Noctes
Gallicanae
|
Abrégé d'Histoire romaine |
Le
Haut-empire ( ~27-192)
Julia
la fille
d’Auguste (suite)
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En mars 12, Agrippa meurt, laissant Julia enceinte d’un enfant qui recevra à sa naissance le nom d’Agrippa Postumus, « le Posthume ».
Auguste
tient à remarier sa fille le plus vite possible :
Hoc quoque
(Agrippa) defuncto, multis ac diu, etiam ex equestri ordine, circumspectis
condicionibus, Tiberium privignum suum elegit coegitque praegnantem uxorem et
ex qua iam pater erat dimittere Agrippa étant mort à son tour,
Auguste examina longtemps de nombreux partis jusque dans l’ordre équestre et
choisit son beau-fils Tibère, il le força à répudier sa femme alors enceinte et
qui lui avait déjà donné un enfant. Suétone, Auguste, 63.
Tibère a trente ans, Julia en a vingt-sept.
A-t-elle été consultée sur le choix de son troisième mari ? Sans doute pas
plus que pour les deux premiers. D’ailleurs, ce n’est pas elle qui compte dans
cette affaire d’état, ce sont ses deux fils aînés auxquels il convient de
donner la meilleure éducation possible. Auguste les a adoptés dans les règles,
peu après la naissance du second :
Gaium et L.
adoptavit domi per assem et libram emptos a patre Agrippa tenerosque adhuc ad
curam rei p. admovit et consules designatos circum provincias exercitusque
dimisit il adopta Gaius et Lucius chez eux en les achetant « avec l’as et
la balance » à leur père Agrippa, et les initia tout jeunes aux affaires
de l’état ; quand ils furent consuls désignés, il les envoya visiter les
provinces et les armées. Suétone, Auguste,
64.
mais Auguste ne se sent plus tout jeune : il a 51 ans et doit prévoir, en cas de malheur, un tuteur pour ses fils adoptifs.
Pourquoi Auguste ne s’est-il pas tourné tout de suite vers Tibère ? Le fait que le jeune homme soit déjà marié n’avait à ses yeux aucune importance. Tibère n’était pas issu des Julii ? Agrippa non plus, mais Agrippa n’était issu de rien ! Caligula le répètera assez :
Agrippae se nepotem neque credi neque dici ob ignobilitatem eius volebat suscensebatque si qui uel oratione vel carmine imaginibus eum Caesarum insererent. Praedicabat autem matrem suam ex incesto, quod Augustus cum Iulia filia admisisset, procreatam il ne voulait pas que l’on croie ou que l’on dise qu’il était le petit-fils d’Agrippa [par sa mère Agrippine] à cause de son origine roturière, et se mettait en colère si des auteurs de prose ou de vers l’introduisaient dans la généalogie des Césars. Il proclamait que sa mère était née des amours incestueuses d’Auguste et de sa fille Julia. Suétone, Caligula, 23.
Mais Tibère était issu des Claudii, la plus noble famille de Rome, illustre bien avant les Julii, et on remarque qu’Auguste a tout tenté pour tenir les Claudii à l’écart de sa succession, tout comme d’ailleurs les enfants d’Antoine. Le destin l’oblige à plier. N’oublions pas non plus que la volonté de fer de Livia Drusilla, une « Claudia » elle aussi, un Ulixes stolatus, « un Ulysse en jupons », qui tenait à rapprocher ses fils de la succession impériale.
C’est ainsi que Tibère devient, en ~11, d’assez mauvais gré semble-t-il, le gendre du mari de sa mère pour épouser la veuve de son premier beau-père :
sublatoque ex ea filio Druso, quanquam bene convenientem rursusque gravidam dimittere ac Iuliam Augusti filiam confestim coactus est ducere non sine magno angore animi, cum et Agrippinae consuetudine teneretur et Iuliae mores improbaret [. . .] Sed Agrippinam et abegisse post divortium doluit et semel omnino ex occursu visam adeo contentis et [t]umentibus oculis prosecutus est, ut custoditum sit ne umquam in conspectum ei posthac veniret. Alors qu’il venait d’avoir d’elle[Vipsania Agrippina] un fils, qu’ils vivaient en parfaite harmonie et qu’elle était de nouveau enceinte, il fut contraint de la répudier pour épouser sans délai la fille d’Auguste, Julia, non sans une profonde douleur : il était attaché à Agrippine par l’habitude et désapprouvait la conduite de Julia (…). Quant à Agrippine, il souffrit d’être séparé d’elle après son divorce, et la seule fois où il la revit au hasard d’une rencontre, il la suivit d’un regard si heureux et si ému que l’on fit en sorte par la suite de ne plus la laisser paraître en sa présence. Suétone, Tibère, 7.
