Noctes Gallicanae

Plutarque

Paroles de Lacédémoniennes

 


Plutarque, le doux Plutarque, admirait les vertus des anciens Spartiates.

 

Il a consacré un livre des Vies parallèles à Lycurgue et ne manque jamais lorsque l’occasion se présente de citer le mot célèbre d’un Spartiate ou un trait de civilisation lacédémonien.

 


Hégémonie de Sparte (404-371 av. J.-C.).

 

Sparte, qui a prétendu libérer la Grèce de la tyrannie athénienne, ne fait que lui substituer son hégémonie.

Contrainte à un compromis entre l’alliance perse, qui lui fournit les subsides indispensables, et la protection des Grecs d’Asie, Sparte abandonne les cités d’Asie Mineure (386).

Cependant Athènes et Thèbes se rapprochent (379), et la victoire d’Épaminondas à Leuctres (371) met fin à l’hégémonie spartiate.


 

J’ai écrit en caractères bleu-vert foncé la traduction des répliques que Plutarque rapporte en dorien.

 


Plout‹rxou

LakaÛnvn Žpofy¡gmata

 

ARGILEVNIDOS

ARGILEONIS

 

ƒArgilevnÜw ² BrasÛdou m®thr, teleut®santow aét» toè ußoè, Éw paragenñmenoÛ tinew tÇn ƒAmfipolitÇn eÞw Sp‹rthn ¸kon pròw aét®n, ±rÅthsen eÞ kalÇw kaÜ ŽjÛvw t°w Sp‹rthw õ ußòw ¤teleæta: megalunñntvn d' ¤keÝnon kaÜ legñntvn riston ¤n toÝw toioætoiw ¦rgoiw p‹ntvn LakedaimonÛvn eänai, eäpen "Î j¡noi, kalòw m¢n ·n kŽgayòw õ paÝ mou, polloçw d' ndraw LakedaÛmvn ¦xei t®nv k‹rronaw".

Argiléonis, la mère de Brasidas, après la mort de son fils [à la bataille d’Amphipolis, en 422], demanda à une délégation d’Amphipolis qui se trouvait à Sparte et qui était venue lui rendre visite si la mort de son fils avait été glorieuse et digne de Sparte. Les gens d’Amphipolis glorifièrent Brasidas et dirent qu’il était de tous les Lacédémoniens le meilleur dans l’art de la guerre. Elle leur répondit : « Étrangers, mon fils était un homme d’honneur et de bien, mais Lacédémone en possède beaucoup de meilleurs que lui. »

 

GORGOUS

GORGÔ [fille de Cléomène et épouse de Léonidas]

 

GorgÆ basil¡vw Kleom¡nouw yug‹thr, ƒAristagñrou toè MilhsÛou parakaloèntow aétòn ¤pÜ tòn pròw Basil¡a pñlemon êp¢r ƒIÅnivn kaÜ êpisxnoum¡nou xrhm‹tvn pl°yow kaÜ ÷sÄ Žnt¡lege pleÛona prostiy¡ntow "katafyereÝ se, ¦fh, Î p‹ter, tò jenællion ¤Œn m¯ t‹xion aétòn t°w oÞkÛaw ¤kb‹lúw".

Gorgô, la fille du roi Cléomène [370-309]. Aristagoras de Milet suppliait son père de déclarer la guerre au roi de Perse pour venir en aide aux Ioniens. Il promettait une grosse somme d’argent et augmentait cette somme au fur et à mesure que Cléomène élevait des objections. « Il va te ruiner, mon père, dit Gorgô, cette espèce d’étranger, si tu ne le jettes pas assez vite hors de cette maison ! » (1)

 

Prost‹jantow d¡ pote aét» toè patròw doènaÛ tini sÝton eÞw misyoè lñgon kaÜ prostiy¡ntow, "¤dÛdaje g‹r me tòn oänon xrhstòn poieÝn", "oékoïn, Î p‹ter, ¦fh, ÷ t' oänow pleÛvn ¤kpoy®setai kaÜ oß pÛnontew yruptikÅteroi kaÜ xeÛronew gen®sontai".

