Noctes Gallicanae
Plutarque
Les femmes
d'Antoine
Dès sa jeunesse, Antoine legñmenow êgrñtatow ¤w taèta eÜ
fènai "s'est toujours montré
par nature", nous dit Appien (V, 1), "d'une extrême sensibilité à ce
genre de choses" et il ajoute (V, 8) taxçw În ¤w ¦rvtaw gunaikÇn
qu'il était "par nature très porté sur les femmes". kakÇw ¤pÜ gunaijÜn llotrÛaw ³koue
"il avait mauvaise
réputation", précise Plutarque (Ant. 6), "à cause de sa
conduite avec les femmes d’autrui", ce qui de son temps, il faut bien le
dire, n’avait rien d’exceptionnel dans la haute société romaine.
César lui-même avait donné l’exemple: Pronum et
sumptuosum in libidines fuisse constans opinio est, plurimasque et illustres
feminas corrupisse, in quibus Postumiam Serui Sulpici, Lolliam Auli Gabini,
Tertullam Marci Crassi, etiam Cn. Pompei Muciam. nam certe Pompeio et a
Curionibus patre et filio et a multis exprobratum est, quod cuius causa post
tres liberos exegisset uxorem et quem gemens Aegisthum appellare consuesset "Tout le monde s’accorde à dire qu’il
était porté au plaisir, généreux dans ses amours, et qu’il séduisit un très
grand nombre de femmes d’une illustre naissance, entre autres Postumia,
l’épouse de Servius Sulpicius, Lollia, celle d’Aulus Gabinius, Tertulla, celle
de Marcus Crassus et même Mucia, la femme de Cn. Pompée [qui] ne cessait, en
gémissant, de l’appeler Égisthe." (Suétone, César, 50). Et Dion
Cassius (XLII, 34) le présente comme ¤rvtikÅtatow kaÜ pleÛstaiw kaÜ llaiw ÷saiw pou peritæxoi suegÛgneto "très porté sur l'amour et nouant des liaisons avec un très
grand nombre d'autres femmes: toutes celles qui croisaient son chemin".
Les épouses
Fadia et Antonia
Selon Cicéron (IIe Philippique, 3), Antoine aurait d'abord
été le gendre d'un affranchi, Q. Fadius. Comme on imagine mal l'héritier de la gens Antonia
épousant cette Fadia, il faut conclure à une liaison. D’ailleurs Cicéron
appelle Cythéris (voir ci-dessous) mima uxor ("ton
actrice d’épouse"), or Antoine n'a jamais épousé Cythéris et le mot uxor dans ce
contexte n'est que médisance oratoire.
En fait, Antoine épouse d'abord sa cousine Antonia, fille de C. Antonius
Hybrida, collègue de Cicéron au consulat de 63. Il la répudie en 47 parce qu'il
la soupçonne d'être la maîtresse de Dolabella [voir ci-dessus chapitre 10: L'héritage de César], le gendre de
Cicéron.
Fulvia
Il épouse alors Fulvia, veuve de Clodius en 52, puis en 49 de Curion. Il la
connaissait déjà bien, peut-être même très bien, puisqu'il avait été dans sa
prime jeunesse très proche de Curion, puis de Clodius. Cicéron se réjouit de ce
mariage dans la mesure où, dit-il à Antoine, id
domi tuae est, quod fuit illorum utrique fatale "tu as chez toi ce qui a été fatal aux deux autres." (Phil.,
II, 11)
C’est le genre de Romaine dont Caton disait déjà (Caton, 8): "Tous
les hommes commandent à leurs femmes; quant à nous, tous les hommes nous
obéissent, mais nous obéissons à nos femmes."
Appien (V, 59) la considère comme gunaÛou filoprgmonow,
«une bonne femme qui aime les histoires»; Velleius Paterculus (2, 74) affirme
que Fulvie nihil muliebre praeter corpus gerens,
omnia armis tumultuque miscebat
"elle n’avait rien d’une femme sauf le corps et emplissait tout de guerres
et de troubles"; et Dion Cassius nous dit (XLVIII, 4) que les consuls de
41 étaient ônñmati m¢n ÷
te SerouÛliow õ Poæpliow kaÜ õ AntÅniow õ Loækiow, ¦rgv d¢ oðtow te kaÜ ²
FoulouÛa êpteusan
"en titre P. Servilius et L.