Il y avait peut-être autre chose : il est vraisemblable que Julia et Tibère aient été élevés ensemble. Pour la petite fille, Tibère représentait le « grand », son aîné de trois ans, celui qui savait faire tant de choses ! Se peut-il qu’elle soit tombée amoureuse de lui dès l’enfance et qu’elle lui ait fait des avances à l’âge adulte ? Reprenons la phrase de Suétone que j’ai tronquée ci-dessus :
et Iuliae mores improbaret, ut quam sensisset sui quoque sub priore marito appetentem, quod sane etiam vulgo existimabatur il désapprouvait la conduite de Julia, depuis qu’il avait compris que il ne lui était pas indifférent, déjà du vivant de son précédent mari. C’était en tout cas l’opinion générale.
Il faut croire en tout cas qu’il existait entre eux au moins une certaine tendresse venue du fond de leur enfance :
cum Iulia primo concorditer et amore mutuo vixit, mox dissedit et aliquanto gravius, ut etiam perpetuo secubaret, intercepto communis fili pignore, qui Aquileiae natus infans extinctus est les premiers temps, il vécut avec Julia dans l’harmonie, dans un amour partagé ; mais bientôt il se détacha d’elle et d’autant plus profondément qu’il fit définitivement chambre à part lorsque disparut le gage de leur amour, un fils qui, né à Aquileia, mourut dans sa petite enfance. Suétone, Tibère, 7.
Dès lors, les événements vont se précipiter : Tibère s’exile volontairement à Rhodes en 6, pour de multiples raisons parmi lesquelles sa mésentente avec Julia a certainement joué une part importante. Comment en effet répudier pour inconduite notoire la fille de l’empereur ?
Il est
vrai que Julia dépassait les bornes. Dommage : il ne s’est pas trouvé de
Plutarque pour nous laisser un récit coloré de ses frasques, nous ne pouvons
que les imaginer… à partir de celles d’Antoine ? à partir de certains
chapitres du Satiricon ? à partir de Martial ou de Juvénal ?
En 2
avant Jésus-Christ, Julia approche de la quarantaine : le début de la
vieillesse pour la femme romaine. Trois fois mariée, sans doute contre son gré
ou du moins sans être consultée, deux fois veuve et alors pratiquement
répudiée, elle se jette dans les excès pour s’étourdir, mais elle ne se rend
même plus compte que sa conduite est scandaleuse et suicidaire.
Suivons
le récit de Dion Cassius (LV, 10).
T¯n d¢ d¯ IoulÛan t¯n yugat¡ra selgaÛnousan oìtvw Ëste kaÜ ¤n t» gor kaÜ ¤p' aétoè ge toè b®matow kaÜ kvmzein næktvr kaÜ sumpÛnein ôc¡ pote fvrsaw êpervrgÛsyh. KateÛkaze m¢n gr kaÜ prñteron oék ôryÇw aét¯n bioèn, oé m¡ntoi kaÜ ¤pÛsteuen Lorsqu’Auguste découvrit, tardivement, que sa fille Julia menait une vie scandaleuse au point de faire la fête et de participer à des beuveries toute la nuit jusque sur le forum, et même jusque sur la tribune aux harangues, il entra dans une colère folle.
Oß gr toi tw ²gemonÛaw ¦xontew pnta mllon µ t sf¡tera gignÅskousi, kaÜ oët' aétoÛ ti toçw sunñntaw Ïn poioèsi lanynousin oëte t ¤keÛnvn kriboèsi Il est vrai que les gens au pouvoir sont informés de tout bien mieux que de ce qui les touche personnellement, rien de ce qu’ils font n’échappe à leur entourage, mais ils ne savent pas exactement ce que fait cet entourage.