Comme son père lui demandait un jour de donner du blé en récompense à quelqu’un en ajoutant : « C’est parce qu’il m’a appris à améliorer le vin », elle répondit : « Eh bien alors, on consommera davantage de vin et ceux qui en boiront deviendront plus délicats et plus mauvais ! » (2)

 

Tòn d' ƒAristagñran êpñ tinow tÇn oÞketÇn êpodoæmenon yeasam¡nh, "p‹ter, ¦fh, õ j¡now xeÝraw oék ¦xei".

Voyant Aristagoras se faire chausser par l’un de ses serviteurs, elle s’écria : « Père, l’étranger n’a pas de mains ! » (3)

 

J¡nou d¡ tinow malakÇw kaÜ sxol» prosagagñntow, parvsam¡nh aétñn "oék pei ¤nteèyen, eäpen, oéd¢ tŒ t°w gunaikòw dun‹menow;"

Un étranger marchait mollement et en prenant son temps, elle le bouscula en disant : « Ne reviens pas ici, tu n’es même pas capable d’y jouer un rôle de femme ». (4)

 

ƒErvthyeÝsa d¢ êpñ tinow ƒAttik°w "diŒ tÛ êmeÝw rxete mñnai tÇn ŽndrÇn aß L‹kainai;", "÷ti, ¦fh, kaÜ tÛktomen mñnai ndraw"

A la question d'une Athénienne : « Comment se fait-il que vous soyez les seules femmes, vous les Spartiates, à commander les hommes ? », elle répondit : « parce que nous sommes aussi les seules à donner naissance à des hommes ! » (5)

 

Protrepom¡nh d¢ tòn ndra LevnÛdan ¤jiñnta eÞw Yermopælaw jion t°w Sp‹rthw fan°nai, ±rÅta tÛ xr¯ pr‹ttein: õ d¢ ¦fh "Žgayòn gameÝn kaÜ ŽgayŒ tÛktein".

Comme elle encourageait son mari Léonidas qui partait pour les Thermopyles à se montrer digne de Sparte, elle lui demanda ce qu’il fallait qu’elle fasse. Il lui répondit : « Épouser un homme honorable et mettre au monde des enfants honorables. » (6)

 

GIRTIADOS

GYRTIAS

 

Gurti‹w, ƒAkrot‹tou pot¢ toè yugatridoè aét°w ¦k tinow tÇn paÛdivn m‹xhw pollŒw plhgŒw labñntow kaÜ Žpenexy¡ntow oàkade Éw teynhkñtow, klaiñntvn tÇn oÞkeÛvn te kaÜ gnvrÛmvn, "oé sivp®sete, ¦fh, ¦deije gŒr oáou aámatow ·n": kaÜ oék ¦fh deÝn toçw Žgayoçw bon Žll' Þatreæesyai.

Gyrtias. Un jour qu’Acrotatos, son petit-fils, avait reçu de nombreux coups dans une de ces batailles d’enfants et avait été ramené chez lui comme mort, comme toute la maisonnée et toutes les connaissances étaient en pleurs, Gyrtias s’écria : « Allez-vous vous taire ? il vient de montrer de quel sang il était ! » et, ajouta-t-elle, il ne faut pas se lamenter sur les gens honorables, mais les soigner. (1)

†Ote ggelow ·lyen ¤k Kr®thw tòn ƒAkrot‹tou y‹naton Žpagg¡lvn, "oék ¦mellen, ¦fh, pròw toçw polemÛouw ´kvn µ aétòw êp' ¤keÛnvn ŽpoyaneÝsyai µ katakaneÝn ¤keÛnouw; ´dion d' Žkoæein ÷ti Žp¡yane kaÜ ¥aut°w kaÜ t°w pñlevw ŽjÛvw kaÜ tÇn progñnvn, µ eÞ ¦zh tò ‘panta xrñnon kakòw Ên.