Antonius, en pratique ce dernier et Fulvia" et que m®te t¯n boul¯n m®te tòn d°mon llo
ti par tò ¤keÛnú dokoèn xrhmatÛzein "ni
le sénat ni le peuple ne décidaient quoi que ce fût de contraire à son bon
plaisir".
A cette réputation de femme autoritaire et ambitieuse, les historiens anciens
ajoutent celle d'une femme cupide et cruelle, ainsi Dion Cassius (XLVII, 8): kaÜ ´ ge FoulouÛa polloçw kaÜ aét¯
kaÜ kat' ¦xyran kaÜ di xr®mata, kaÜ ¦stin oîw oéd¢ gignvskom¡nouw êpò toè
ndròw, ¤yantvsen: ¥nòw goèn tinow kefal¯n ÞdÆn eäpen ÷ti "toèton
oék ±pistmhn"
"[pendant les proscriptions
de 42] Fulvia elle-même, pour satisfaire sa haine ou sa cupidité, fut
responsable de la mort de beaucoup de gens, y compris de gens qui étaient
inconnus de son mari. Regardant un jour une tête qu'on lui apportait, elle
s'écria: "Je n'avais jamais vu cet homme!".
Elle meurt en 40 et, le bruit aurait couru, toujours selon Dion Cassius
(XLVIII, 28), qu'elle était morte pròw te tòn t°w Kleoptraw ¦rvta
"du fait de l’amour
d’Antoine pour Cléopâtre", ce qui n’est pas impossible, et
pròw t¯n ¤keÛnhw s¤lgeian
"des moeurs dissolues de
celle-ci", ce qui paraît nettement plus surprenant de la part d’une
Fulvie.
Remarque: la
transcription des noms propres latins par les Grecs du 1er siècle
ap. J.-C. reflète la prononciation courante à leur époque. Ainsi le -v- (ou
-u-) après une liquide -l- ou -r- se prononce -b- dès la fin du 1er siècle
ap. J.-C., ainsi que le prouvent des inscriptions de cette époque où on lit salbus
pour salvus ou serbus pour servus. Ceci nous explique la
transcription FoulbÛa
pour Fulvia, alors que nous verrons Octavia transcrit 'OktaouÛa (mais on lit 'OktabÛa dans certains manuscrits).
Il faut noter toutefois que, sans doute par hypercorrection, Dion Cassius écrit
FoulouÛa.
Octavie
Octavie, xr°ma yaumastòn
gunaikòw genom¡nhn, soeur
aimante, épouse dévouée et fidèle, mère admirable, a su se faire aimer
sincèrement d’Antoine: polçw
gr kaÜ ¤w t®nde ¤rræh
(Appien, V, 76). Elle se dit makarivtthw gunaikñw
(Ant. 35), mais Appien, non sans quelque malice, précise (ibid.) qu’Antoine
¤xeÛmazen ¤n taÝw 'Ay®naiw
met t°w 'OktaouÛaw kay kaÜ ¤n 'AlejandreÛ& met t°w Kleoptraw, "il passa l’hiver à Athènes avec
Octavie comme à Alexandrie avec Cléopâtre". Devenue veuve, elle élèvera
avec ses propres filles les enfants survivants que son mari avait eus de Fulvie
et de Cléopâtre. Voyez la page consacrée à Julia, fille d’Auguste.
On peut sans doute lui appliquer ce portrait en forme d’hommage que fait
Plutarque de Cornelia, la dernière épouse de Pompée (Pompée, 55):
"La jeune femme, en plus de sa beauté, avait bien des charmes: très
cultivée, elle s’entendait à la littérature, à la musique, à la géométrie, et
elle était accoutumée à lire avec fruit les ouvrages des philosophes. A ces qualités
s’ajoutait un caractère exempt de la prétention revêche que ces sortes d’études
donnent aux jeunes femmes..." ou encore ce passage de l’Éloge funèbre
d’une matrone romaine, inscription contemporaine de la mort d’Octavie, 11 av.
