Noctes Gallicanae

Abrégé

d'Histoire romaine


Le Haut-empire ( ~27-192)


Agrippine la Jeune

fille de Germanicus

mère de Néron

 

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Ti Claudius Nero

? - ~33

Livia Drusilla

~58 - 29

Marc Antoine

~84 - ~30

Octavie

~69 ? - ~9

 

 

Auguste

~63 - 14

Scribonia

? – 16 ?

D Claudius Drusus

~39 - ~9

Antonia Minor

~37 – 40 ?

M Agrippa

~64 - ~12

Julia

~39 - 14

Germanicus

~15 - 19

Agrippine

~14 - 33

Agrippine 15-59

 

IVLIAE GERMANICI FILIAE

 

Les enfants de Germanicus et Agrippine

Habuit in matrimonio Agrippinam, M. Agrippae et Iuliae filiam, et ex ea novem liberos tulit : quorum duo infantes adhuc rapti, unus iam puerascens insigni festivitate, cuius effigiem habitu Cupidinis in aede Capitolinae Veneris Livia dedicavit, Augustus in cubiculo suo positam, quotiensque introiret, exosculabatur ; ceteri superstites patri fuerunt, tres sexus feminini, Agrippina Drusilla Livilla, continuo triennio natae ; totidem mares, Nero et Drusus et C. Caesar. Neronem et Drusum senatus Tiberio criminante hostes iudicavit.

[Germanicus] reçut en mariage Agrippine, fille de M. Agrippa et de Julia. Elle lui donna neuf enfants. Il en perdit deux encore tout petits, un autre déjà garçonnet, d’une remarquable gentillesse. Livie fit consacrer un portrait de lui figuré en Amour dans le temple de Vénus Capitoline, Auguste en plaça un dans sa chambre à coucher et ne manquait pas de lui donner un baiser quand il y entrait. Les autres survécurent à leur père : trois filles, Agrippine, Drusilla et Livilla, nées à un an d’intervalle ; trois garçons, Nero, Drusus et Gaius César. Néron et Drusus furent déclarés ennemis publics par le sénat sur accusation de Tibère. (Suétone, Caligula, 7).

 

Tibère marie Drusilla et Livilla (en 33)

Ser. Galba L. Sulla consulibus diu quaesito quos neptibus suis maritos destinaret Caesar, postquam instabat virginum aetas, L. Cassium, M. Vinicium legit. Vinicio oppidanum genus: Calibus ortus, patre atque avo consularibus, cetera equestri familia erat, mitis ingenio et comptae facundiae. Cassius plebeii Romae generis, verum antiqui honoratique, et severa patris disciplina eductus facilitate saepius quam industria commendabatur. Huic Drusillam, Vinicio Iuliam Germanico genitas coniungit superque ea re senatui scribit levi cum honore iuvenum.

Sous le consulat de Servius Galba et de Lucius Sulla (en 33), après avoir longtemps hésité sur le choix des maris de ses petites-filles, César (Tibère), pressé par l’âge des jeunes filles, choisit Lucius Cassius et Marcus Vinicius. Vinicius était d’origine provinciale : issu de Calès (en Campanie), son père et son grand-père avaient été consuls, le reste de sa famille appartenait à l’ordre équestre. Il avait un caractère doux et parlait avec élégance. Cassius était issu d’une famille plébéienne de Rome, mais ancienne et estimée. Élevé par son père sous une stricte discipline, il se recommandait davantage par son aisance que par son activité. Ainsi sont mariées les filles de Germanicus : Drusilla à ce dernier, Julia (Livilla) à Vinicius. Tibère en informe le sénat par lettre avec un bref éloge des jeunes gens. (Tacite, Annales, 6, 15)

L. Cassius Longinus avait été consul en 30.

 

Caligula et ses sœurs

... honneurs...