Lorsqu’un messager vint de Crète apporter la nouvelle de la mort d’Acrotatos, elle dit : « Ne fallait-il pas qu’arrivé devant les ennemis, il soit tué par eux ou qu’il les tue ? il est plus agréable d’apprendre qu’il est mort d’une manière digne de moi, de sa cité et de ses ancêtres que d’imaginer qu’il ait pu vivre longtemps de manière indigne ». (2)

 

DAMATRIAS

DAMATRIA

 

DamatrÛa tòn ußòn deilòn kaÜ Žn‹jion ¥aut°w Žkoæsasa, paragenñmenon ŽneÝle: tò d' ¤pÛgramma ¤p' aét°w tñde,

tòn parab‹nta nñmouw Dam‹trion ¦ktane m‹thr

  LakadaimonÛa tòn Lakedaimñnion

Damatria avait appris que son fils s’était montré lâche et indigne d’elle : elle le tua quand il revint. Voici son épitaphe :

Damatrios avait contrevenu à nos lois, sa mère le tua,

Elle, la Spartiate, lui, le Spartiate.

 


LAKAINVN ADHLVN

SPARTIATES ANONYMES

 

„Et¡ra L‹kaina tòn ußòn lipotakt®santa Éw Žn‹jion t°w patrÛdow ŽneÝlen, eÞpèsa 'oék ¤mòn tò fÛtuma". ¤f' ¸w tò  ¤pÛgramma tñde,

¦rre kakòn fÛtuma diŒ skñtow oð diŒ mÝsow

EérÅtaw deilaÝw mhd' ¤l‹foisi =¡oi

ŽxreÝon skul‹keuma kakŒ merÛw ¦rre poy' †Aidan

¦rre tò m¯ Sp‹rtaw jion oéd' ¦tekon

Une autre Spartiate, jugeant indigne de sa patrie son fils qui avait abandonné son poste, le tua en disant : « ce rejeton n’est pas de moi ». Voici son épitaphe :

Meurs, vil rejeton, va par les ombres, par dégoût de toi

L’Eurotas ne coule plus pour les cerfs poltrons ;

Dépouille de chien inutile, mauvaise graine, meurs et va chez Hadès,

Meurs, ce qui n’était pas digne de Sparte, je ne l’ai pas mis au monde ! (1)

 

…Allh Žkoæsasa tòn uÞòn ¤n parat‹jei pesñnta ¦fh

"deiloÜ klai¡syvsan: ¤gÆ d¡ se, t¡knon, dakruw

y‹ptv tòn kaÜ ¤mòn kaÜ Lakadaimñnion.

Une autre qui venait d’apprendre que son fils était tombé sur le champ de bataille dit :

Que les lâches soient pleurés ; moi, mon fils, sans te pleurer

Je te mets au tombeau, toi qui es à moi, toi qui es aussi à Sparte. (2)

 

ƒAkoæsas‹ tiw tòn uÞòn sesvsm¡non kaÜ pefeugñta ¤k tÇn polemÛvn, gr‹fei aétÒ "kakŒ f‹ma teu kakk¡xutai: µ taætan nun ¦knicai µ m¯ ¦so".

Une femme qui avait appris que son fils avait échappé au danger en fuyant les ennemis lui écrivit : « il court sur toi une fâcheuse rumeur, soit donc tu y mets un terme, soit tu cesses de vivre ». (3)

 

…Allh, tÇn ußÇn fugñntvn ¤k m‹xhw kaÜ paragenom¡nvn Éw aét®n, "poè, fhsÛn, ´kete drapeteæsantew, kakŒ Žndr‹poda; µ deèro öyen ¤j¡dute katadusñmenoi;" Žnasuram¡nh kaÜ ¤pideÛjasa aétoÝw.