J.-C.(lignes 30 à 35): Domestica bona pudicitiae,
opsequi, comitatis, facilitatis, lanificiis tuis adsiduitatis, reli| gionis
sine superstitione, ornatus non conspiciendi, cultus modici cur memorem? Cur
dicam de tuorum cari|tate, familiae pietate, cum aeque matrem meam ac tuos parentes
colueris eamdemque quietem | illi quam tuis curaueris, cetera innumerabilia
habueris communia cum omnibus | matronis dignam famam colentibus? "Tes
qualités domestiques: vertu, docilité, gentillesse, bon caractère, assiduité
aux travaux de la laine, piété sans superstition, discrétion dans la parure,
sobriété dans la toilette, pourquoi les rappeler? Pourquoi parler de ta
tendresse pour les tiens, de ton dévouement à ta famille, quand tu as eu les
mêmes égards pour ma mère que pour tes parents, quand tu lui as assure la même
tranquillité qu’aux tiens, quand tu as eu toutes les autres et innombrables
vertus qu’ont toutes les matrones soucieuses d’une bonne renommée?"
Cléopâtre
Une chose est sûre: Antoine a épousé Cléopâtre (t¯n seautoè gunaÛka, Ant., 84) mais nous ignorons la date de ce mariage (37,
après les retrouvailles d’Antioche? 34, au moment des donations d’Alexandrie?)
et nous en ignorons le fondement légal. Sans doute a-t-il été célébré selon le
droit pharaonique, c’est-à-dire qu’en droit romain, ce mariage était considéré
comme nul.
Pour la biographie de Cléopâtre, voir page
sur l'Égypte
Les maîtresses
Des nombreuses maîtresses attitrées ou éphémères d’Antoine, deux seulement sont
expressément nommées par nos sources anciennes:
Glaphyra
D’abord Glaphyra, reine de Cappadoce: tÒ SisÛnú sun¡prajen ¤w t¯n basileÛan, kal°w oß faneÛshw t¯w
mhtròw toè SisÛnou, Glafæraw, "il
plaça sur le trône Sisinas parce qu’il avait trouvé belle la mère de Sisinas, Glaphyra",
nous dit délicatement Appien (V, 1). Mais Martial (XI, 20) nous a conservé une
épigramme d’Octavien qui s’exprime nettement plus brutalement:
Caesaris Augusti lascivos, livide, versus
sex lege, qui tristis verba latina legis:
"Quod futuit Glaphyram Antonius, hanc mihi poenam
" Fulvia constituit, se quoque uti futuam.
" Fulvia ego ut futuam? quid si me Manius oret
" pedicem? faciam? non puto, si sapiam.
" Aut futue, aut pugnemus, ait. Quid quod mihi vita
" carior est ipsa mentula? Signa canant!"
Absolvis lepidos nimirum, Auguste, libellos,
qui scis Romana simplicitate loqui.
"Jaloux, lis ces six vers
de César Auguste, toi qui lis de mauvais gré les mots latins:
parce qu’Antoine a baisé Glaphyra, voici le châtiment auquel m’a condamné
Fulvia: que je la baise aussi. Que moi je baise Fulvia? Alors si Manius me
demandait de le sodomiser, il faudrait que le fasse? Avec un peu de bon sens,
sûrement pas. Baise-moi ou c’est la guerre, dit-elle. Que faire, puisque plus
qu’à la vie je tiens à ma bite? Sonnez, trompettes!
Toi au moins, Auguste, tu me pardonneras mes opuscules légers, toi qui sais
parler sans détour, à la Romaine."
Cythéris
Cythéris est le nom de théâtre de Volumnia, affranchie d’un certain Volumnius
Eupratelus. KuyhrÛw évoque bien évidemment Cythère, l’île
d’Aphrodite. Voilà qui en dit long, quand on sait que la réputation des
actrices à l’époque était loin d’être irréprochable.