Tñte d' oïn mayÆn t prattñmena tosoætÄ yumÒ ¤xr®sato Ëste mhd' oàkoi aét katasxeÝn ll kaÜ t» gerousÛ& koinÇsai. Kk toætou ¤keÛnh m¢n ¤w PandaterÛan t¯n pròw KampanÛ& n°son êpervrÛsyh, kaÜ aét» kaÜ ² SkribvnÛa ² m®thr ¥koèsa sunej¡pleuse Lorsque donc Auguste eut appris ses agissements, il agit dans une telle colère qu’au lieu de tout garder pour lui il alla mettre aussi le sénat au courant. En conséquence, Julia fut exilée dans l’île de Pandateria (actuellement Ventotene) au large de la Campanie, et sa mère Scribonia l’y accompagna volontairement.

Ventotene est un îlot de 3km de long sur 1km de large, situé à 50km au sud de Gaète et à 35km à l’ouest d’Ischia.
Il est surprenant de lire qu’Auguste ait pu prendre la moindre décision sous l’effet de la colère : un homme qui prend soin de préparer par écrit une partie de ses conversations ne se précipite pas au sénat pour se plaindre de l’inconduite de sa fille. La suite du récit de Dion Cassius tend à montrer que la colère du père déshonoré n’était qu’une habile comédie.
TÇn d¢ d¯ xrhsam¡nvn aét» õ m¢n Ioullow õ AntÅniow, Éw kaÜ ¤pÜ t» monarxÛ& toèto prjaw, p¡yane met' llvn tinÇn ¤pifanÇn ndrÇn, oß d¡ loipoÜ ¤w n®souw êpervrÛsyhsan: kaÜ ¤peÛdh kaÜ d®marxñw tiw ¤n aétoÝw ·n, oé prñteron prÜn dirjai ¤krÛyh Quant à ceux qui avaient eu des relations avec elle, Iullus Antonius, accusé de s’être conduit ainsi parce qu’il ambitionnait la monarchie, fut mis à mort en même temps qu’un certain nombre d’hommes en vue, les autres furent exilés dans des îles. Et comme parmi eux se trouvait un tribun en exercice, on attendit sa sortie de charge pour mener son procès.
Le récit que fait Velleius Paterculus, II, 100, précise et éclaire celui de Dion Cassius :
Foeda dictu
memoriaque horrenda in ipsius domo tempestas erupit. Quippe filia eius Iulia,
per omnia tanti parentis ac viri immemor, nihil, quod facere aut pati turpiter
posset femina, luxuria libidineve infectum reliquit magnitudinemque fortunae
suae peccandi licentia metiebatur, quidquid liberet pro licito vindicans. Une tempête
que j’ai honte à raconter et dont le souvenir est affreux éclata dans sa propre
maison. Sa fille Julia, oubliant totalement le rang de son père et de son mari,
alla jusqu’au bout dans ses débauches et ses turpitudes de tout ce qu’une femme
peut faire ou subir de honteux. Elle mesurait la grandeur de sa situation en
fonction de la possibilité qu’elle avait de fauter, revendiquant comme permis
tout ce qui lui passait par la tête.
Tum Iulus
Antonius, singulare exemplum clementiae Caesaris, violator eius domus, ipse
sceleris a se commissi ultor fuit (quem victo eius patre non tantum
incolumitate donaverat, sed sacerdotio, praetura, consulatu, provinciis
honoratum, etiam matrimonio sororis suae filiae in artissimam adfinitatem
receperat), Quintiusque Crispinus, singularem nequitiam supercilio truci
protegens, et Appius Claudius et Sempronius Gracchus ac Scipio aliique minoris
nominis utriusque ordinis viri, quas cuiuslibet uxore violata poenas
pependissent, pependere, cum Caesaris filiam et Neronis violassent coniugem.
Iulia relegata in insulam patriaeque et parentum subducta oculis, quam tamen
comitata mater Scribonia voluntaria exilii permansit comes.
