Noctes Gallicanae
Ploutrxou toè Xairvn¡vw
BÛow AntvnÛou
Sesterce, drachme,
talent et euro
Les auteurs grecs (Plutarque, Dion Cassius,
etc.) convertissent systématiquement les sommes qu'ils indiquent en monnaie
grecque.
² draxm®, la drachme, correspond au denier (denarius) romain, c'est-à-dire à 4 sesterces ou 16 as.
On convertit traditionnellement les sommes
antiques en francs-or ; mais l'or n'est plus un étalon monétaire et le franc-or
ne parle plus à notre imagination.
Par ailleurs, les auteurs anciens n'indiquent
le plus souvent que des sommes exceptionnelles, sans rapport avec la vie
courante, un peu comme chez nous le prix d'un Van Gogh ou le déficit de la
Sécurité sociale. Lorsque Plutarque nous dit que chez Lucullus un dîner dans la salle à manger dite d'Apollon coûtait
normalement cinquante mille drachmes (Lucullus, 41) ou encore que
Crassus, faisant l'inventaire de sa fortune avant son expédition chez les
Parthes (Crassus, 2), arrive à une estimation
de sept mille cent talents environ (170 400 000 sesterces), il s'agit
bien sûr de nombres extraordinaires. Dion Cassius de son côté affirme que
Narcisse, l’affranchi de Claude, possédait 400 millions de sesterces ; que
Sénèque en possédait 300 millions (75 000 000 € ou 491 967 750,00
FF !), mais c’était un siècle après Crassus et l’inflation avait joué.
Il
est impossible de calculer une équivalence exacte : la consommation et le
rapport entre les prix et les salaires en 2004 n’ont plus rien de commun avec
l’époque romaine ou plus exactement les époques romaines.
Pour nous faire une idée très
approximative des sommes indiquées dans les pièces de Plaute (vers ~250) :
le cuisinier de l’Aulularia gagne 1 X
par jour, ce qui lui permet à peine, dit-il, de payer une consultation
médicale. Admettons l’équivalence 1 X Û 20 € …
1 denier ®
20 €
1
sesterce ® 5 €
1 as ®
2 €
1 semis ® 1 €
1 mine ® 2000 €
1 talent ® 120000 €
Pour le plaisir de la lecture, il est possible
d'estimer la drachme (ou le denier) du 1er
siècle après J.-C. à 4 € environ (25 francs 1999).
1 aureus ® 100 €
1 denier ® 4 €
1 sesterce ® 1 €
1 as ® 0,25 €
1 semis ® 0,15 €
1 talent ® 24000 €
Bien sûr, je ne garantis rien, sinon le caractère très
très très
approximatif de cette estimation !
Ainsi le legs de 75 drachmes de César à chaque
Romain représenterait 300 € (2000 francs) ; mais quel était le salaire moyen
d'un artisan romain ? Un boulanger de campagne était payé au maximum 50 deniers
par jour en 301 après Jésus-Christ... trois siècles d'inflation souvent
galopante, on peut donc imaginer que son ancêtre ne gagnait que quelques
sesterces au temps d'Antoine. On sait qu'un légionnaire touchait de 2 à 4
sesterces par jour (nourriture et entretien à déduire). Appien (IV, 100) dit
que Cassius au moment de marcher sur Philippes fait distribuer 1500 draxmw 'Italikw à chaque soldat, qu'avant la bataille Brutus
promet 1000 drachmes par homme (IV, 118) alors que les triumvirs en promettent
5000 (ibid. et Ant. 23) : on comprend mieux leur besoin
d'argent [voir chapitre 24: Dionysos]. Ajoutons
que la somme promise par Ptolémée Aulète à Gabinius et Antoine, dix mille
talents, correspondrait à 240 000 000 € (15 750 000 000
F).
Les graffiti de Pompéi (à l'époque de
Plutarque) nous apprennent qu'un setier (1/2 litre) de vin et un pain dans une popina ou yermopvleÝon
coûtaient 1 as, une soupe 2 as et une fille au lupanar de 2 à 8 as.
Je traduis ci-dessous un document du
Römisch-Germanisches Museum Köln :
[le document n’indique pas ses sources]
un
légionnaire gagne de 900 à 1200 sesterces par an [selon Tacite, 900 HS
en 14 ap. J.-C.]
un
prétorien gagne 1500 sesterces par an [selon Tacite, 2920 HS en 14 ap.