Une autre, comme ses fils avaient s’étaient enfuis de la bataille et arrivaient devant elle leur dit : « Où venez-vous après votre désertion, espèce d’esclaves, avez-vous l’intention de vous enfoncer de nouveau à l’endroit d’où vous êtes issus ? » et joignant le geste à la parole, elle retroussa son vêtement. (4)

 

Pros‹gont‹ tiw tòn ußòn yeasam¡nh ¤pæyeto "tÛ pr‹ttei ² patrÛw;" eÞpñntow d¡ "p‹ntew ŽpolÅlasi", keramÛda rasa ¤paf°ken aétÒ kaÜ ŽneÝlen, eÞpoèsa "s¢ oïn kak‹ggelon ¦pemcan ²mÝn;"

Une femme voyant son fils venir vers elle lui demanda : « Comment va notre patrie ? » Et comme il répondait : « Tous ont péri », elle ramassa une brique, le frappa et le tua, en disant : « Alors c’est toi qu’ils ont envoyé nous porter la mauvaise nouvelle ? » (5)

 

Dihgoum¡nou tinòw t» mhtrÜ gennaÝon y‹naton toè Ždelfoè, "eät' oék aÞsxrñn, eäpe, t°w toiaæthw sunodÛaw ŽpotuxeÝn;"

Un homme racontait à leur mère la mort glorieuse de son frère. « Alors tu devrais avoir honte, lui dit-elle, d’avoir laissé passer l’occasion de l’accompagner dans un si beau voyage ! » (6)

 

ƒEkp¡mcas‹ tiw toçw ußoçw aét°w p¡nte öntaw ¤pÜ pñlemon, ¤n toÝw proasteÛoiw eßst®kei karadokoèsa tÛ ¤k t°w m‹xhw Žpob®soito: Éw d¢ paragenñmenñw tiw puyom¡nh Žp®ggeile toçw paÝdaw ‘pantaw teteleuthk¡nai, "Žll' oé toèto ¤puyñmhn, eäpe, kakòn Žndr‹podon, ŽllŒ tÛ pr‹ttei ² patrÛw." f®santow d¢ ÷ti nik˜, "Žsm¡nh toÛnun, eäpe, d¡xomai kaÜ tòn tÇn paÛdvn y‹naton."

Une femme avait envoyé ses fils (elle en avait cinq) à la guerre. Elle se tenait aux abords de la cité dans l’attente du résultat de la bataille. Elle interrogea quelqu’un qui arrivait et qui lui apprit que tous ses enfants étaient morts. « Ce n’est pas ce que je te demandais, espèce d’esclave, lui dit-elle, je te demandais comment allait notre patrie ». L’homme dit que Sparte était victorieuse. « Alors je suis heureuse, lui dit-elle, même au prix de la mort de mes enfants ». (7)

 

Y‹ptous‹ tiw tòn ußñn, Éw graýdion eétel¢w proselyòn aét» "Î gænai, tw tæxaw", eäpe, "n¯ tÆ siÆ ŽllŒ tw kalw g', ¦fh, kaÜ gŒr aétòn oð §neken ¦tekon án' êp¢r tw Sp‹rtaw Žpoy‹nú, toètñ moi sun¡bh".

Une Spartiate mettait son fils au tombeau lorsqu’une femme du commun s’approcha et lui dit :

- Ma pauvre, quel malheur ! 

- Pas du tout, au nom du ciel, rétorqua-t-elle, quel bonheur ! ce pour quoi je l’avais mis au monde, qu’il meure pour Sparte, cela vient de m’être accordé. (8)

 

Semnunom¡nhw gunaikñw tinow ƒIvnik°w ¤pÛ tini tÇn ¥aut°w êfasm‹tvn önti poluteleÝ, L‹kaina ¤pideÛjasa toçw t¡ttaraw ußoçw öntaw kosmivt‹touw, "toiaèta, ¦fh, deÝ eänai tŒ t°w kal°w kaÜ Žgay°w gunaikòw ¦rga kaÜ ¤pÜ toætouw ¤paÛresyai kaÜ megalauxeÝn".

Une femme d’Ionie faisait grand cas d’un tissu de valeur qu’elle avait tissé elle-même. Une Spartiate lui montra ses quatre fils qui étaient de beaux garçons et lui dit : « Voilà l’ouvrage qui convient à une femme convenable et honorable, un ouvrage qui la grandit et dont elle peut se flatter ». (9)

 

…Allh Žkoæsasa perÜ toè ußoè Éw kakÇw ¤pÜ t°w j¡nhw Žnastr¡foito ¦grace "kak‹ teu f‹ma kakk¡xutai: taætan ŽpÅyeu µ m¯ ¦so".