C’est alors que Iulus Antonius, un
remarquable exemple de la clémence de César, profanateur de sa maison, châtia
de sa main le crime qu’il avait commis (après la défaite de son père, non
seulement Auguste lui avait donné d’avoir la vie sauve, mais aussi lui avait
accordé les honneurs d’un sacerdoce, de la préture, du consulat, de
gouvernements de provinces, mais encore l’avait admis dans sa très proche
parenté en lui donnant en mariage la fille de sa sœur. Quintius Crispinus, un
remarquable voyou qui se faisait passer pour farouchement austère, Appius
Claudius et Sempronius Gracchus, ainsi que Scipion et d’autres noms moins
illustres des deux ordres reçurent le châtiment qu’ils auraient reçu pour avoir
déshonoré la femme de n’importe quel citoyen, alors qu’ils avaient déshonoré la
fille de l’empereur et l’épouse de Tibère. Julie fut reléguée dans une île et
soustraite aux regards de sa patrie et de son père. Elle fut pourtant
accompagnée par sa mère Scribonia qui resta sa compagne jusqu’à la fin dans un
exil volontaire.
Certes, Iullus a bien été l’amant de Julia, Tacite (Annales, IV, 44) le confirme : Iullo Antonio ob adulterium Iuliae morte punito Iullus Antonius ayant été puni de mort pour avoir commis l’adultère avec Julia. Mais nous sommes loin du mouvement d’humeur d’un père bafoué : il s’agit bel et bien d’une épuration déguisée. Que Iullus ait été ou non l’amant de Julia ne change pas grand-chose : il était le dernier fils vivant de Marc Antoine et le parti d’Antoine pouvait toujours renaître de ses cendres. D’ailleurs, [L. Antonium] admodum adulescentulum, sororis nepotem, seposuit Augustus in civitatem Massiliensem ubi specie studiorum nomen exilii tegeretur Auguste éloigna à Marseille encore tout jeune L. Antonius, le petit-fils de sa sœur, dans un exil qui cachait son nom sous celui d’études. Tacite, Annales, IV, 44. Et Auguste avait beau jeu de se plaindre de l’ingratitude d’un garçon qu’il avait fait élever par sa sœur, dont il avait assuré la carrière et qu’il avait fait entrer dans sa famille en lui faisant épouser sa propre nièce Marcella. Remarquons aussi que les noms cités par Velleius appartiennent à la fine fleur de l’aristocratie du temps de la république. Tacite (Annales, I, 53) affirme que Sempronius Gracchus avait été l’amant de Julia du temps où elle était mariée à Agrippa, et avait continué de la fréquenter pendant son mariage avec Tibère : [Sempronius Gracchus] eandem Iuliam in matrimonio Marci Agrippae temeraverat. Nec is libidini finis : traditam Tiberio pervicax adulter contumacia et odiis in maritum accendebat Sempronius Gracchus avait séduit la même Julia pendant son mariage avec Marcus Agrippa. La mort d’Agrippa ne mit pas un terme à ses désirs. L’adultère obstiné la suivit dans la maison de Tibère et l’enflammait contre son mari par son orgueil et sa haine.
Suétone (Auguste, 65) ne dit rien des amants de Julia, mais apporte deux précisions intéressantes :
De filia absens ac libello per quaestorem recitato notum senatui fecit abstinuitque congressu hominum diu prae pudore, etiam de necanda deliberavit En ce qui concerne sa fille, il informa le sénat par un mémoire que lut un questeur en son absence et s’abstint longtemps de paraître en public pour cacher sa douleur ; il se demanda même s’il devait la faire exécuter.
Auguste bon metteur en scène ou conscient d’être mauvais comédien ? Quant à faire exécuter sa fille, un châtiment aussi sévère ne correspondait plus aux mœurs romaines de l’époque et n’aurait pas manqué de choquer. Par contre, faire savoir par des fuites savamment calculées qu’il avait songé au châtiment suprême et qu’il y avait renoncé soulignait à la fois l’intensité de sa douleur et l’étendue de sa clémence. Comment dès lors lui reprocher de punir les hommes qui avaient trahi sa confiance en débauchant sa fille ?
