Noctes Gallicanae

Pompéi

 

Inscriptions métriques grecques

 

 

Les Pompéiens connaissaient bien les poètes latins, ils connaissaient aussi les poètes grecs.

 


La pièce qui se trouve au fond du péristyle de la maison 5, 1, 18 (via Stabiana, près de la maison de L. Caecilius Jucundus le banquier) est décorée de peintures murales du 2ème style, ce qui permet de les dater de la fin du Ier siècle av. J.-C.

 

Les inscriptions très mutilées qui commentent ces fresques ont été exécutées à la peinture blanche.

 

Du côté gauche de la pièce, Éros lutte avec Pan, sous le regard d’Aphrodite-Vénus :

 

„O yrasç[w] Žny¡staken …Ervw tÒ [PanÜ palaÛvn]

X Kæpriw ÈdÛnei tÛw tÛna prÇtow ¥leÝ

[ƒI]sxuròw m¢n õ PŒn kaÜ karterñw. ŽllŒ [p]anoèrgow

[õ p]tanñw kaÜ …Ervw oàxetai dænamiw

CIL 4, 3407a

Le hardi Éros rivalise à la lutte avec Pan.

Et Cypris se demande lequel saisira l’autre le premier.

D’un côté Pan est vigoureux et solide.

Mais Éros avec ses ailes est habile lui aussi. La force l’habite.

 

Ce distique ne se trouve pas dans l’Anthologie que nous connaissons, ce qui ne prouve pas qu’il s’agisse d’une composition originale.

 

Sur le mur qui fait face à l’entrée, un tableau représente un chasseur, un pêcheur et un oiseleur qui consacrent des filets à Pan.

 

oß trissoÛ toi taèta tŒ dÛktua y°kan ÷maimoi

Žgrñta P‹n, llhw llow Žpƒ: ŽgresÛhw

Ïn Žpò m¢n ptanÇn pÛgrhw t‹de taèta d¢ Dmiw

tetrapñdvn. Kl¡itvr dƒ: õ trÛtow eÞnalÛvn

ƒanyƒ: Ïn tÒ m¢n p¡mpe diƒ: ±¡row eëstoxon grhn

tÒ d¢ diŒ drumÇn tÒ d¢ diƒ: ±iñnvn.

CIL 4, 3407b

Les trois frères t’ont consacré ces filets, pris

chasseur Pan, par chacun à son genre de chasse :

Pigrès, ceux-ci pour les oiseaux ; Damis, ceux-là

pour les quadrupèdes ; Cleitor, pour le peuple de la mer.

Envoie-leur en échange une bonne chasse, à l’un par les airs,

au second par les bois, à l’autre par les grèves.

 

J’ai mis en vert foncé gras les seules lettres qui subsistaient et qui ont permis à l’érudit Dilthey en 1876 de reconnaître une épigramme de Léonidas de Tarente, 3ème s. av. J.-C. (Anthologie palatine, VI, 13 ; Anthologie de Planude, VI, 94).

 

 

Sur le même mur, un bouc destiné au sacrifice broute une vigne.

 

KANMEFAGH%POTIRIZANOMV%

ETIKARPOFORH%V O%%ON. . .I%PEI%AI

%OI TRAGE YUOMEN%

 

Kn me f‹gúw potÜ =Ûzan ÷mvw ¦ti karpofor®sv

÷sson ¤pispeÝsai soÛ tr‹ge yuom¡nÄ

CIL 4, 3407c

Même si tu me manges jusqu’à la racine, je porterai pourtant encore assez de fruits

pour te fournir une libation, ô bouc, au moment de ton sacrifice.

fresque de Pompéi

L’épigramme est d’Evenus d’Ascalon, Anth. Pal., IX, 75.

 

Ces vers nous ont été également transmis par Suétone, Domitien, 14 :

Quare pavidus semper atque anxius, minimis etiam suspicionibus praeter modum commovebatur ; ut edicti de excidendis vineis propositi gratiam faceret, non alia magis re compulsus creditur, quam quod sparsi libelli cum his versibus erant :

Kn me f‹gúw ¤pÜ =Ûzan ÷mvw ¦ti karpofor®sv

÷sson ¤pispeÝsai soÛ tr‹ge yuom¡nÄ

C’est pourquoi [Domitien] était toujours en proie à la peur et à l’inquiétude, qu’il était bouleversé au-delà de toute mesure même par un très léger soupçon : rien, pense-t-on, ne l’a davantage poussé à révoquer son édit sur l’arrachage des vignes que la diffusion de tracts sur lesquels figuraient ces vers

Même si tu me manges jusqu’à la racine, je porterai pourtant encore assez de fruits pour te fournir une libation, ô bouc, au moment de ton sacrifice.