Une autre qui avait entendu dire que son fils menait à l’étranger une vie peu convenable lui écrivit : « Il court sur toi des rumeurs peu convenables : tu y mets fin ou tu cesses de vivre ». (10)

 

ParaplhsÛvw d¢ kaÜ XÛvn fug‹dew ¤lyñntew eÞw Sp‹rthn pollŒ Paidar®tou kathgñroun: metapemcam¡nh d¢ aétoçw ² m®thr aétoè TeleutÛa kaÜ Žkoæsasa Ïn ¤nek‹loun, ¤peÜ ¤dñkei aét» mart‹nein õ ußñw, ¤p¡steilen " m‹thr Paidar®tÄ: µ beltÛona prsse µ aïyi m¡ne, Žpognoçw tŒn ¤w Sp‹rtan svthrÛan".

Dans le même genre : des exilés de Chios étaient venus à Sparte et portèrent de nombreuses accusations contre Paedaretos [général spartiate pendant la guerre du Péloponnèse]. Sa mère Teleutia les convoqua et écouta leurs griefs. Quand elle fut sûre que son fils était en faute, elle lui envoya la lettre suivante : « A Paedaretos, de sa mère : agis mieux ou reste là-bas en renonçant à l’espoir de revenir sain et sauf à Sparte ». (11)

 

„Et¡ra ¤p' Ždik®mati tÒ paidÜ krinom¡nÄ, "t¡knon, eäpe, µ tŒw aÞtÛaw µ seautòn toè z°n Žpñluson"

Une autre dit à son enfant qui allait être jugé pour un manquement à la loi : « Mon fils, libère-toi de cette accusation ou libère-toi toi-même de la vie » (12)

 

…Allh xvlòn ußòn ¤pÜ par‹tajin prop¡mpousa, "t¡knon, eäpe, katŒ b°ma t°w Žret°w m¡mnhso".

Une autre, qui mettait son fils boiteux sur le chemin du champ de bataille lui dit : « Mon fils, à chaque pas souviens-toi de ton courage » (13)

 

…Allh, toè paidòw aét» Žfikom¡nou Žpò parat‹jevw tetrvm¡nou tòn pñda kaÜ sfñdra Žlgoètow, "¤Œn t°w Žret°w, eäpe, memn», Î t¡knon, kaÜ ponow ¦sú kaÜ yarr®seiw.

Une autre, dont le fils était revenu de bataille blessé au pied et souffrait beaucoup, lui dit : « Mon fils, si gardes en mémoire ton courage, tu ne souffriras plus et tu reprendras confiance en toi » (14)

 

L‹kvn trvyeÛw ¤n pol¡mÄ kaÜ badÛzein m¯ dun‹menow, tetrapodistÜ Ëdeuen. ƒAsxunom¡nÄ d' aétÒ eänai geloÛÄ ² m®thr "kaÜ pñsÄ b¡ltion Î t¡knon, eäpe, mllon ¤pÜ t» ŽndreÛ& geghy¡nai µ aÞsxænesyai ¤pÜ g¡lvti Žno®tÄ;"

Un Spartiate, blessé à la guerre et incapable de marcher, se déplaçait à quatre pattes. Honteux d’être ridicule, il s’attira cette réflexion de sa mère : « il vaut bien mieux, mon fils, te réjouir de ton courage plutôt que de rougir d’éclats de rire stupides ! » (15)

 

…Allh prosanadidoèsa tÒ paidÜ t¯n ŽspÛda kaÜ parakeleuom¡nh: « t¡knon, ¦fh, µ tŒn µ ¤pÜ tw. »

Une autre dit comme encouragement à son fils en lui remettant son bouclier : « Mon fils, tu le rapportes ou tu reviens dessus. » (16)

Mater Lacania clupeo obarmans filium :

Cum hoc, inquit, aut in hoc redi.

