Noctes
Gallicanae
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Abrégé d'Histoire romaine |
Agrippine la Jeune
fille de Germanicus
mère de Néron
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Ti Claudius Nero ? - ~33 |
Livia Drusilla ~58 - 29 |
Marc Antoine ~84 - ~30 |
Octavie ~69 ? - ~9 |
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Auguste ~63 - 14 |
Scribonia ? – 16 ? |
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D Claudius Drusus ~39 - ~9 |
Antonia Minor ~37 – 40 ? |
M Agrippa ~64 - ~12 |
Julia ~39 - 14 |
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Germanicus ~15 - 19 |
Agrippine ~14 - 33 |
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Agrippine 15-59 |
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IVLIAE GERMANICI FILIAE
Les enfants de
Germanicus et Agrippine
Habuit in matrimonio
Agrippinam, M. Agrippae et Iuliae filiam, et ex ea novem liberos tulit :
quorum duo infantes adhuc rapti, unus iam puerascens insigni festivitate, cuius
effigiem habitu Cupidinis in aede Capitolinae Veneris Livia dedicavit, Augustus
in cubiculo suo positam, quotiensque introiret, exosculabatur ; ceteri
superstites patri fuerunt, tres sexus feminini, Agrippina Drusilla Livilla,
continuo triennio natae ; totidem mares, Nero et Drusus et C. Caesar.
Neronem et Drusum senatus Tiberio criminante hostes iudicavit.
[Germanicus] reçut en mariage Agrippine, fille de M. Agrippa et
de Julia. Elle lui donna neuf enfants. Il en perdit deux encore tout petits, un
autre déjà garçonnet, d’une remarquable gentillesse. Livie fit consacrer un
portrait de lui figuré en Amour dans le temple de Vénus Capitoline, Auguste en
plaça un dans sa chambre à coucher et ne manquait pas de lui donner un baiser
quand il y entrait. Les autres survécurent à leur père : trois filles,
Agrippine, Drusilla et Livilla, nées à un an d’intervalle ; trois garçons,
Nero, Drusus et Gaius César. Néron et Drusus furent déclarés ennemis publics
par le sénat sur accusation de Tibère.
(Suétone, Caligula, 7).
Tibère marie Drusilla
et Livilla (en 33)
Ser. Galba
L. Sulla consulibus diu quaesito quos neptibus suis maritos destinaret Caesar,
postquam instabat virginum aetas, L. Cassium, M. Vinicium legit. Vinicio
oppidanum genus: Calibus ortus, patre atque avo consularibus, cetera equestri
familia erat, mitis ingenio et comptae facundiae. Cassius plebeii Romae
generis, verum antiqui honoratique, et severa patris disciplina eductus
facilitate saepius quam industria commendabatur. Huic Drusillam, Vinicio Iuliam
Germanico genitas coniungit superque ea re senatui scribit levi cum honore
iuvenum.
Sous le consulat de Servius Galba et de Lucius Sulla (en 33),
après avoir longtemps hésité sur le choix des maris de ses petites-filles,
César (Tibère), pressé par l’âge des jeunes filles, choisit Lucius Cassius et
Marcus Vinicius. Vinicius était d’origine provinciale : issu de Calès (en
Campanie), son père et son grand-père avaient été consuls, le reste de sa
famille appartenait à l’ordre équestre. Il avait un caractère doux et parlait
avec élégance. Cassius était issu d’une famille plébéienne de Rome, mais
ancienne et estimée. Élevé par son père sous une stricte discipline, il se
recommandait davantage par son aisance que par son activité. Ainsi sont mariées
les filles de Germanicus : Drusilla à ce dernier, Julia (Livilla) à
Vinicius. Tibère en informe le sénat par lettre avec un bref éloge des jeunes
gens. (Tacite, Annales, 6, 15)
L. Cassius Longinus avait
été consul en 30.
Caligula et ses sœurs
... honneurs...