Cythéris devient la maîtresse d'Antoine en 49. Antoine est alors tribun de la
plèbe et chargé par César de veiller sur l'Italie pendant la campagne
d'Espagne. Mais si, à Rome, on était habitué à certaines liaisons, les
municipes d’Italie ne manquaient pas d’être choqués par un tribun de la plèbe
qui s’affichait avec une créature: Vehebatur in
essedo tribunus pl.; lictores laureati antecedebant, inter quos aperta lectica
mima portabatur, quam ex oppidis municipales homines honesti ob viam necessario
prodeuntes non noto illo et mimico nomine, sed Volumniam consalutabant.
Sequebatur raeda cum lenonibus, comites nequissimi; reiecta mater amicam impuri
filii tamquam nurum sequebatur."Il
voyageait dans un char gaulois, le tribun de la plèbe, des licteurs couronnés
de laurier le précédaient, au milieu desquels une actrice de mime était portée
dans une litière découverte, et des hommes honorables, magistrats municipaux,
contraints de sortir des villes pour aller à sa rencontre, la saluaient, en lui
donnant, non pas son nom de théâtre, si connu, mais celui de Volumnia. Suivait
un chariot avec des proxénètes, une escorte de vauriens. Rejetée à l’arrière,
sa mère suivait la maîtresse de ce fils impudique, comme s’il s’agissait de sa
bru ." (Cicéron, Phil., II, 58). La mamma venant après la
starlette, quelle joie pour les paparazzi de l’époque!
En 48, Antoine participe activement à la campagne de Grèce contre Pompée. A son
retour de Pharsale, la belle actrice n'hésite pas à faire la longue route de
Rome à Brindisi pour accueillir son héros: Venisti
Brundisium, in sinum quidem et in complexum tuae mimulae. Quid est? num
mentior? Quam miserum est id negare non posse, quod sit turpissimum confiteri!
Si te municipiorum non pudebat, ne veterani quidem exercitus? Quis enim miles
fuit, qui Brundisii illam non viderit? quis qui nescierit venisse eam tibi tot
dierum viam gratulatum? quis, qui non indoluerit tam sero se, quam nequam
hominem secutus esset, cognoscere? Italiae rursus percursatio eadem comite mima... "Tu
as débarqué à Brindisi, directement dans les bras et l'étreinte de ta
starlette. Comment? Je mens? Il est bien
triste de ne pouvoir nier ce qu'il est si honteux d'avouer! Si tu n'étais pas
gêné devant les gens de municipes, tu aurais quand même pu l'être devant une
armée de vétérans. Quel est donc le soldat qui n'a pas vu cette femme à
Brindisi? Quel est celui qui ne sait pas qu'elle avait fait tant de journées de
route pour toi, pour te féliciter? Quel est celui qui n'a pas regretté de
s'apercevoir si tard qu'il avait suivi un tel voyou? Nouvelle tournée en Italie
avec la même comédienne pour compagne..." (Cicéron, Phil. II, 61).
On peut penser que, contrairement à ce que Cicéron voudrait nous faire croire,
Antoine a dû se tailler un joli succès auprès de ses hommes! Pensons aux
soldats de César qui, lors de son triomphe sur la Gaule chantaient urbani, seruate uxores: moechum calvom adducimus. Aurum in
Gallia effutuisti, hic sumpsisti mutuum.
Citadins, surveillez vos femmes: nous amenons le dragueur chauve. Tu as baisé
en Gaule avec l'or que tu as emprunté ici." (Suétone, César, 51).
Antoine était sincèrement épris de Cythéris [voir chapitre 29, indications complémentaires, gapv],
puisqu’en juin 44, Cicéron l’appelle en privé Hic
autem noster Cytherius "ce
bon vieux Cytherius" (Ad Att., XV, 22) mais il rompt avec elle lorsqu’il
s’achète, officiellement du moins, une conduite en épousant Fulvia.
