures. En voici deux : dedecus Aegypti,  le déshonneur de l'Égypte  ; obscena de matre,  [César donna à Julie un frère né d'] une mère débauchée  (Pharsale, X).

* Dion Cassius: t°j ¤keÛnhw Žs¡lgeian, ses moeurs dissolues (XLVIII, 28).

 

* Un jugement moderne de l'Italien Indro Montanelli :

 Pas très belle. mais pleine de sex-appeal, blonde, serpentine, grande maîtresse ès cosmétiques et poudres de riz, une voix mélodieuse qui ne correspondait pas du tout - comme il arrive souvent - à son caractère avide et calculateur, intellectuelle juste autant qu'il le fallait pour entretenir brillamment la conversation, ignorant totalement tout ce qui pouvait ressembler à de la pudeur, elle était exactement ce qu'il fallait pour un coureur de femmes aussi averti que César.

 

* Remarquons que, contrairement à beaucoup de femmes de sa famille, elle n'a pas été surnommée Træfaina ( la jouisseuse ) par les Alexandrins, ce qui serait plutôt un point en sa faveur, et que les nombreux amants qu'on lui prête restent étrangement anonymes. Et puis, quand on sait que la soeur de Clodius  avait été surnommée Quadrantaria (quart de centime) parce qu'un de ses amants avait mis dans une bourse des pièces de bronze en guise d'argent et les lui avait envoyées  (Plutarque, Cicéron, 28), quand on sait qu'Octavien devenu Auguste exilera sa fille Julia et plus tard sa petite-fille pour immoralité et que, selon Suétone (Aug., 65), il répétera ce vers de l'Iliade (III, 40) :

Aày' öfelon Žgamñw t' ¦menai Žgonñw t' Žpol¡syai,

on peut penser que les Romains en accablant Cléopâtre cherchaient aussi à se consoler un peu des moeurs de leurs propres femmes !

 

4.  Ses philtres magiques et ses poisons

Sorcière, magicienne, cette accusation peut faire sourire, et pourtant elle a fourni un thème dominant à la propagande octavienne. Il est vrai que la magie a toujours fait partie des traditions égyptiennes :  La magie en tant que science donnant accès aux lois universelles, est partout présente dans l'univers égyptien où la frontière entre la vie et la mort n'est qu'apparente. [...] La connaissante [Isis] est aussi une magicienne. L'expression grande, riche en magie désigne à la fois la couronne royale, le serpent uraeus dressé au front de Pharaon et plusieurs déesses, dont Isis.  (Christian Jacq)

 

 

2. Marc Antoine

Phrases de Plutarque

Jugements anciens

Coup de foudre et amour fatal

 

1. D'abord quelques phrases de Plutarque, Vie d'Antoine, que vous n'avez pas trouvées dans nos extraits et qui compléteront les textes que vous avez lus :

 

* son Žplñthw

Les Mégariens, jaloux des Athéniens lui montrent avec fierté leur bouleutérion et lui demandent ce qu'il en pense :

Mikròn m¡n, ¦fh, sapròn d¡. (23)

 

* sa violence verbale

`„O d¢ pollŒ m¡n aétoÝw <toÝw bouleutaÝw> ¤jiÆn ¤phr‹sato... (5)

'AntvnÛou... pollŒ eÞpñntow kakŒ Dolob¡llan... (11) [voir Les femmes d'Antoine]

'AntvnÛou toçw oÞvnoçw ¤nanyioèsyai boÇntow... (11)

 

* sa violence physique et ses colères

pròw ôrg¯n ±kroto tÇn ¤ntugxanñtvn... (8)

Foboæmenoi d¢ t¯n =Åmhn toè 'AntvnÛou... (13)

 

* sa popularité

² parŒ tÇn öxlvn dñja (14)

Oé di¡laye d¢ toçw polloçw oéd' ² prñj 'Arx¡laon aétoè teynhkñta filanyrvpÛa... (3)

Respect de ces hommes pour leur chef, leur obéissance accompagnée d'affection : l'esprit qui les portait également tous, connus ou inconnus, officiers ou simples soldats, à préférer l'estime et la faveur d'Antoine à leur salut et à leur sûreté, ne furent jamais dépassés même chez les Romains d'autrefois. Il y avait à cela plusieurs raisons, que nous avons précédemment signalées : la noble naissance d'Antoine, la force de son éloquence, sa simplicité, sa libéralité, sa munificence, l'agrément de sa conversation et de ses plaisanteries.  (43)