Envers sa mère, ses sœurs et sa grand-mère Antonia, il se conduisit la plupart du temps aussi respectueusement que possible… Il donna à ses sœurs les privilèges des Vestales, une place dans sa propre loge pour assister près de lui aux courses de chevaux. Il décréta qu’elles seraient associées aux prières annuelles qui étaient célébrées par les magistrats et les prêtres pour son salut et celui de l’État, et que les serments que l’on prêtait sur son règne seraient prononcés également en leur nom. (Dion Cassius, LIX, 3). On jurait qu’on tiendrait en plus grand honneur Caligula et ses sœurs que soi-même et ses propres enfants. (Dion Cassius, LIX, 9).

En 37, Caligula donna aussi à ses sœurs les privilèges des vierges Vestales, y compris celui d’assister aux courses avec lui dans la loge impériale. (Dion Cassius, LIX, 6)

 

... et déshonneur ...

Il prétendait être Jupiter (incarné) et il en tirait prétexte pour coucher avec de nombreuses femmes et tout particulièrement avec ses sœurs. (Dion Cassius, LIX, 26).

Cum omnibus sororibus suis consuetudinem stupri fecit plenoque convivio singulas infra se vicissim conlocabat uxore supra cubante.

Il eut régulièrement des relations incestueuses avec toutes ses sœurs, et devant tous les convives, ils les faisait placer tour à tour près de lui à la place d’honneur, alors que son épouse occupait la seconde place. (Suétone, Caligula, 24).

Reliquas sorores nec cupiditate tanta nec dignatione [quanta Drusillam] dilexit, ut quas saepe exoletis suis prostraverit.

Son amour pour ses autres soeurs (Agrippine et Livilla) ne s'accompagna ni d'une passion ni d’égards comparables, puisqu'il les prostitua souvent à ses mignons. (Suétone, Caligula, 24).

 

NERVNI KAI

DROUSV KAI AGRIPPINA

KAI DROUSILLA

NEA AFRODITA

TOIS KASIGNHTOIS[I]

TV AUTOKRATOROS

GAIV KAISAROS

ILS 8789 (inscription de Mytilène)

A Néron, à Drusus, à Agrippine et à Drusilla, la nouvelle Aphrodite, les frères et soeurs de l’empereur Gaius César.

 

 


Iulia Agrippina

 

Agrippine est née au début de l’année 15 en Germanie.

 

Suétone (Caligula, 8) cite une lettre d’Auguste à Agrippine l’Aînée :

Puerum Gaium XV Kal. Iun. si dii volent, ut ducerent Talarius et Asillius, heri cum iis constitui. Mitto praeterea cum eo ex servis meis medicum, quem scripsi Germanico si vellet ut retineret. Valebis, mea Agrippina, et dabis operam ut valens pervenias ad Germanicum tuum.

J’ai décidé hier avec eux que, si les dieux le veulent, Talarius et Asillius conduiront (auprès de toi) le petit Gaius le 15ème jour des calendes de juin (18 mai). Je t’envoie en même temps qu’eux un médecin choisi parmi mes esclaves et j’écris à Germanicus qu’il peut le garder s’il le souhaite. Porte-toi bien, ma chère Agrippine, et tâche de parvenir en bonne santé auprès de ton Germanicus.

 

En admettant qu’Agrippine se soit mise en route fin mai et en comptant un mois de voyage, elle a rejoint Germanicus début juillet. Ce qui situe la naissance d’Agrippine la Jeune fin mars 15.

 

On se souvient qu’Agrippine, enceinte, avait dû quitter « l’Autel des Ubiens » (Cologne), accompagnée du petit Gaius (le futur Caligula) pour trouver refuge à Trèves devant les mutineries qui ont accueilli l’annonce de l’accession de Tibère au pouvoir.

Lorsque Germanicus reprend la situation en mains, les soldats le supplient « de rappeler son épouse », mais

reditum Agrippinae excusavit ob inminentem partum et hiemem, venturum filium : il s’opposa au retour d’Agrippine en raison de la proximité de l’accouchement et de l’hiver, mais annonça que son fils allait revenir. (Tacite, Annales, I, 44).

En fait, soit Agrippine n’était pas allée bien loin (pour autant qu’elle se soit vraiment mise en route), soit elle a réussi à revenir malgré les conditions météorologiques. D’ailleurs, l’expression de Tacite hiemem ne doit pas faire illusion : le plus dur de l’hiver était passé et Germanicus avait peut-être le sens de l’hyperbole quand il s’adressait aux troupes. Ajoutons que nous ne savons pas non plus exactement quand il a jugé nécessaire d’éloigner sa famille et que le imminentem partum tient aussi de l’hyperbole s’il a été prononcé en janvier.