Mais ce que Cicéron feint plus tard d’avoir oublié, c’est que lui-même, à peu
près à l'époque de cette rupture, n’était pas resté indifférent aux charmes de
la belle actrice, comme en témoigne cette lettre passablement hypocrite de 46 (Ad
Fam., IX, 26):
Accubueram hora nona, cum ad te harum exemplum in
codicillis exaravi. Dices: « ubi? » Apud Volumnium Eutrapelum [...]
Audi reliqua: infra Eutrapelum Cytheris accubuit. [...] Me vero nihil istorum
ne juvenem quidem movit umquam, ne nunc senem. Je viens de m’allonger pour dîner, à la neuvième heure, et je
t’écris sur des tablettes le texte de cette lettre. « Où cela? » diras-tu; chez
Volumnius Eutrapelus; [...] Écoute la suite: à droite d’Eutrapelus s’est
allongée Cythéris. [...] Mais moi, rien de tout cela ne m’a troublé quand
j’étais jeune, à plus forte raison maintenant que je suis vieux."
Dans ce cas, on se demande bien pourquoi il s’empresse d’écrire cette lettre.
Quant à Cythéris, elle a continué à faire battre les coeurs de la bonne société
de Rome. Elle devient en 46 la maîtresse du vertueux Brutus, puis en 44 ou 43,
celle de C. Cornelius Gallus, poète et ami de Virgile. Il faut croire qu'elle
s'attachait à des hommes qu'elle pensait promis à un bel avenir. Pauvre
Cicéron, considéré comme un has been! [voyez aussi Clodia].
Sous le nom de Lycoris, c'est d'elle qu'il est question dans la Xème
Bucolique:
"Galle, quid insanis?, inquit, tua cura
Lycoris
perque nives alium perque horrida castra secuta est." [...]
Hic gelidi fontes, hic mollia prata, Lycori,
hic nemus; hic ipso tecum consumerer aevo.
nunc insanus Amor duri me Martis in armis
tela inter media atque adversos detinet hostis.
tu procul a patria – nec sit mihi credere tantum –
Alpinas, a, dura nives et frigora Rheni
me sine sola vides. A, te ne frigora laedant!
A, tibi ne teneras glacies secet aspera plantas! [...]
omnia vincit Amor, et nos cedamus Amori."
Apollon dit: "Gallus, quelle
est ta folie? dit-il, Lycoris, ton cher souci, en a suivi un autre à travers
les neiges et les camps hérissés. [...] Ici sont de fraîches fontaines, ici de
molles prairies, Lycoris, ici un bocage: ici avec toi je consumerais mes jours.
Mais maintenant un amour insensé me retient sous les armes du cruel Mars au
milieu des traits et des coups de l'ennemi. Loin de la patrie (puissé-je ne pas
le croire!) ah! cruelle que tu es, tu vois seule et sans moi, les neiges des Alpes
et les frimas du Rhin! Ah ! puissent ces frimas ne point te faire de mal!
puissent les âpres glaçons ne point couper tes pieds délicats! [...] L'Amour
triomphe de tout; nous aussi, cédons à l'Amour!"
Gallus devint plus tard le premier gouverneur de l'Égypte devenue province
romaine. On ignore s'il avait renoué avec Cythéris-Lycoris, mais un vers de l'Art
d'aimer d'Ovide permet de l'imaginer:
Vesper et Eoae nouere Lycorida terrae
"L'Occident et les terres de
l'Orient ont connu (ou connaissent le nom de) Lycoris."
On sait que Gallus a perdu en Égypte le sens de la mesure et que dans son
orgueil il a dû se prendre pour le successeur des Ptolémées. Pour éviter une
condamnation infamante, il a préféré se suicider.
Quel a été le destin de Cythéris? Si elle a suivi Gallus, elle a sans doute été
entraînée dans sa perte. Si elle est restée avec son officier des armées de
Germanie, on peut imaginer une rapide déchéance, comme celle de la plupart des
courtisanes vieillissantes de l'antiquité. Lena, "maquerelle", au mieux, fille à
soldats et mendiante au pire. Quoi qu'il en soit, elle disparaît de l'histoire
vers 38.