Il continue en tout cas à faire étalage de son chagrin de père :
Certe cum sub
idem tempus una ex consciis liberta Phoebe suspendio vitam finisset, maluisse
se ait Phoebes patrem fuisse. Relegatae usum vini omnemque delicatiorem cultum
ademit neque adiri a quoquam libero servove nisi se consulto permisit, et ita
ut certior fieret, qua is aetate, qua statura, quo colore esset, etiam quibus
corporis notis vel cicatricibus Quoi qu’il en soit, vers la
même époque, une des complices de Julia, l’affranchie Phoébé, mit fin à ses
jours en se pendant, et il dit qu’il aurait préféré être le père de Phoébé. Il
interdit à l’exilée l’usage du vin et tout élément de confort un peu luxueux,
il lui interdit aussi de recevoir aucun homme, libre ou esclave, sans sa
permission expresse, et sans l’avoir informé de son âge, de sa taille, de la
couleur de ses cheveux, et même de ses signes particuliers ou de ses cicatrices.
Cinq ans passent. Les Romains n’oublient pas Julia, et en 3 après J.-C., une véritable manifestation populaire a lieu à Rome en sa faveur :
Toè d¢ d®mou sfñdra ¤gkeim¡nou tÒ AégoæstÄ ána
kataggú t¯n yugat¡ra aétoè,
ysson ¦fh pèr ìdati mixy®sesyai µ ¤keÛnhn kataxy®sesyai. KaÜ õ d°mow pur
¤w tòn TÛberin poll ¤n¡bale: kaÜ tñte m¢n oéd¢n ³nusen, ìsteron d¢ ¤kebisato
Ëste ¤w goèn t¯n ³peiron aét¯n ¤k t°w n®sou komisy°nai Comme le peuple
priait Auguste avec insistance de faire revenir sa fille, il dit qu’il serait
plus facile au feu de se mélanger à l’eau que de la voir revenir. Le peuple
alors lança de nombreuses torches enflammées dans le Tibre mais sans résultat
immédiat ; un peu plus tard, on manifesta avec plus de force, si bien
qu’elle fut transférée de son île sur le continent. Dion Cassius, LV, 13.
Post
quinquennium demum ex insula in continentem lenioribusque paulo condicionibus
transtulit eam. Nam ut omnino revocaret, exorari nullo modo potuit, deprecanti
saepe p. R. et pertinacius instanti tales filias talesque coniuges pro contione
inprecatus Au bout de cinq ans exactement, il la fit
transférer de son île sur le continent avec des conditions de détention un peu
plus douces. En effet, on ne put obtenir de lui par aucun moyen qu’il lui
accorde sa grâce, et comme le peuple romain l’en priait souvent avec une
insistance obstinée, il lui souhaita en pleine assemblée de telles filles et de
telles femmes. Suétone, Auguste, 65.
Faut-il
voir dans cet adoucissement tout relatif des conditions de détention de Julia
une conséquence du retour de Tibère à Rome après huit années d’absence
volontaire ? Notons aussi que Caius Caesar était mort l’année précédente.
Eodem anno Iulia supremum diem obiit, ob impudicitiam olim a patre Augusto Pandateria insula, mox oppido Reginorum, qui Siculum fretum accolunt, clausa. Fuerat in matrimonio Tiberii florentibus Gaio et Lucio Caesaribus spreveratque ut inparem ; nec alia tam intima Tiberio causa cur Rhodum abscederet. Imperium adeptus extorrem, infamem et post interfectum Postumum Agrippam omnis spei egenam inopia ac tabe longa peremit, obscuram fore necem longinquitate exilii ratus Cette même année (17 ap. J.-C.), Julia vécut son dernier jour. Elle avait été autrefois reléguée par son père Auguste dans l’île de Pandateria, puis à Rhégium, sur le détroit de Sicile. Mariée à Tibère à l’époque où florissaient Gaius César et Lucius César, elle avait trouvé cette union indigne d’elle et ce fut la raison profonde du départ de Tibère pour Rhodes. Devenu empereur, il la laissa périr lentement de faim et de misère, alors qu’elle était bannie, déshonorée, privée de tout espoir par l’assassinat d’Agrippa Postumus. Il pensait que le meurtre de Julia passerait inaperçu après un si long exil. Tacite, Annales, I, 53.
Inscription
bilingue d’Eressos (ville natale de Sappho à Lesbos)
IVLIAE CAESARIS F
VENERI GENETRICI
IOULIAI KAISAROS YUGATRI AFRODITAI
GENETEIRAI
IoulÛ& KaÛsarow
yugatrÜ AfrodÛt& geneteÛr&
A Julia, fille de César, Vénus mère.
CIL 3, 7156