Envers sa mère, ses sœurs et sa grand-mère Antonia, il se conduisit
la plupart du temps aussi respectueusement que possible… Il donna à ses sœurs
les privilèges des Vestales, une place dans sa propre loge pour assister près
de lui aux courses de chevaux. Il décréta qu’elles seraient associées aux
prières annuelles qui étaient célébrées par les magistrats et les prêtres pour
son salut et celui de l’État, et que les serments que l’on prêtait sur son
règne seraient prononcés également en leur nom. (Dion Cassius, LIX, 3). On jurait qu’on
tiendrait en plus grand honneur Caligula et ses sœurs que soi-même et ses
propres enfants. (Dion Cassius, LIX, 9).
En 37, Caligula donna aussi à ses sœurs les
privilèges des vierges Vestales, y compris celui d’assister aux courses avec
lui dans la loge impériale. (Dion Cassius, LIX, 6)
... et déshonneur ...
Il prétendait être Jupiter (incarné) et il en tirait prétexte
pour coucher avec de nombreuses femmes et tout particulièrement avec ses sœurs. (Dion Cassius, LIX, 26).
Cum omnibus
sororibus suis consuetudinem stupri fecit plenoque convivio singulas infra se
vicissim conlocabat uxore supra cubante.
Il eut régulièrement des relations incestueuses avec toutes ses
sœurs, et devant tous les convives, ils les faisait placer tour à tour près de
lui à la place d’honneur, alors que son épouse occupait la seconde place. (Suétone, Caligula, 24).
Reliquas
sorores nec cupiditate tanta nec dignatione [quanta Drusillam] dilexit, ut quas
saepe exoletis suis prostraverit.
Son amour pour ses autres soeurs (Agrippine et Livilla) ne
s'accompagna ni d'une passion ni d’égards comparables, puisqu'il les prostitua
souvent à ses mignons. (Suétone, Caligula,
24).
NERVNI KAI
DROUSV KAI AGRIPPINA
KAI DROUSILLA
NEA AFRODITA
TOIS KASIGNHTOIS[I]
TV AUTOKRATOROS
GAIV KAISAROS
ILS 8789
(inscription de Mytilène)
A Néron, à Drusus, à Agrippine et à Drusilla,
la nouvelle Aphrodite, les frères et soeurs de l’empereur Gaius César.
Iulia Agrippina
Agrippine
est née au début de l’année 15 en Germanie.
Suétone
(Caligula, 8) cite une lettre d’Auguste à Agrippine l’Aînée :
Puerum Gaium
XV Kal. Iun. si dii volent, ut ducerent Talarius et Asillius, heri cum iis
constitui. Mitto praeterea cum eo ex servis meis medicum, quem scripsi
Germanico si vellet ut retineret. Valebis, mea Agrippina, et dabis operam ut
valens pervenias ad Germanicum tuum.
J’ai décidé hier avec eux que, si les dieux le veulent, Talarius
et Asillius conduiront (auprès de toi) le petit Gaius le 15ème jour
des calendes de juin (18 mai). Je t’envoie en même temps qu’eux un médecin
choisi parmi mes esclaves et j’écris à Germanicus qu’il peut le garder s’il le
souhaite. Porte-toi bien, ma chère Agrippine, et tâche de parvenir en bonne
santé auprès de ton Germanicus.
En
admettant qu’Agrippine se soit mise en route fin mai et en comptant un mois de
voyage, elle a rejoint Germanicus début juillet. Ce qui situe la naissance
d’Agrippine la Jeune fin mars 15.
On se
souvient qu’Agrippine, enceinte, avait dû quitter « l’Autel des
Ubiens » (Cologne), accompagnée du petit Gaius (le futur Caligula) pour
trouver refuge à Trèves devant les mutineries qui ont accueilli l’annonce de
l’accession de Tibère au pouvoir.
Lorsque
Germanicus reprend la situation en mains, les soldats le supplient « de
rappeler son épouse », mais
reditum
Agrippinae excusavit ob inminentem partum et hiemem, venturum filium : il s’opposa au
retour d’Agrippine en raison de la proximité de l’accouchement et de l’hiver,
mais annonça que son fils allait revenir. (Tacite, Annales, I,
44).