Une mère lacédémonienne armait son fils du bouclier :

« Reviens avec ou dessus ! » lui dit-elle.

Ausone, Épigrammes, 25.

 

…Allh proiñnti tÒ ußÒ ¤pÜ pñlemon ¤nadidoèsa t¯n ŽspÛda "taæthn", ¦fh, "õ pat®r soi ŽeÜ ¦sÄze: kaÜ sç oïn µ taæthn sÒze µ m¯ ¦so"

Une autre remit son bouclier à son fils qui partait à la guerre en disant : « ce bouclier, ton père a su le conserver pour toi : alors toi, ou bien tu sais le conserver ou bien tu cesses de vivre ». (17)

 

…Allh pròw tòn ußòn l¡gonta mikròn ¦xein tò jÛfow eäpe "kaÜ b°ma prñsyew"

Une autre répondit à son fils qui disait avoir une épée bien courte : « ajoute-lui la longueur d’un pas ! » (18)

 

…Allh Žkoæsasa ÷ti õ ußòw aét°w ¤n parat‹jei Žndragay®saw Žp¡yanen "¤mòw gŒr ·n", eäpe. PerÜ d¢ toè ¥t¡rou puyom¡nh ÷ti Žpodeili‹saw sÐzetai "oé gŒr ·n ¤mñw", ¦fh.

Une autre à qui on annonçait que son fils était mort en combattant courageusement dans une bataille déclara : « Il était bien de moi ». Mais apprenant que son autre fils qui s’était comporté en lâche était sain et sauf, elle dit : « C’est qu’il n’était pas de moi ». (19)

 

„Et¡ra Žkoæsasa teyn‹na tòn ußòn ¤n m‹x» kay‹per ¤t¡takto "k‹tyete aétñn, ¦fh, Žnaplhrvs‹tv d¢ t¯n ¤keÛnou t‹jin õ Ždelfñw".

Une autre qui venait d’apprendre que son fils était mort à la bataille sans quitter son poste dit : « Laissez-le et que son frère occupe le poste qu’il laisse vacant ». (20)

 

…Allh pomp¯n teloèsa p‹ndhmon ³kousen ¤pÜ t°w parat‹jevw nikn tòn ußñn, ¤k d¢ tÇn traum‹tvn pollÇn genom¡nvn yn¹skein: oé perielom¡nh oïn tòn st¡fanon, ŽllŒ semnunyeÝsa pròw tŒw plhsÛon eäpen "Éw pollÒ k‹llion, Î fÛlai, ¤stÜn ¤n parat‹jei nikÇnta teleutn µ tŒ ƒOlæmpia perigignñmenon z°n".

Un autre qui était en train de mener une procession officielle, apprit que son fils avait remporté la victoire sur le champ de bataille, mais qu’il était mort des nombreuses blessures qu’il avait reçues. Sans même enlever sa couronne, mais avec un air orgueilleux, elle déclara aux femmes qui étaient près d’elle : « Combien il est plus beau, mes amies, de mourir pour avoir vaincu sur le champ de bataille que de vivre en ayant remporté une victoire olympique ! » (21)

 

Dihgoum¡nou tinòw t» Ždelf» gennaÝon y‹naton toè paidòw aét°w, ¤keÛnh eäpen ÷ti "÷son ¤p' ¤keÛnÄ g¡ghya, tosoèton ¤pÜ soÜ xyomai, ¤nar¡tou sunodÛaw Žpoleify¡nti."

« Un homme racontait à sa soeur la noble mort de son fils. Elle lui dit : « autant je suis heureuse pour lui, autant je suis peinée pour toi qui pouvais partir en si bonne compagnie. »  (22)

 

LakaÛnú tiw pros¡pemcen, eÞ fyor˜ sunepineæei: ² d' ¦fh "paÝw m¢n oïsa ¦mayon tÒ patrÜ peÛyesyai, kaÜ toèto ¦praja: gun¯ d¢ genom¡nh tÒ ŽndrÛ: eÞ oïn dÛkai‹ me parakaleÝ, toætÄ faneròn poihs‹tv prÇton".