 

* son courage

‰Hn oïn aétoè metŒ KaÛsara pleÝstow ¤n tÒ stratop¡dÄ lñgow. (8)

 

* son philhellénisme et sa culture

Envers les Grecs, Antoine ne se montra d'abord ni extravagant ni grossier ; au contraire il se fit un plaisir d'écouter les conférences des lettrés et de regarder les concours et les initiations. Il rendait les jugements avec équité, et il aimait à être appelé ami des Grecs, et, plus encore, ami des Athéniens, dont la ville reçut de lui des dons considérables.  (23)

 

* son goût des plaisirs

il s'était replongé dans sa vie de plaisirs et de débauches dès qu'il avait secoué le joug des affaires.  (21)

Alors qu'Antoine perdait son temps en niaiseries pareilles et s'amusait à de telles gamineries...  (30)

au sein du loisir et de la paix, il retombait dans sa vie habituelle et cédait à ses passions.  (24)

 

* son succès auprès des femmes

Les épouses des rois rivalisant entre elles de présents et de charmes perdaient tout pour lui.  (24)

 

* Plutarque, Vie de Brutus, 18

Les conjurés des Ides de Mars pensent qu'il faut tuer aussi Antoine, à cause de ses tendances monarchiques, de sa violence et de la puissance qu'il s'était acquise par sa familiarité habituelle avec la soldatesque mais Brutus s'y oppose en présentant Antoine comme un homme doué, ambitieux et épris de gloire.

  


2. Voici maintenant quelques jugements tirés d'auteurs grecs et latins:

 

* Cicéron

Quam barbarus, quam rudis !  Quel barbare, quel grossier !  (Phil., III, 15)

 

cum tu illum in foro spectante populo Romano gladio insecutus es negotiumque transegisses, nisi se ille in scalas tabernae librariae coniecisset iisque oppilatis impetum tuum compressisset ? ... le jour où dans le Forum, sous les yeux du peuple romain, tu poursuivais [Clodius] l'épée à la main ; tu lui aurais fait son affaire s'il ne s'était pas jeté dans l'escalier d'une librairie et s'il n'avait pas arrêté ta poursuite en l'obstruant.  (Phil. II, 21)

 

* Florus

Hunc mulier Aegyptia ab ebrio imperatore pretium libidinum Romanum imperium petit; et promisit Antonius Une femme, une Égyptienne, demanda à un impérator ivre pour prix de ses complaisances obscènes l'empire romain, et Antoine le lui promit. (Florus, II, 21)

Antonius varius ingenio  Le caractère instable d'Antoine.  (II, 14).

 

Antonii pessumum ingenium  Le détestable caractère d'Antoine.  (II, 16).

 

immensa vanitas hominis  L'immense vanité de cet homme  (II, 20).

 

fax et turbo sequentis saeculi. Boutefeu et fauteur de troubles du siècle suivant (II, 14).

 

* Velleius Paterculus

M. Antonius omnibus audendis paratissimus  Toujours prêt à toutes les audaces.  (II, 56)

 

Quippe L. Antonius consul, vitiorum fratris sui consors, sed virtutum, quae interdum in illo erant, expers  Lucius Antonius partageait les vices de son frère mais il était dépourvu des qualités dont celui-ci faisait preuve de temps en temps...  (II, 74)

 

cum et Lepido omnes imperatores forent meliores et multis Antonius, dum erat sobrius Tous les généraux étaient supérieurs à Lépide et Antoine à beaucoup de généraux, tant qu'il était à jeun. (II, 63)

 

* Appien

[A Alexandrie] il ne sortait que pour aller dans les temples, les gymnases ou les conférences des lettrés et passait son temps avec les Grecs. (V, 1)

 

et Antoine dans sa colère lança quantité d'injures contre le sénat et Cicéron... (III, 62)

 

Il succombait très vite à l'amour des femmes. (V, 76)

 

* Martial

Par scelus admisit Phariis Antonius armis :

abscidit uoltus ensis uterque sacros.

Illud, laurigeros ageres cum laeta triumphos,

hoc tibi, Roma, caput, cum loquereris, erat.

Antoni tamen est peior quam causa Pothini :

hic facinus domino praestitit, ille sibi.