En
fait, soit Agrippine n’était pas allée bien loin (pour autant qu’elle se soit
vraiment mise en route), soit elle a réussi à revenir malgré les conditions
météorologiques. D’ailleurs, l’expression de Tacite hiemem ne doit pas faire
illusion : le plus dur de l’hiver était passé et Germanicus avait
peut-être le sens de l’hyperbole quand il s’adressait aux troupes. Ajoutons que
nous ne savons pas non plus exactement quand il a jugé nécessaire d’éloigner sa
famille et que le imminentem partum tient aussi de l’hyperbole s’il a été prononcé en
janvier.
Une
hypothèse intéressante (mais invérifiable ?) veut que les habitant de l’oppidum Ubiorum, fiers de
voir naître chez eux une arrière-petite-fille de l'ancien empereur Auguste, du
dieu Auguste plus exactement, aient fait construire un autel qui devait retenir
cet événement pour la postérité et dont le nom désignerait dorénavant leur
bourgade : Ara Vbiorum.
A quatre ans, Agrippine voit
mourir son père Germanicus. Elle ne peut ignorer le bruit selon lequel il
aurait été empoisonné à l’instigation de Tibère.
Elle a treize ans, en 28,
quand Tibère la marie à L. Domitius Ahenobarbus, un odieux personnage :
Ex Antonia maiore patrem
Neronis procreavit omni parte vitae detestabilem, siquidem comes ad Orientem C.
Caesaris iuvenis, occiso liberto suo, quod potare quantum iubebatur recusaret, dimissus
e cohorte amicorum nihilo modestius vixit ; sed et in viae Appiae vico
repente puerum citatis iumentis haud ignarus obtrivit et Romae medio Foro
cuidam equiti Romano liberius iurganti oculum eruit ; perfidiae vero
tantae, ut non modo argentarios pretiis rerum coemptarum, sed et in praetura
mercede palmarum aurigarios fraudaverit, notatus ob haec et sororis ioco,
querentibus dominis factionum repraesentanda praemia in posterum sanxit.
Maiestatis quoque et adulteriorum incestique cum sorore Lepida sub excessu
Tiberi reus, mutatione temporum evasit decessitque Pyrgis morbo aquae
intercutis, sublato filio Nerone ex Agrippina Germanico genita.
De son mariage avec Antonia
l'aînée naquit le père de Néron, dont la conduite fut de tout point
détestable : ainsi, ayant accompagné en Orient le jeune C. César, il tua
l'un de ses affranchis qui s'était refusé à boire autant qu'il le lui
ordonnait, et, quoique, pour ce fait, Gaius l'eût chassé du groupe de ses amis,
il ne se conduisit nullement avec plus de modération ; au contraire, en
faisant galoper tout à coup son attelage dans un bourg de la voie Appienne, il
écrasa exprès un enfant, et, à Rome, en plein forum, il arracha un oeil à un
chevalier romain qui lui adressait des reproches sans se gêner ; il était,
en outre, de si mauvaise foi qu'il refusa de payer non seulement aux banquiers
des objets achetés à l'encan, mais encore aux conducteurs de chars, durant sa
préture, les récompenses de leurs victoires ; stigmatisé pour ce double
fait même par une plaisanterie de sa soeur, devant les plaintes des chefs de
factions, il édicta qu'à l'avenir les prix seraient payés comptant. Il fut
aussi, peu de temps avant la mort de Tibère, accusé de lèse-majesté,
d'adultères et de relations incestueuses avec sa sueur Lepida, mais, sauvé par
le changement d'empereur, il mourut d'hydropisie à Pyrges, laissant un fils,
Néron, qu'il avait eu d'Agrippine, fille de Germanicus.
En 33, sa mère meurt de faim
dans les prisons de Tibère.
En 37, Agrippine donne naissance
à un fils qui deviendra l’empereur Néron. Pierre Grimal affirme que Tibère
avait interdit au couple d’avoir une descendance. De fait, Tibère est mort le
16 mars, Néron est né le 15 décembre !
Domitius aurait dit de son
fils : dænatñn ¤stin ndra
tin gayòn ¦k te ¤moè kaÜ ¤k taæthw gennhy°nai il est impossible qu’un honnête
homme soit mis au monde par moi et par cette femme. (Dion Cassius, LXI, 2)
Quand Domitius meurt en 40,
elle ne le regrette pas.