A une Spartiate, quelqu’un fit demander si elle accepterait de se laisser séduire. Elle répondit : « quand j’étais enfant, j’ai appris qu’il fallait que j’obéisse à mon père, et je l’ai fait ; quand je suis devenue femme, mon mari a remplacé mon père ; si donc ce que tu me demandes est convenable, adresse-toi d’abord à lui ». (23)

 

Pary¡now penixrŒ ¤rvthyeÝsa tÛna dÛdvsi tÒ gamoènti proÝka "t¯n p‹trion, ¦fh, svfrosænhn".

Une jeune fille pauvre à qui l’on demandait ce qu’elle apporterait en dot à qui l’épouserait répondit : « les vertus de ma famille ». (24)

 

L‹kaina ¤rvthyeÝsa eÞ tŽndrÜ prosel®luyen, "oék ¤gÅ, eäpen, Žll' õ Žn¯r ¤moÛ".

Une Spartiate à qui on demandait si elle avait fait les premiers pas vers son mari répondit : « ce n’est pas moi, c’est mon mari qui les a faits ». (25)

 

Kræfa tiw diaparyeneuyeÝsa kaÜ diafyeÛrasa tò br¡fow oìtvw ¤nekart¡rhse mhdemÛan proenegkam¡nh fvn®n, Ëste kaÜ tòn pat¡ra kaÜ llouw plhsÛon öntaw layeÝn Žpoku®sasa: tò gŒr m¡geyow tÇn Žlghdñnvn t» eésxhmosænú tò sxhmon prospesòn ¤nÛkhse.

Une fille qui avait été violée et qui n’avait rien dit tua l’enfant qu’elle portait. Elle fit preuve d’un tel courage en ne poussant pas un seul cri qu’elle accoucha sans que ni son père ni ceux qui se trouvaient à proximité n’entendissent rien. Le fait de confronter son déshonneur à son honneur l’emporta sur la douleur physique, pourtant considérable. (26)

 

L‹kaina pipraskom¡nh kaÜ ¤rvtvm¡nh tÛ ¤pÛstatai ¦fh "pistŒ ·men".

Une Spartiate, vendue comme esclave à qui l'on demandait ce qu'elle savait, répondit: "Être fidèle". (27)

 

…Allh aÞxmalvteuyeÝsa kaÜ ¤rvtvm¡nh paraplhsÛvw "eï oÞkeÝn oäkon, ¦fh".

Une autre, prise à la guerre à qui l’on demandait quelque chose d’approchant, répondit : « Bien tenir ma maison ». (28)

 

ƒErvtvyeÝs‹ tiw êpñ tinow eÞ ¦stai Žgay® ’n aét¯n Žgor‹sh, eäpe "k’n m¯ Žgor‹súw".

Une autre, à qui quelqu’un demandait si elle se conduirait bien au cas où il l’achèterait, lui dit : « Même si tu ne m’achètes pas ! » (29)

 

…Allh pipraskom¡nh, toè k®rukow punyanom¡nou tÛ ¤pÛstatai, "¤leuy¡ra, eäpen, ·men": Éw d¢ õ Ènhs‹menow pros¡tatt¡ tina aét» oéx rmñzonta ¤leuy¡r&, eÞpoèsa "oÞmÅjú fyon®saw seautÒ toioæton kt®matow", ¤j®gagen ¥aut®n.

Une autre que l’on mettait en vente et à qui le crieur demandait ce qu’elle savait répondit : « Être libre ». Or, quand son acheteur lui demanda de faire quelque chose qui ne convenait pas à une femme libre, elle lui dit : « Tu vas regretter d’avoir perdu par ta seule mesquinerie un bien d’une telle valeur », et elle se suicida. (30)

Plutarque n’entend pas « quelque chose d’inconvenant », mais « quelque chose qui selon elle n’était pas convenable… » le mot aétú complète pros¡tatte et rmñzonta.

 


 

 

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