 

Une hypothèse intéressante (mais invérifiable ?) veut que les habitant de l’oppidum Ubiorum, fiers de voir naître chez eux une arrière-petite-fille de l'ancien empereur Auguste, du dieu Auguste plus exactement, aient fait construire un autel qui devait retenir cet événement pour la postérité et dont le nom désignerait dorénavant leur bourgade : Ara Vbiorum.

 


A quatre ans, Agrippine voit mourir son père Germanicus. Elle ne peut ignorer le bruit selon lequel il aurait été empoisonné à l’instigation de Tibère.

 

Elle a treize ans, en 28, quand Tibère la marie à L. Domitius Ahenobarbus, un odieux personnage :

Ex Antonia maiore patrem Neronis procreavit omni parte vitae detestabilem, siquidem comes ad Orientem C. Caesaris iuvenis, occiso liberto suo, quod potare quantum iubebatur recusaret, dimissus e cohorte amicorum nihilo modestius vixit ; sed et in viae Appiae vico repente puerum citatis iumentis haud ignarus obtrivit et Romae medio Foro cuidam equiti Romano liberius iurganti oculum eruit ; perfidiae vero tantae, ut non modo argentarios pretiis rerum coemptarum, sed et in praetura mercede palmarum aurigarios fraudaverit, notatus ob haec et sororis ioco, querentibus dominis factionum repraesentanda praemia in posterum sanxit. Maiestatis quoque et adulteriorum incestique cum sorore Lepida sub excessu Tiberi reus, mutatione temporum evasit decessitque Pyrgis morbo aquae intercutis, sublato filio Nerone ex Agrippina Germanico genita.

De son mariage avec Antonia l'aînée naquit le père de Néron, dont la conduite fut de tout point détestable : ainsi, ayant accompagné en Orient le jeune C. César, il tua l'un de ses affranchis qui s'était refusé à boire autant qu'il le lui ordonnait, et, quoique, pour ce fait, Gaius l'eût chassé du groupe de ses amis, il ne se conduisit nullement avec plus de modération ; au contraire, en faisant galoper tout à coup son attelage dans un bourg de la voie Appienne, il écrasa exprès un enfant, et, à Rome, en plein forum, il arracha un oeil à un chevalier romain qui lui adressait des reproches sans se gêner ; il était, en outre, de si mauvaise foi qu'il refusa de payer non seulement aux banquiers des objets achetés à l'encan, mais encore aux conducteurs de chars, durant sa préture, les récompenses de leurs victoires ; stigmatisé pour ce double fait même par une plaisanterie de sa soeur, devant les plaintes des chefs de factions, il édicta qu'à l'avenir les prix seraient payés comptant. Il fut aussi, peu de temps avant la mort de Tibère, accusé de lèse-majesté, d'adultères et de relations incestueuses avec sa sueur Lepida, mais, sauvé par le changement d'empereur, il mourut d'hydropisie à Pyrges, laissant un fils, Néron, qu'il avait eu d'Agrippine, fille de Germanicus.

 

En 33, sa mère meurt de faim dans les prisons de Tibère.

 


En 37, Agrippine donne naissance à un fils qui deviendra l’empereur Néron. Pierre Grimal affirme que Tibère avait interdit au couple d’avoir une descendance. De fait, Tibère est mort le 16 mars, Néron est né le 15 décembre !

Domitius aurait dit de son fils : Ždænatñn ¤stin ndra tinŒ Žgayòn ¦k te ¤moè kaÜ ¤k taæthw gennhy°nai il est impossible qu’un honnête homme soit mis au monde par moi et par cette femme. (Dion Cassius, LXI, 2)

Quand Domitius meurt en 40, elle ne le regrette pas.