Traitée comme Drusilla et
Livilla par son frère Gaius Caligula, elle l’accompagne en 39 dans son
expédition en Germanie. Caligula découvre alors ou fait semblant de découvrir
une conspiration contre lui, dirigée par Lentulus Gaetulicus et Lepidus, veuf
de Drusilla :
Il fit exécuter Lentulus Gaetulicus, qui jouissait d’une
excellente réputation et qui était depuis dix ans gouverneur de Germanie,
l’accusant de faire jeu commun avec les soldats. En même temps, il fit mettre à
mort Lépidus, l’homme qui était son mignon et son amant, le mari de Drusilla, celui
qui avec lui couchait avec ses sœurs Agrippine et Julia (Livilla), à qui il
avait permis d’exercer les magistratures cinq ans avant l’âge légal, celui dont
il disait qu’il ferait son successeur à la tête de l’empire. A l’occasion de
ces exécutions, il fit remettre aux soldats une gratification, comme s’il avait
vaincu des ennemis, et fit envoyer trois poignards au temple de Mars Ultor
(« Vengeur ») à Rome. En raison de leurs relations avec Lépidus, il
exila ses sœurs dans les îles Pontia (îles du Latium, à 40 km au large de S.
Felice Circeo) et les dénonça au sénat dans une longue lettre comme impies et
immorales.
Il donna à Agrippine l’urne qui contenait les cendres de
Lépidus, et lui ordonna de les rapporter à Rome en les tenant contre sa
poitrine tout le long du chemin de retour.
Malgré la publicité donnée aux distinctions qu’il leur avait
fait voter, il interdit que soit accordé le moindre honneur à quelque membre de
sa parenté. (Dion Cassius, LIX, 22).
En 41, Claude rappelle
Agrippine et Livilla. Cette dernière
ne profite pas longtemps de sa liberté retrouvée. Elle est exilée en même temps
que Sénèque accusé d’être son amant.
Vers 43, Agrippine épouse le
riche C. Passienus Crispus, consul en 44 pour la deuxième fois. Il meurt fin
47.
En 48, elle s’empresse de se
faire épouser par son oncle, l’empereur Claude, veuf après le meurtre de son
épouse Messaline. Son rêve se réalise : cuncta
regno viliora habebat.
Il faut dire que si Claude souhaitait se remarier, il ne savait pas
très bien lui-même avec qui ! Les candidates se bousculaient, chacune
soutenue par l’un des affranchis de l’empereur :
Narcisse appuyait Aelia Paetina, ancienne épouse répudiée ;
Callistus soutenait Lollia Paullina ;
Pallas tenait pour Agrippine.
Agrippine l’emporte. Elle avait trente-quatre ans, Claude en avait
cinquante-huit. Elle était belle : kaÜ gr kal¯ ·n kaÜ sunexÇw aétÒ prosefoÛta, mñnh
te Éw kaÜ yeÛÄ sunegÛgneto, kaÜ truferÅteron µ kat' delfid°n prosef¡reto et elle le consultait
constamment, en tête à tête sous prétexte qu’il était son oncle, et se
comportait avec lui de façon plus libertine qu’il n’aurait convenu à une nièce. (LX, 31). Pauvre Claude ! Laissons lui une excuse
politique : en épousant un homme plus jeune que Crispus, Agrippine aurait
pu donner naissance à d’autres enfants issus du sang des Césars. On se souvient
assez des conflits entre la lignée issue de Tibère et la lignée issue de
Drusus. Claude était issu de la gens Claudia, Agrippine de la gens Julia.
L’obstacle légal, le mariage d’un oncle et de sa nièce était considéré
comme un inceste, se trouve vite levé grâce à l’intervention du censeur
Vitellius.
Un des premiers actes d’Agrippine après son mariage est d’obtenir le
rappel de Sénèque. Il devient le principal précepteur du futur Néron... et
peut-être son amant, si l’on en croit les ragots rapportés par Dion Cassius.
Décidément, Sénèque fréquentait assidûment les filles de Germanicus !