(on remarque la leçon ¤pÛ au lieu de potÛ.)

 

fresque d’Herculanum

Le même thème, sinon les mêmes mots se retrouvent dans les Fastes d’Ovide, I, vers 353 à 360 :

sus dederat poenas : exemplo territus huius

    palmite debueras abstinuisse, caper.

quem spectans aliquis dentes in vite prementem,

    talia non tacito dicta dolore dedit :

« rode, caper, vitem : tamen hinc, cum stabis ad aram,

    in tua quod spargi cornua possit erit. »

verba fides sequitur : noxae tibi deditus hostis

    spargitur adfuso cornua, Bacche, mero.

Le porc avait subi son châtiment : effrayé par son exemple, tu aurais dû ne pas goûter au sarment, bouc. Te voyant porter les dents sur la vigne, voici les paroles qu’il t’adressa dans l’expression de sa douleur : « Déchire la vigne, bouc ! on n’en tirera pas moins, quand tu te trouveras devant l’autel, de quoi arroser tes cornes. » La promesse vient tout de suite après les mots : la victime, qu’on t’offre, Bacchus, pour qu’elle expie, a les cornes arrosées d’une libation de vin pur.


 

Dans la via Holconii, une boutique (n°7) affichait fièrement en grandes lettres rouges sur fond blanc une inscription propitiatoire (conservée au musée de naples) :

 

. . .ADAI

KATOIKEI

MHDENEI

%EIAITV

KAKOM

OTOUDIO%

 

PAI%KALLI

 

NEIKO%HRAKLH%

 

 

õ toè Diòw paÝw kallÛneikow „Hrakl°w

¤ny‹dai  katoikeÝ mhd¢n eÞseiaÛtv kakñm

CIL 4, 733

Le fils de Zeus, Héraclès le glorieux vainqueur,

habite ici ; que rien n’y entre de mauvais.

 

¤ny‹dai = ¤ny‹de ; eÞseiaÛtv kakñm = eÞsi‹tv kakñn

Ce distique était connu lui aussi : Diogène Laerce et d’autres auteurs le citent (mais je ne dispose pas de leurs textes) ; il se retrouve en latin cette fois mais mutilé sur une mosaïque :

. . . HIC HABITAT

NIHIL INTERET MALI

 

Enfin, l’empereur Commode (180-192) a brodé sur le même thème (Dion Cassius, fragments du livre LXXIII, 22) :

 

KaÜ gŒr toè kolossoè t¯n kefal¯n ŽpotemÆn kaÜ ¥t¡ran ¥autoè ŽntiyeÜw kaÜ =ñpalon doçw l¡ont‹ t¡ tina xalkoèn êpoyeÜw Éw „HrakleÝ ¤oik¡nai, ¤p¡grace pròw toÝw dhlvyeÝsin aétoè ¤pvnæmoiw kaÜ toèto, prvtñpalow sekoutñrvn Žristeròw mñnow nik®saw dvdek‹kiw oämai xilÛouw.

Un autre abréviateur précise :

[toètƒ] ¦gracen Loækiow Kñmodow „Hrakl°w ¤fƒ Ú tò ferñmenon ¤pÛgramma g¡gonen ÷ti

õ toè Diòw paÝw kallÛneikow „Hrakl°w

oëk eÞmi Loækiow Žllƒ Žnagk‹zousÛ me

Il fit couper la tête du Colosse et la fit remplacer par une autre à son effigie ; il le munit d’une massue et plaça à ses pieds un lion de bronze, afin qu’il ressemblât à Hercule. Il fit inscrire, outre les titres que j’ai déjà énumérés, ceci : le tout premier des secutores, le seul gaucher à avoir vaincu douze fois (je cite ce nombre de mémoire) un millier d’hommes.

Ceci fut inscrit par Lucius Commode Hercule, sur quoi il ajouta la célèbre épigramme :

Fils de Zeus, Héraclès le glorieux vainqueur,

Je ne suis pas Lucius, mais on me force à porter ce nom.

 

 


Inscription de la villa d’Ariane à Stabies

 eà tiw kalòw genñmenow

 oék ¦dvke pugÛsai ¤kÝnow kal°w

 ¤rasyeÜw m¯ tæxoi bein®ma-

 tow  

Un garçon à qui la nature a donné la beauté

et qui ne donne pas ses fesses au plaisir d’autrui,

puisse-t-il quand il sera tombé amoureux d’une jolie fille n’arriver jamais

à baiser !

 


 

 

Epigraphie : sommaire

 

© Alain Canu