 Pareils sont le crime qu'a commis Antoine et celui dont s'est souillé le couteau égyptien : dans les deux cas, le fer a abattu une tête sacrée. Cette tête-là était à toi, Rome, lorsque, toute à la joie, tu déroulais tes cortèges triomphaux chargés de lauriers ; et celle-ci était à toi de même, au temps où tu étais éloquente. Cependant Antoine est plus difficile à défendre que Pothin : celui-ci a commis son crime pour obéir à son maître, l'autre n'obéit qu'à lui-même.  (III, 66)

 

* Pline l'Ancien

ne triumviratu suo nimis superbiat Antonius paene histrioni comparatus  qu'Antoine ne soit pas trop fier de son triumvirat, lui qu'on peut comparer à un histrion !  (IX, 59)

certum est [anulum] sestertio vicies tum aestimatum, sed mira Antoni feritas atque luxuria propter gemmam proscribentis (XXXVII, 82)  On est sûr qu’à l’époque [cette bague] a été estimée à deux millions de sesterces, mais surprenantes sont la férocité et le goût du luxe d’Antoine qui a fiat proscrire un homme pour une pierre précieuse .

 

* Lucain

Quis tibi vesani veniam non donet amoris,

Antoni, durum cum Caesaris hauserit ignis

pectus ?

 Qui pourrait ne pas te pardonner, Antoine, ton amour insensé, quand le rude cœur de César a brûlé des mêmes feux ?  (X, 70-71)

 

* Dion Cassius

 Ils s'offrirent mutuellement des banquets, Octavien à la mode militaire et Romaine, Antoine à la mode asiatique et égyptienne (XLVIII, 30)

 

 Tant qu'il jouait un rôle subalterne, et qu'il recherchait un rôle de premier plan, il s'occupait ardemment de ses affaires ; pourtant dès qu'il fut au pouvoir, il s'en désintéressa et ne s'occupa plus de rien, mais il vivait dans le luxe et la débauche avec Cléopâtre et les autres Égyptiens, jusqu'à en être complètement détruit. (XLVIII, 27)

 

sous l'effet du désir et de l'ivresse...  ( XLVIII, 27)

 


Coup de foudre et amour fatal

* Antoine et Cléopâtre, le coup de foudre : C'est là que Cléopâtre, la reine d'Égypte, le rencontra et le domina dès qu'il l'aperçut. (Appien, V, 1)

Alors, tombé amoureux de Cléopâtre qu'il avait vue en Cilicie, il n'eut plus aucun souci de son honneur, devint l'esclave de l'Égyptienne et consacra son temps à sa passion.

 

* Antoine et Cléopâtre, l'amour fatal : le  teleutaÝon kakñn  de Plutarque peut paraître excessif mais il est faible en comparaison de ce qu'écrivent les Romains, ceux que Plutarque pouvait lire et ceux qui ont écrit après lui :

 

Crescente deinde et amoris in Cleopatram incendio et vitiorum, quae semper facultatibus licentiaque et adsentationibus aluntur, magnitudine, bellum patriae inferre constituit Dévoré ensuite par le feu de son amour pour Cléopâtre et le feu de ses vices, le genre de feu que nourrissent toujours le pouvoir allié à la débauche et aux flatteurs, il en vint à porter la guerre contre sa patrie.  (Velleius Paterculus, II, 82)

 

Antonius varius ingenio aut successorem Caesaris indignatur Octavium aut amore Cleopatrae desciscit in regem Avec son caractère instable, Antoine tantôt s'indignait de voir Octavien succéder à César, tantôt pour l'amour de Cléopâtre trahissait Rome pour devenir roi. (Florus, II, 14)

 

Furor Antonii quatenus per ambitum non poterat interire, luxu libidine extinctus est. Quippe cum Parthos exorsus arma in otio ageret, captus amore Cleopatrae quasi bene gestis rebus in regio se sinu reficiebat. [...] Patriae, nominis, togae, fascium oblitus totus in monstrum illud ut mente, ita habitu quoque cultuque desciverat. [...] Ut regina rex et ipse frueretur. La folie furieuse d'Antoine, que l'ambition n'avait pas pu détruire, s'éteignit dans le luxe et la débauche : après l'affaire des Parthes, il prit les armes en horreur et passa son temps dans l'oisiveté, c'est alors que qu'il fut pris par l'amour de Cléopâtre et, comme s'il avait réussi ses entreprises, il trouvait dans ses bras le repos du guerrier. [...] Sa patrie, son nom, sa toge, ses faisceaux, il oublia tout, jusqu'à lui-même, pour ce monstre célèbre. [...] Pour jouir d'une reine devenu roi lui-même.  (Florus, II, 21).)