Agrippine se hâte ensuite d’assurer son avenir et
celui de son fils. Associant habilement la carotte et le bâton, elle rallie à
sa cause les affranchis impériaux qui craignaient qu’à la mort de Claude
Britannicus devenu empereur ne cherche à venger la mort de sa mère. Faisant
cause commune avec eux, elle s’était déjà débarrassée de Silanus
(arrière-arrière-petit-fils d’Auguste) qui prenait à leur goût trop d’influence
sur l’empereur et qui s’apprêtait à épouser sa fille Octavie.
Malheur à qui se met ou s’était mis en travers de son
chemin : elle fait tuer Lollia Paulina pour avoir été l’épouse de Claude
et avoir souhaité le redevenir. Mais la tête coupée de Paulina s’était mal
conservée à cause des mauvaises conditions de transport. Alors, écrit Dion
Cassius (LX, 32), comme elle ne reconnaissait pas
la tête qu’on lui avait apportée, elle ouvrit la bouche de ses propres mains et
examina les dents qui présentaient des particularités caractéristiques. Agrippine
ne s’en laissait pas conter !
Dès 49, Néron est fiancé à Octavie. Il est rapidement adopté par
Claude, dont il devient ainsi le fils aîné.
En 50, Agrippine obtient officiellement le titre de Augusta.
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Colonia Agrippinensis ou colonia Agrippinensium Agrippina, quo vim suam sociis quoque nationibus
ostentaret, in oppidum Vbiorum, in quo genita erat, veteranos coloniamque
deduci impetrat, cui nomen inditum e vocabulo ipsius. Ac forte acciderat ut eam gentem
Rhenum transgressam avus Agrippa in fidem acciperet. Pour montrer sa puissance même aux peuples alliés,
Agrippine obtint la création d’une colonie l’installation de vétérans dans la
ville des Ubiens où elle avait été conçue. On lui donna un nom formé sur le
sien. Le hasard a fait que lorsque ce peuple avait traversé le Rhin il avait
été admis comme allié par son grand-père Agrippa (~38). (Tacite, Annales, XII, 27). Cette ville était jusque là (50 ap. J.-C.) appelée oppidum Vbiorum, civitas Vbiorum ou Ara Vbiorum, parce que Germanicus y avait élevé un
« autel » à la divinité d’Auguste. On l’appellera plus tard C. C. A. A. : Colonia Claudia Ara
Agrippinensium. La Colonia Agrippinensis est en 58 la proie d’un fléau surprenant :
présage de la mort prochaine d’Agrippine ? Civitas Vbiorum, socia nobis, malo improviso adflicta
est. Nam ignes terra editi villas, arva, vicos passim corripiebant
ferebanturque in ipsa conditae nuper coloniae moenia. Neque exstingui
poterant, non si imbres caderent, non fluvialibus aquis aut quo alio humore,
donec inopia remedii et ira cladis agrestes quidam eminus saxa jacere, dein
residentibus flammis propius suggressi ictu fustium ut feras absterrebant.
Postremo tegmina corpori derepta injiciunt, quanto magis profana et usu
polluta, tanto magis oppressura ignes. Mais la ville
des Ubiens, notre alliée, fut frappée d'un fléau inattendu. Des
feux sortis de terre ravageaient çà et là les fermes, les champs cultivés,
les villages, et s'avançaient jusqu'aux murs de la colonie nouvellement
fondée. Rien ne pouvait les éteindre, ni les pluies qui tombaient, ni l'eau
des rivières, ni aucun autre liquide. Enfin, ne trouvant pas de remède et
irrités du désastre, quelques paysans lancèrent de loin des pierres, puis,
voyant les flammes cesser d'avancer, ils approchèrent et les chassaient,
comme des animaux, avec des bâtons et d'autres verges. Enfin ils se
dépouillent de leurs vêtements et les jettent sur le feu : plus l'étoffe
était sale et usée, mieux elle réussissait à l'étouffer. |
L’autorité de l’Augusta devient omniprésente :
elle assiste à ses côtés aux cérémonies publiques, elle reçoit avec lui (sur
une estrade séparée, il est vrai) les ambassadeurs étrangers, elle vient en
même temps que lui porter secours au peuple lors d’un incendie.