 

Traitée comme Drusilla et Livilla par son frère Gaius Caligula, elle l’accompagne en 39 dans son expédition en Germanie. Caligula découvre alors ou fait semblant de découvrir une conspiration contre lui, dirigée par Lentulus Gaetulicus et Lepidus, veuf de Drusilla :

Il fit exécuter Lentulus Gaetulicus, qui jouissait d’une excellente réputation et qui était depuis dix ans gouverneur de Germanie, l’accusant de faire jeu commun avec les soldats. En même temps, il fit mettre à mort Lépidus, l’homme qui était son mignon et son amant, le mari de Drusilla, celui qui avec lui couchait avec ses sœurs Agrippine et Julia (Livilla), à qui il avait permis d’exercer les magistratures cinq ans avant l’âge légal, celui dont il disait qu’il ferait son successeur à la tête de l’empire. A l’occasion de ces exécutions, il fit remettre aux soldats une gratification, comme s’il avait vaincu des ennemis, et fit envoyer trois poignards au temple de Mars Ultor (« Vengeur ») à Rome. En raison de leurs relations avec Lépidus, il exila ses sœurs dans les îles Pontia (îles du Latium, à 40 km au large de S. Felice Circeo) et les dénonça au sénat dans une longue lettre comme impies et immorales.

Il donna à Agrippine l’urne qui contenait les cendres de Lépidus, et lui ordonna de les rapporter à Rome en les tenant contre sa poitrine tout le long du chemin de retour.

Malgré la publicité donnée aux distinctions qu’il leur avait fait voter, il interdit que soit accordé le moindre honneur à quelque membre de sa parenté. (Dion Cassius, LIX, 22).

 

En 41, Claude rappelle Agrippine et Livilla. Cette dernière ne profite pas longtemps de sa liberté retrouvée. Elle est exilée en même temps que Sénèque accusé d’être son amant.

 

Vers 43, Agrippine épouse le riche C. Passienus Crispus, consul en 44 pour la deuxième fois. Il meurt fin 47.

 


En 48, elle s’empresse de se faire épouser par son oncle, l’empereur Claude, veuf après le meurtre de son épouse Messaline. Son rêve se réalise :  cuncta regno viliora habebat.

 

Il faut dire que si Claude souhaitait se remarier, il ne savait pas très bien lui-même avec qui ! Les candidates se bousculaient, chacune soutenue par l’un des affranchis de l’empereur :

Narcisse appuyait Aelia Paetina, ancienne épouse répudiée ;

Callistus soutenait Lollia Paullina ;

Pallas tenait pour Agrippine.

 

Agrippine l’emporte. Elle avait trente-quatre ans, Claude en avait cinquante-huit. Elle était belle : kaÜ gŒr kal¯ ·n kaÜ sunexÇw aétÒ prosefoÛta, mñnh te Éw kaÜ yeÛÄ sunegÛgneto, kaÜ truferÅteron µ kat' Ždelfid°n prosef¡reto  et elle le consultait constamment, en tête à tête sous prétexte qu’il était son oncle, et se comportait avec lui de façon plus libertine qu’il n’aurait convenu à une nièce. (LX, 31). Pauvre Claude ! Laissons lui une excuse politique : en épousant un homme plus jeune que Crispus, Agrippine aurait pu donner naissance à d’autres enfants issus du sang des Césars. On se souvient assez des conflits entre la lignée issue de Tibère et la lignée issue de Drusus. Claude était issu de la gens Claudia, Agrippine de la gens Julia.

 

L’obstacle légal, le mariage d’un oncle et de sa nièce était considéré comme un inceste, se trouve vite levé grâce à l’intervention du censeur Vitellius.

 

Un des premiers actes d’Agrippine après son mariage est d’obtenir le rappel de Sénèque. Il devient le principal précepteur du futur Néron... et peut-être son amant, si l’on en croit les ragots rapportés par Dion Cassius. Décidément, Sénèque fréquentait assidûment les filles de Germanicus !

 

Agrippine se hâte ensuite d’assurer son avenir et celui de son fils. Associant habilement la carotte et le bâton, elle rallie à sa cause les affranchis impériaux qui craignaient qu’à la mort de Claude Britannicus devenu empereur ne cherche à venger la mort de sa mère. Faisant cause commune avec eux, elle s’était déjà débarrassée de Silanus (arrière-arrière-petit-fils d’Auguste) qui prenait à leur goût trop d’influence sur l’empereur et qui s’apprêtait à épouser sa fille Octavie.

