Cn. Pompeius Magnus, " Pompée "

 

Né en 106 av. J.-C., d'une famille plébéienne très riche et appartenant à la noblesse, se fait connaître à vingt-trois ans en fournissant à Sylla, retour d'Asie, une armée entièrement levée à ses frais sur ses domaines. Sylla abandonne à Pompée, devenu son lieutenant, le soin de guerroyer contre les partisans de Marius en Sicile et en Afrique.

 

« Triumphet »

Plutarque, Vie de Pompée, 14.

Sylla ajouta qu'il ne lui permettrait pas de triompher, qu'il s'y opposerait et qu'il réprimerait son ambition, s'il désobéissait. Mais Pompée ne se laissa pas intimider. Il pria Sylla d'observer que le soleil levant a plus d'adorateurs que le soleil couchant, voulant ainsi lui donner à entendre que sa puissance à lui grandissait tandis que celle de Sylla diminuait et déclinait. Sylla, sur le moment, ne saisit pas ce propos, mais, voyant à l'attitude et à la physionomie de ceux qui l'avaient entendu, qu'il les avait plongés dans l'étonnement, il leur demanda de le lui répéter. Quand il sut ce que Pompée avait dit, Sylla, stupéfait d'une telle audace, cria deux fois de suite : Qu'il triomphe !

 

Pompée est de ceux qui contraignent Sylla à l'abdication. En 70, il procède avec son collègue au consulat Crassus à l'abolition des lois de Sylla. Les meilleurs commandements lui reviennent : guerre contre Sertorius en Espagne, guerre contre les pirates de la Méditerranée orientale, etc. Il arrive au bon moment partout, pour terminer avec beaucoup d'honneurs des entreprises que d'autres ont commencées avec beaucoup de difficultés.

 

Gendre de César

Plutarque, Vie de Pompée, 47.

A la stupéfaction générale, il épousa Julia, la fille de César, qui avait été promise à Caepio, qui devait la prendre en mariage quelques jours plus tard ; pour calmer ]a colère de Caepio, Pompée lui donna sa propre fille, auparavant fiancée à Faustus, fils de Sylla. Quant à César, il épousa Calpurnia, fille de Pison. [...]

Plutarque, Vie de Pompée, 48.

Mais bientôt lui-même se laissa aussi amollir par son amour pour sa jeune femme, ne s'occupant que d'elle et passant avec elle des jours entiers à la campagne ou dans ses jardins, sans s'inquiéter de ce qui pouvait arriver au Forum, en sorte que Clodius, alors tribun du peuple, en conçut pour lui du mépris et se porta aux pires insolences.

Plutarque, Vie de Pompée, 46.

Repoussé et tenu à l'écart, Pompée fut alors contraint de recourir aux tribuns de la plèbe et de s'acoquiner à des jeunes gens, dont le plus odieux et le plus insolent, Clodius, s'empara de lui pour le livrer au peuple. Sans égard pour sa dignité, il le poussait à traîner sans cesse au Forum et il l'y promenait, l'employant comme garant des propositions écrites ou verbales qu'il faisait en vue de complaire au peuple et de le flatter. Il exigea même de Pompée un salaire (comme s'il l'obligeait, alors qu'il le déshonorait), et il l'obtint plus tard en l'amenant à abandonner Cicéron, qui était l'ami de Pompée et qui l'avait maintes fois soutenu dans sa carrière politique. Cicéron, se voyant en danger lui demanda de venir à son secours, mais Pompée ne se montra pas, il ferma même sa porte à ceux qui venaient le trouver, puis s'éclipsa par une autre issue. Cicéron, craignant d'être condamné, quitta Rome secrètement.

Plutarque, Vie de Pompée, 53.

Admiré et aimé pour ces largesses, il encourut de nouveau une impopularité qui ne fut pas moindre, parce que, abandonnant ses armées et ses provinces à des légats qui étaient de ses amis, il restait lui-même en Italie, et, se rendant d'une de ses villas de plaisance à une autre, y passait son temps auprès de sa femme, soit qu'il fût amoureux d'elle, soit que, la voyant éprise de lui, il ne pût se résoudre à la quitter ; car c'est aussi ce que l'on dit. Et l'on parlait beaucoup de l'amour de la jeune femme pour son mari qu'elle chérissait en dépit de l'âge de celui-ci. La cause semble en avoir été la fidélité de Pompée, qui ne voulait connaître que son épouse, et sa gravité qui n'avait rien d'ennuyeux et se prêtait à des relations pleines de charme et très attrayantes pour les femmes, s'il faut en croire le témoignage de la courtisane Flora.

En tout cas, lorsque, à l'occasion de l'élection des édiles, on en vint aux mains et que, plusieurs personnes ayant été tuées autour de lui, Pompée, tout couvert de sang, dut changer de vêtements, les serviteurs qui rapportaient ses habits arrivèrent en courant et bouleversés à sa maison, où sa jeune femme, qui était enceinte, en voyant la toge ensanglantée, s'évanouit ; elle se remit à grand-peine, mais ce trouble et cette commotion la firent avorter. Dès lors, même ceux qui blâmaient le plus l'amitié de Pompée pour César cessèrent de lui reprocher son amour pour sa femme. Enceinte à nouveau, elle mit au monde une fille, mais elle mourut à la suite de cet accouchement, et l'enfant ne lui survécut que peu de jours. [...] Aussitôt après, la ville fut en effervescence, et toutes les affaires furent troublées et agitées par des bruits de rupture, puisque l'alliance de famille, qui jusque-là couvrait, plutôt qu'elle ne la refrénait, l'ambition des deux hommes, avait disparu. Un peu plus tard on annonça que Crassus avait péri chez les Parthes, et le grand obstacle qui empêchait la guerre civile d'éclater se trouva ainsi supprimé ; car, comme ils le craignaient tous deux, ils s'en tenaient plus ou moins strictement à leurs conventions.

 

Un orgueilleux :

Velleius Paterculus, Historiae Romanae, II, 33.

Nam neque Pompeius, ut primum ad rem publicam adgressus est, quemquam omnino parem tulit, et in quibus rebus primus esse debebat, solus esse cupiebat (neque eo viro quisquam aut alia omnia minus aut gloriam magis concupiit, in adpetendis honoribus inmodicus, in gerendis verecundissimus, ut qui eos ut libentissime iniret, ita finiret aequo animo, et quod cupisset, arbitrio suo sumeret, alieno deponeret).

 

La popularité de Pompée est énorme entre 70 et 60. Mais il hésite à prendre le pouvoir et préfère s'associer secrètement avec Crassus et César pour dominer la République : c'est le premier Triumvirat (60).

 

Les grands noms de la République