J.-C.]
un
paysan gagne de 480 à 820 sesterces par an
un
travailleur manuel gagne de 1200 à 2000 sesterces par an
un
médecin gagne jusqu’à 24000 sesterces par an
un
auteur à succès gagne jusqu’à 100000 sesterces par an
un
sénateur doit posséder 1000 000 de sesterces (250 000 € ou 1 639 892,50 F)
un
chevalier doit posséder 400 000 sesterces (100 000 € ou
655 957,00 F)
Le budget d’une famille peut aller de 480 à
720 sesterces
l’impôt
d’un « bourgeois » romain se monte à 8 sesterces (8 € !!!)
une
paire de chaussures coûte environ 8 sesterces
un
porc coûte environ 240 sesterces
un
âne ou un mulet coûte de 400 à 800 sesterces environ
un(e)
esclave domestique coûte de 800 à 2000 sesterces environ
une
esclave de luxe « particulièrement jolie » coûte environ 4000
sesterces
un
manteau coûte environ 100 sesterces [voir prêteurs
sur gages]
une
toge de qualité ou un uniforme d’officier coûte de 200 à 300 sesterces environ
le
loyer annuel d’un appartement « de standing » coûte environ 6000
sesterces
À la mort d’Auguste, en 14 ap. J.-C., les
légions de Germanie se révoltent :
Denis in diem assibus animam et
corpus aestimari : hinc vestem arma tentoria, hinc saevitiam centurionum
et vacationes munerum redimi. at hercule verbera et vulnera, duram hiemem,
exercitas aestates, bellum atrox, aut sterilem pacem sempiterna. nec aliud
levamentum quam si certis sub legibus militia iniretur, ut singulos denarios
mererent, sextus decumus stipendii annus finem adferret, ne ultra sub vexillis
tenerentur, sed isdem in castris praemium pecunia solveretur.
An praetorias cohortis, quae binos
denarios acceperint, quae post sedecim annos penatibus suis reddantur, plus
periculorum suscipere ?
« On estimait
[disaient-ils] leur âme et leur corps à dix as par
jour, moins les
armes, les vêtements et les tentes, moins les pots de vin pour échapper à la
cruauté des centurions et se faire exempter de corvée. Mais, par Hercule,
blessures et coups, rigueur de l’hiver, fatigues de l’été, horreur de la guerre
ou ennui de la paix, tout cela n’avait pas de fin. Le seul remède serait que le
service militaire soit régi par des règles bien définies : qu’ils touchent
une solde d’un denier par jour, que le congé soit acquis au
bout de la seizième année, qu’il ne soient pas retenus au-delà sous les
drapeaux mais qu’ils touchent leur prime de démobilisation dans le camp même.
Les cohortes prétoriennes, qui touchaient deux deniers par jour, qui étaient rendues à leurs foyers au bout de seize ans de service, couraient-elles plus de dangers ? » (Tacite, Annales, I, 17)
Sextans, ntis, m : le sextant 1/6 as
Quadrans, ntis, m : le quadrans ¼ as.
Semis, issis, m : le demi-as.
As, assis, m (bronze) l’as. Abréviation : A.
perdere omnia ad assem :
« perdre jusqu’au dernier sou » ;
assis facere (aestimare) :
« ne pas faire cas de »
[Dipundius (dupondius) :
somme de deux as.]
Sestertius, ii, m : le sesterce (bronze ou argent)
2½ puis 4 as. L’abréviation HS pour
le sesterce provient de IIS : unus et unus et semis.
Denarius : denier (argent) 4 sesterces.
Abréviation : X.
Aureus : 25 deniers ou 100 sesterces (or).
Sestertia, orum, n. pl. : mille
sesterces ([milia]
sestertium : ancien génitif
pluriel, le nombre de milliers étant sous-entendu).
Solidus, i, m : mille sesterces.
Sestertium, ii, n : cent mille sesterces. Centena milia, « cent mille » se sous-entend mais
sestertium reste toujours au singulier : cent mille
sesterces.
Decie(n)s [sestertium] : un million de sesterces (10 x
100 000).
Centie(n)s [sestertium] : dix millions de sesterces (cent
fois...).
Milie(n)s [sestertium] : cent millions de sesterces.
syngrapha sestertii centiens : « une
obligation de dix millions de sesterces. ».
Cicéron, Philippiques, II, 95.
õ ôbolñw :
1/6 de la drachme (72 cg)
² draxm® la
drachme : « mÛan
draxm¯n oéx ¦xein » n’avoir
pas un sou vaillant. (Plutarque, M.,
1058c.).
² mn la
mine : 100 drachmes.
tñ tlanton le
talent : 6000 drachmes, soit 24 000 X. La valeur monétaire du
talent, défini comme valant 60 mines-poids (c’est-à-dire environ 26 kg) d’argent
ou d’or, a varié selon les lieux et les époques.
La
mine et le talent sont des unités comptables.