 

Malheur à qui se met ou s’était mis en travers de son chemin : elle fait tuer Lollia Paulina pour avoir été l’épouse de Claude et avoir souhaité le redevenir. Mais la tête coupée de Paulina s’était mal conservée à cause des mauvaises conditions de transport. Alors, écrit Dion Cassius (LX, 32), comme elle ne reconnaissait pas la tête qu’on lui avait apportée, elle ouvrit la bouche de ses propres mains et examina les dents qui présentaient des particularités caractéristiques. Agrippine ne s’en laissait pas conter !

 

Dès 49, Néron est fiancé à Octavie. Il est rapidement adopté par Claude, dont il devient ainsi le fils aîné.

 

En 50, Agrippine obtient officiellement le titre de Augusta.

 

Colonia Agrippinensis ou colonia Agrippinensium

Agrippina, quo vim suam sociis quoque nationibus ostentaret, in oppidum Vbiorum, in quo genita erat, veteranos coloniamque deduci impetrat, cui nomen inditum e vocabulo ipsius.

Ac forte acciderat ut eam gentem Rhenum transgressam avus Agrippa in fidem acciperet.

Pour montrer sa puissance même aux peuples alliés, Agrippine obtint la création d’une colonie l’installation de vétérans dans la ville des Ubiens où elle avait été conçue. On lui donna un nom formé sur le sien. Le hasard a fait que lorsque ce peuple avait traversé le Rhin il avait été admis comme allié par son grand-père Agrippa (~38). (Tacite, Annales, XII, 27).

 

Cette ville était jusque là (50 ap. J.-C.) appelée oppidum Vbiorum, civitas Vbiorum ou Ara Vbiorum, parce que Germanicus y avait élevé un « autel » à la divinité d’Auguste. On l’appellera plus tard C. C. A. A. : Colonia Claudia Ara Agrippinensium.

 

La Colonia Agrippinensis est en 58 la proie d’un fléau surprenant : présage de la mort prochaine d’Agrippine ?

Civitas Vbiorum, socia nobis, malo improviso adflicta est. Nam ignes terra editi villas, arva, vicos passim corripiebant ferebanturque in ipsa conditae nuper coloniae moenia. Neque exstingui poterant, non si imbres caderent, non fluvialibus aquis aut quo alio humore, donec inopia remedii et ira cladis agrestes quidam eminus saxa jacere, dein residentibus flammis propius suggressi ictu fustium ut feras absterrebant. Postremo tegmina corpori derepta injiciunt, quanto magis profana et usu polluta, tanto magis oppressura ignes.

Mais la ville des Ubiens, notre alliée, fut frappée d'un fléau inattendu. Des feux sortis de terre ravageaient çà et là les fermes, les champs cultivés, les villages, et s'avançaient jusqu'aux murs de la colonie nouvellement fondée. Rien ne pouvait les éteindre, ni les pluies qui tombaient, ni l'eau des rivières, ni aucun autre liquide. Enfin, ne trouvant pas de remède et irrités du désastre, quelques paysans lancèrent de loin des pierres, puis, voyant les flammes cesser d'avancer, ils approchèrent et les chassaient, comme des animaux, avec des bâtons et d'autres verges. Enfin ils se dépouillent de leurs vêtements et les jettent sur le feu : plus l'étoffe était sale et usée, mieux elle réussissait à l'étouffer.

 

L’autorité de l’Augusta devient omniprésente : elle assiste à ses côtés aux cérémonies publiques, elle reçoit avec lui (sur une estrade séparée, il est vrai) les ambassadeurs étrangers, elle vient en même temps que lui porter secours au peuple lors d’un incendie.

 

Claude se rend compte peu à peu qu’il se laisse dominer et qu’on écarte de lui son fils Britannicus. Décidé à reprendre son pouvoir en main, il s’apprête à faire prendre la toge virile à Britannicus et à le proclamer son héritier.