 

 


3. Plutarque tient-il les promesses de la préface ?

Nous venons de lire le récit d'une vie qu'il ne faut pas imiter ("Oìtvw aéleÝn oé deÝ"), mais en quoi ? quel reproche majeur doit-on adresser à Antoine ? Revoyez les notes que vous avez prises sur la manière dont Plutarque décrit son personnage et demandez-vous si la préface et la sægkrisiw sont cohérentes entre elles. Démétrios ne servirait-il pas de repoussoir à Antoine ?

 

1. Histoire et biographie.

 Plutarque ne dit pas un mot des accords politiques entre la reine et le triumvir : il tient à centrer son sujet sur Antoine et Cléopâtre. C'est ainsi qu'il passe sous silence la mort d'Arsinoé. Mais, écrit-il dans la Vie de Démétrios (4),parallèle à celle d'Antoine,  presque toutes les dynasties <hellénistiques> sont pleines de meurtres d 'enfants, de mères et d'épouses ; quant aux frères, c'est comme les postulats que posent les géomètres, on s'accordait pour y voir une sorte de postulat général posé par les rois pour leur sécurité.  

 

2. Un prétexte pour écrire sur Cléopâtre ?

La question est bien sûr mal posée. Cette biographie est indiscutablement celle d'Antoine. Mais Plutarque termine habituellement ses Vies à la mort de son personnage avec le cas échéant de quelques mots sur sa descendance. Or ici il poursuit son récit sur neuf chapitres consacrés à Cléopâtre. Comme on n'imagine pas de Vie de Cléopâtre dans les Vies parallèles, Antoine a peut-être fourni un prétexte à notre auteur pour parler longuement de la grande reine de la période hellénistique. Si l'on regarde son texte de près, il est facile de constater que ce qu'il reproche à Cléopâtre paraît bien véniel à côté de ce qu'écrivent les gens de son époque.

 

3. Une manière d'aborder la période de la naissance de l'Empire ?

La Vie d'Antoine est la dernière dans l'ordre chronologique de la série des Vies parallèles, ce qui ne signifie pas qu'elle soit la dernière que Plutarque ait composée. On peut s'étonner qu'il ait choisi Antoine plutôt qu' Octavien-Auguste, le fondateur du régime sous lequel vivait notre auteur. Or, non seulement il n'a pas écrit cette biographie, mais il nous fait au fil des pages un portrait peu flatteur du premier empereur. Grec et n'exerçant pas de fonction officielle, Plutarque, contrairement à Tite-Live, Velleius Paterculus et Florus d'une part, à Dion Cassius d'autre part, pouvait exprimer librement son point de vue. Et même s'il éprouve quelques réticences vis-à-vis d'Antoine (mais son admiration n'est jamais sans nuances), ne regrette-t-il pas la défaite finale de ce philhellène ?

 

4. Un ouvrage qui s'inscrit dans l'actualité de l'époque ?

Les Vies parallèles ont été composées en majeure partie sous le règne de Trajan (98-117). Or Trajan ne manque pas de points communs avec Antoine : soldat, grand buveur [...], qui aimait les exercices physiques et la vie des camps, qui aurait volontiers joué les Alexandre [...] une grande expérience, de la bonne volonté, une saine énergie (J.-M. Engel, l'Empire romain, P.U.F.), et tout comme Antoine, Trajan conduit une offensive contre les Parthes en passant par l'Arménie. Plutarque a-t-il été frappé de ces similitudes et a-t-il voulu les souligner pour ses lecteurs ?

 

 

Et en Gaule ?

Un souvenir indirect d'Antoine et Cléopâtre en Gaule...

Les Nîmois savent que les armes de leur ville, où figure le crocodile enchaîné que l'on retrouve sur les monnaies avec l'inscription

AEGYPTO CAPTA

après la conquête de l'Egypte,

rappellent l'installation de vétérans d'Actium et d'Égypte.

les crocodiles de Nîmes

 


Vie d'Antoine: suite