Claude se rend compte peu à peu qu’il se laisse
dominer et qu’on écarte de lui son fils Britannicus. Décidé à reprendre son
pouvoir en main, il s’apprête à faire prendre la toge virile à Britannicus et à
le proclamer son héritier.
Agrippine n’a plus d’autre choix que d’empoisonner
Claude. Elle fait empoisonner un magnifique bolet : les convives et
elle-même peuvent se servir dans le même plat que l’empereur à qui on réserve
le plus beau des champignons. Le malaise de Claude est attribué à sa
consommation excessive de vin et il meurt dans la nuit. Pour retarder l’annonce
de sa mort et laisser ainsi à Néron le temps de se faire proclamer par les
prétoriens, on aurait fait donner le lendemain 13 octobre un spectacle théâtral
privé au cadavre : Exspiravit autem dum comoedos
audit il expira enfin en écoutant des comédiens, écrit
Sénèque (Apocoloquintose, 4) qui n’a peut-être pas trempé dans l’assassinat
proprement dit mais qui a forcément été impliqué dans la suite immédiate.
Occidat dum
imperet
Pendant cinq ans, Néron devenu empereur grâce à elle,
supporte l’autorité de celle qu’il appelle optima mater, jusqu’au moment où (au printemps 59) il décide de
l’assassiner en camouflant le meurtre en
naufrage. Mais les choses ne se passent pas comme prévu et Néron doit se
résoudre à envoyer des tueurs chez sa mère :
Circumsistunt
lectum percussores et prior trierarchus fusti caput ejus adflixit. Iam in
mortem centurioni ferrum destringenti, protendens uterum exclamavit multisque
vulneribus confecta est.
Cubiculo modicum
lumen inerat et ancillarum una, magis ac magis anxia Agrippina, quod nemo a
filio ac ne Agermus quidem: aliam fore laetae rei faciem; nunc solitudinem ac
repentinos strepitus et extremi mali indicia. abeunte dehinc ancilla, « tu quoque me deseris ? » prolocuta respicit Anicetum, trierarcho
Herculeio et Obarito centurione classiario comitatum: ac si ad visendum
venisset, refotam nuntiaret, sin facinus patraturus, nihil se de filio credere;
non imperatum parricidium. circumsistunt lectum percussores et prior
trierarchus fusti caput eius adflixit. iam [in] morte[m] centurioni ferrum
destringenti protendens uterum « ventrem feri ! » exclamavit multisque vulneribus confecta est.
Il n’y avait dans sa chambre qu'une
faible lumière et une seule esclave. Agrippine était de plus en plus inquiète
de ne voir venir personne de chez son fils, pas même Agérmus : si la situation
était bonne, les choses auraient un autre aspect, au lieu que c'était la
solitude, un tumulte soudain, tout ce qui présage le dernier des malheurs.
Comme la servante s'éloignait : « Toi aussi, tu
m'abandonnes ? », lui dit-elle ; elle se retourne et voit
Anicétus accompagné du triérarque Herculéius et d'Obaritus, centurion de la
flotte. Elle lui dit que, s'il était envoyé pour la voir, il pouvait annoncer
qu'elle était remise; que, s'il venait pour un crime, elle en croyait son fils
innocent; il n'avait pas commandé un parricide. Les assassins environnent son
lit, et le triérarque lui asséna le premier un coup de bâton sur la tête. Déjà
le centurion tirait son épée pour lui donner la mort. « Frappe au
ventre », s'écria-t-elle en lui montrant son ventre, et elle expira percée
de coups. (Tacite, Annales, XIV,
8)
Hunc sui
finem multos ante annos crediderat Agrippina contempseratque. Nam consulenti
super Nerone responderunt Chaldaei fore ut imperaret matremque occideret ;
atque illa « Occidat, inquit, dum imperet ».
Cette fin, bien des années auparavant,
elle en avait cru et méprisé l'annonce. Un jour qu'elle consultait sur les
destins de Néron, les Chaldéens lui répondirent qu'il régnerait et qu'il
tuerait sa mère : « Qu'il me tue, dit-elle, pourvu qu'il règne. » (Tacite, Annales, XIV, 9)