 

Agrippine n’a plus d’autre choix que d’empoisonner Claude. Elle fait empoisonner un magnifique bolet : les convives et elle-même peuvent se servir dans le même plat que l’empereur à qui on réserve le plus beau des champignons. Le malaise de Claude est attribué à sa consommation excessive de vin et il meurt dans la nuit. Pour retarder l’annonce de sa mort et laisser ainsi à Néron le temps de se faire proclamer par les prétoriens, on aurait fait donner le lendemain 13 octobre un spectacle théâtral privé au cadavre : Exspiravit autem dum comoedos audit il expira enfin en écoutant des comédiens, écrit Sénèque (Apocoloquintose, 4) qui n’a peut-être pas trempé dans l’assassinat proprement dit mais qui a forcément été impliqué dans la suite immédiate.

 

Occidat dum imperet

Pendant cinq ans, Néron devenu empereur grâce à elle, supporte l’autorité de celle qu’il appelle optima mater, jusqu’au moment où (au printemps 59) il décide de l’assassiner en camouflant le meurtre en naufrage. Mais les choses ne se passent pas comme prévu et Néron doit se résoudre à envoyer des tueurs chez sa mère :

Circumsistunt lectum percussores et prior trierarchus fusti caput ejus adflixit. Iam in mortem centurioni ferrum destringenti, protendens uterum exclamavit multisque vulneribus confecta est.

Cubiculo modicum lumen inerat et ancillarum una, magis ac magis anxia Agrippina, quod nemo a filio ac ne Agermus quidem: aliam fore laetae rei faciem; nunc solitudinem ac repentinos strepitus et extremi mali indicia. abeunte dehinc ancilla, « tu quoque me deseris ? »  prolocuta respicit Anicetum, trierarcho Herculeio et Obarito centurione classiario comitatum: ac si ad visendum venisset, refotam nuntiaret, sin facinus patraturus, nihil se de filio credere; non imperatum parricidium. circumsistunt lectum percussores et prior trierarchus fusti caput eius adflixit. iam [in] morte[m] centurioni ferrum destringenti protendens uterum « ventrem feri ! » exclamavit multisque vulneribus confecta est.

Il n’y avait dans sa chambre qu'une faible lumière et une seule esclave. Agrippine était de plus en plus inquiète de ne voir venir personne de chez son fils, pas même Agérmus : si la situation était bonne, les choses auraient un autre aspect, au lieu que c'était la solitude, un tumulte soudain, tout ce qui présage le dernier des malheurs. Comme la servante s'éloignait : « Toi aussi, tu m'abandonnes ? », lui dit-elle ; elle se retourne et voit Anicétus accompagné du triérarque Herculéius et d'Obaritus, centurion de la flotte. Elle lui dit que, s'il était envoyé pour la voir, il pouvait annoncer qu'elle était remise; que, s'il venait pour un crime, elle en croyait son fils innocent; il n'avait pas commandé un parricide. Les assassins environnent son lit, et le triérarque lui asséna le premier un coup de bâton sur la tête. Déjà le centurion tirait son épée pour lui donner la mort. « Frappe au ventre », s'écria-t-elle en lui montrant son ventre, et elle expira percée de coups. (Tacite, Annales, XIV, 8)

 

Hunc sui finem multos ante annos crediderat Agrippina contempseratque. Nam consulenti super Nerone responderunt Chaldaei fore ut imperaret matremque occideret ; atque illa « Occidat, inquit, dum imperet ».

Cette fin, bien des années auparavant, elle en avait cru et méprisé l'annonce. Un jour qu'elle consultait sur les destins de Néron, les Chaldéens lui répondirent qu'il régnerait et qu'il tuerait sa mère : « Qu'il me tue, dit-elle, pourvu qu'il règne. » (Tacite, Annales, XIV, 9)

 


 

 

Histoire de Rome: sommaire général

Auguste

 

Tibère

 

Caligula

 

Claude

 

Néron

 

 

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Julia

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Germanicus

Agrippine l’aînée

Agrippine la jeune

Julia Livilla, fille de Germanicus

Julia Drusilla, fille de Germanicus

Julia, fille de Drusus

Messaline